Le nucléaire civil français : origine et bilan d'étape

14 octobre 1985
03m 44s
Réf. 05502

Notice

Résumé :

Profitant de l'anniversaire de la création du Commissariat à l'Energie Atomique et aux Energies Alternatives, le reportage revient sur la création de cette entité et sur l'aventure nucléaire civile de la France. Il met en avant le savoir-faire français.

Date de diffusion :
14 octobre 1985
Source :
A2 (Collection: MIDI 2 )
Personnalité(s) :
Lieux :

Contexte historique

Dès le départ, la France a été très active au niveau de la recherche nucléaire (voir les documents Le traitement du Cancer : hommage à Marie Curie pour sa découverte du Radium et Hommage à Irène Joliot-Curie). En 1939, Frédéric Joliot-Curie, Hans Von Halban et Lew Kowarski démontrent expérimentalement que la fission d'un noyau d'uranium 235 émet trois neutrons : une réaction en chaîne est possible. La Seconde Guerre mondiale éclate et va mettre entre parenthèses les travaux des scientifiques français.

Le 18 octobre 1945, le général de Gaulle crée le Commissariat à l'Energie Atomique. On peut lire dans l'ordonnance n° 45-2563 du 30 octobre 1945 instituant un commissariat à l'énergie atomique « Il doit être très près du Gouvernement parce que le sort ou le rôle du pays peuvent se trouver affectés par les développements de la branche de la science à laquelle il se consacre, et qu'il est par conséquent indispensable que le Gouvernement l'ait sous son autorité. Il doit, d'autre part, être doté d'une grande liberté d'action, parce que c'est la condition sine qua non de son efficacité ». Raoul Dautry, alors ministre de la reconstruction et de l'urbanisme, est l'administrateur général et Frédéric Joliot-Curie est le Haut-commissaire à l'énergie atomique. Contrairement à ce qu'énonce le présentateur, il n'est pas fait mention d'un Centre d'Essais Atomiques dans le document d'origine.

Les premiers laboratoires sont montés dans le fort désaffecté de Châtillon, à Fontenay-aux-Roses. La pile Zoé, pile atomique à eau lourde, est mise en service en 1946. Il est assez rapidement décidé de créer un grand centre de recherche nucléaire, Saclay, qui ouvre en 1952. On peut notamment citer, comme réalisation d'un laboratoire du CEA, le premier scanner français pour l'instrumentation médicale en 1976 ou les recherches sur la propulsion nucléaire qui serviront notamment à construire les plus petits sous-marins nucléaires du monde comme l'Emeraude en 1988 ou la Perle en 1993.

Le CEA est aujourd'hui un organisme de recherche dans les énergies (ressources nucléaire et renouvelables), les technologies pour l'information et les technologies pour la santé, la défense et est implanté sur 10 sites en France. En 2010, le CEA modifie son nom sans changer son sigle pour devenir le Commissariat à l'Energie Atomique et aux Energies Alternatives et s'intéresse en particulier aux énergies "bas carbone".

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Éclairage média

Après un long lancement plateau rappelant la création du CEA et les choix français en matière nucléaire avec le mot-clé NUCLEAIRE en jaune en bas à gauche de l'écran, le reportage s'ouvre sur une vue aérienne de la centrale de Dampierre. Le point de vue de la caméra permet de voir 3 réfrigérants. Nous entendons le bruit de l'hélicoptère dans le fond sonore.

Après quelques images dans la salle de contrôle d'une centrale nucléaire, le reportage nous plonge dans des images d'archives de manifestations anti-nucléaires. Est-ce pour décrédibiliser ce mouvement que les journalistes ont choisi de nous montrer des images accompagnées d'une bande son quelque peu kitsch ? La musique s'arrête nette et on passe à des images d'archives d'une altercation entre manifestants et force de l'ordre. Le commentaire du journaliste est décalé par rapport aux images : « la construction [...] s'est déroulée presque normalement » avec des images de l'altercation, c'est assez étrange.

Dans ce reportage, nous avons de nouveau le droit à la carte de France et ses petits réacteurs (voir les sujets Le pari nucléaire : 15 ans après et La fin du tout nucléaire ?). Cette manière de présenter la répartition des centrales nucléaires en France semble faire l'unanimité chez les journalistes.

Après avoir rappelé l'importance de la crise pétrolière de 1973, le journaliste, à juste titre, indique que le choix du nucléaire est dû au fait que la France a une « vieille tradition de recherche en physique nucléaire ». On bascule de nouveau sur des images d'archives. On y voit des scientifiques assez proches de l'image qu'on peut en avoir dans l'imaginaire collectif. On se croirait un peu dans un vieux film de science-fiction.

