Vaduz de Bernard Heidsieck

1974
12m 19s
Réf. 05459

Notice

Résumé :

L'émission radiophonique La poésie n'est pas une solution du 26 juillet 2012, produite et présentée par Frank Smith, est consacrée à Bernard Heidsieck. Cet extrait correspond à la lecture de son poème sonore Vaduz, composé en 1974.

Type de média :
Date de diffusion :
26 juillet 2012
Date d'événement :
1974
Personnalité(s) :
Lieux :

Contexte historique

Bernard Heidsieck est né à Paris en 1928. C'est en publiant son premier recueil chez Seghers (Sitôt dit, 1955), qu'il réalise combien la diffusion de la poésie est confidentielle. Celle-ci lui semble alors sinistrée, prise au piège entre les dernières effusions de la poésie surréaliste et les balbutiements de la poésie blanche. Le constat est simple : plus personne ne lit de poème. Il faut donc changer radicalement les choses si l'on croit encore à ce genre littéraire. Le texte qui attend passivement sur la page a peu de chance de rencontrer un lecteur de plus en plus hypothétique. L'artiste entend remettre la poésie debout : la sortir du livre afin qu'elle rencontre son public, mais aussi lui rendre sa dignité. Il écrit alors ses premiers Poèmes-partitions, montrant par cette dénomination, qu'à l'instar des notes de musique, les mots, couchés sur la page, ne prennent vie qu'une fois interprétés.

Dans ces années 1950, Bernard Heidsieck est par ailleurs un fervent auditeur de musique contemporaine. Il découvre Boulez, Schönberg, Messiaen, Varèse, Cage... C'est en écoutant Le Chant des adolescents de Stockhausen que l'évidence lui apparaît : la poésie a 50 ans de retard sur cet art. Elle doit parvenir à prendre possession de l'espace comme le fait la musique électronique. L'écriture d'Heidsieck est également marquée par les avancées technologiques. Sur les conseils d'un ami, il se procure son premier magnétophone en 1959 et commence à enregistrer ses poèmes, les bruits du quotidien, etc. Le Révox lui permet de manipuler plus aisément encore ses textes. Influencé par le cut-up, il coupe, colle et monte ses créations acoustiques. Certes, l'enregistrement du texte poétique existe depuis plusieurs décennies (on pense, notamment, au Pont Mirabeau d'Apollinaire - voir ce document -), mais il devient ici principe de composition. La «poésie sonore» est née, même si, à cette appellation, Heidsieck préfère celle de «poésie-action» qui rend mieux compte, selon lui, de l'efficience du texte qui emplit l'espace de la salle où il est projeté.

Alexandra Von Bomhard

Éclairage média

Si la poésie est peu représentée à la télévision, elle trouve, à la radio, un certain espace médiatique. L'émission La poésie n'est pas une solution, diffusée sur France Culture, est produite et présentée par Frank Smith. Elle se propose de donner à entendre les voix poétiques majeures du monde entier. L'édition du 26 juillet 2012 est un entretien avec Bernard Heidsieck, ponctué de certains de ses poèmes sonores. Le plus célèbre d'entre eux est très certainement Vaduz.

En 1974, Roberto Altman demande à Heidsieck de composer un poème à l'occasion de l'inauguration d'une fondation d'art à Vaduz, la capitale du Lichtenstein. L'auteur exprime le désarroi qu'il a ressenti face à cette commande : «Mais que faire de Vaduz ? Qu'en faire ? Et quel texte, quel poème en tirer ? Quoi faire, oui ! Sinon, tourner, tourner autour, des semaines durant, autour de ce nom de ‟Vaduz‟, en quête d'une motivation vraie, justifiant l'entreprise de ce travail ». La solution s'impose alors à l'esprit du poète : la seule possibilité pour parler de cette ville inconnue, c'est de s'intéresser à ce qu'il y a autour. Ironiquement, la capitale du mini-territoire qu'est le Lichtenstein devient le centre du globe terrestre. Pour ce faire, Heidsieck trace, à partir de la ville, des cercles concentriques de plus en plus grands, qui finissent par couvrir tout le planisphère. Il se rend par ailleurs au Musée de l'Homme pour se documenter sur les ethnies peuplant chaque zone géographique évoquée. S'élabore alors une longue liste, presque interminable (Heidsieck ne parvient d'ailleurs pas à achever son poème pour le vernissage) qui devient le matériau de la partition poétique qu'il enregistre ensuite chez lui, sur un Révox A 700. Le document audio ne rend que partiellement compte de la performance de Bernard Heidsieck. Pour lui, la poésie sonore est avant tout une poésie-action. Il faut imaginer l'artiste, debout face à son public, déroulant au fur et à mesure un long papyrus de plusieurs mètres. Le papier occupe concrètement l'espace scénique, également investi par les répétitions obsédantes du poème. Dans un grand geste humaniste, cette matérialisation tourbillonnante du langage donne à voir la riche diversité des peuples de notre globe.

Alexandra Von Bomhard