Toute la suite du reportage mettra en avant le grand savoir-faire français. Cette fois-ci, les images correspondent à la centrale de Cruas-Meysse. D'après le commentaire, les centrales nucléaires sont bien construites et demandent très peu de maintenance. Leur durée de vie est estimée à la hausse mais on ne mentionne pas à ce moment-là l'accident de la centrale de Saint-Laurent. Les centrales ont un très bon rendement et grâce à cela, la France peut vendre de l'électricité aux pays voisins. Le directeur de production d'EDF, devant ce qu'on imagine être une console de travail dans une salle de contrôle, détendu et pas du tout caricatural par rapport à certains de ses prédécesseurs annonce des chiffres impressionnants et assez agréables pour le téléspectateur. Tout le monde, même le consommateur, gagne de l'argent grâce au nucléaire.

Le reportage finit sur un doute : concernant le combustible uranium, n'allons-nous pas nous retrouver pour le nucléaire dans la même position que pour le pétrole auparavant ? Le journaliste nous rassure : nous avons nos propres ressources. Le journaliste n'en profitera pas pour mentionner le traitement des déchets nucléaires. Le reportage se termine sur de belles images d'un réacteur en piscine et donne une vision très positive du pari nucléaire, correspondant assez aux autres reportages de l'époque.

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Transcription

Noël Mamère
Le 18 octobre 1945, le gouvernement provisoire du général de Gaulle créait par ordonnance le Centre d’Essais Atomiques, plus connu sous le nom de CEA, afin de rivaliser avec les autres nations possédant l’arme nucléaire. Après le nucléaire militaire, est venu le nucléaire civil et aujourd’hui la France est un des pays du monde qui possède une énergie électronucléaire des plus perfectionnées au monde. Alors, avant de discuter avec Monsieur Jean Teillac qui est l’un des principaux responsables du Centre d’Essais Atomiques, je voudrais que vous regardiez maintenant ce reportage de Marcel Martin et Philippe Dumez sur ce qu’est, en 1985, l’énergie électronucléaire dans notre pays.
Journaliste
Les quatre réacteurs nucléaires de la centrale de Dampierre ont produit, quatre ans après leur mise en route, 100 milliards de kilowatts-heure, le tiers de la consommation électrique de la France pour 85. Les centrales d’EDF fonctionnent correctement et ceci dans un certain calme. La contestation du nucléaire en France n’a plus la vigueur qu’elle a eue dans les années 70, comme lors de la grosse manifestation contre la construction de la centrale de Creys-Malville. Fin juillet 77, les écologistes se heurtèrent aux forces de l’ordre sans résultat. La construction du premier surgénérateur de grosse puissance s’est déroulée presque normalement et c’est dans l’indifférence la plus totale que son réacteur a démarré il y a un mois. La France possède actuellement 41 réacteurs couplés au réseau électrique d’EDF, le deuxième rang mondial pour la puissance fournie. Ce résultat, on le doit à deux événements principaux, d’abord la crise pétrolière de 73. Les hommes politiques ont pris conscience de notre énorme dépendance vis-à-vis du pétrole, seule l’énergie nucléaire pouvait nous en faire sortir. Ensuite, et surtout peut-être, parce que notre pays a une vieille tradition de recherche en physique nucléaire, dont le Commissariat à l’Energie Atomique est un peu le symbole. Le CEA n’avait d’ailleurs pas apprécié que la responsabilité de la construction des centrales nucléaires soit confiée exclusivement à EDF. Aujourd’hui, nos centrales nucléaires fonctionnent sans problème majeur, au risque même de poser des problèmes à l’industrie. En effet, les réacteurs nécessitent une maintenance minimum. Résultat, la production électrique est plus importante que prévue et le besoin d’installer de nouvelles centrales a diminué. Le consommateur, en revanche, ne devrait pas être mécontent.
Jacques Leclerc
La meilleure preuve, on pourrait dire, mieux que les études économiques qui ont été faites, c’est le fait qu’on exporte à l’extérieur assez facilement, et naturellement, au-delà de nos coûts de revient. Ça nous a d’ailleurs rapporté, en 84, de l’ordre de 5 milliards de francs. Le deuxième élément est, comme agent d’un service public, il intéressera beaucoup, je pense, le consommateur. C’est que, depuis début 84, il y a eu en valeur une baisse du prix de l’électricité de 2,4 % et je peux dire que cette tendance à la baisse se poursuivra dans les cinq ans à venir, puisque nous avons signé avec les pouvoirs publics un engagement de baisse des tarifs de l’ordre de 1 % par an en valeur.
Journaliste
Une récente étude sur la durée de vie des centrales nucléaires françaises montre que celles-ci fonctionneront pendant quarante ans, c’est-à-dire dix de plus que prévu à l’origine. La rentabilité n’en sera que meilleure. Reste le problème du combustible. Ne risque-t-on pas de se retrouver dans la même situation que pour le pétrole ? En principe non, on importe en effet beaucoup d’uranium, mais les ressources françaises sont également importantes.