La fin du tout nucléaire ?

25 octobre 1998
03m 47s
Réf. 05503

Notice

Résumé :

Alors que l'Allemagne s'interroge sur sa politique en matière de production d'électricité, ce reportage revient sur l'évolution de l'image du nucléaire depuis les années 1960 et propose une alternative au tout nucléaire.

Date de diffusion :
25 octobre 1998
Source :
A2 (Collection: JA2 20H )
Lieux :

Contexte historique

Georges Pompidou est membre du Conseil Constitutionnel de 1959 à 1962. Il occupe la fonction de Premier ministre pendant la présidence de Charles de Gaulle pendant plus de six ans et est élu Président de la République en 1969. Il décède en avril 1974 avant la fin de son mandat.

Pour un historique de la genèse du programme nucléaire, on peut se reporter au sujet Le nucléaire civil français : origine et bilan d'étape.

Le premier réacteur nucléaire français est mis en service sur le site de Marcoule en 1956. La construction du plus récent réacteur a démarré en 2006. Flamanville 3 devrait être mis en service durant l'année 2016. En 2014, 58 réacteurs nucléaires sont en service, répartis sur 19 sites. Nous sommes loin de l'objectif de 200 réacteurs en service en l'an 2000 annoncé dans le reportage.

Dans les années 1960, la production d'électricité grâce aux centrales nucléaires est de 5%. En 2000, elle est aux alentours de 77%.

Electricité de France et Gaz de France ont toujours été des entités différentes. Elles ont été créées en 1946. En 2008, la fusion de Gaz de France et de Suez donne naissance au groupe GDF Suez.

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Éclairage média

Il est important de noter qu'à de nombreuses reprises dans ce reportage, il y a des confusions dans le vocabulaire utilisé. En effet, les expressions « énergie nucléaire » ou « énergies renouvelables » sont très imprécises et peuvent créer des représentations erronées sur le concept d'énergie. Il s'agit plutôt de la ressource énergétique qui est nucléaire ou renouvelable. De plus, on ne produit pas d'énergie, on ne fait que convertir une forme d'énergie en une autre forme. On peut par contre parler de production d'électricité.

Le reportage commence avec une mise en abîme : le journal télévisé des années 1960 dans le journal télévisé de 1998. Avec les images en noir et blanc, la musique digne d'un péplum et la mise en scène bien particulière, on a effectivement l'impression de remonter dans le temps.

Olivier Martin, président d'EDF en 1961, nous explique, avec une drôle de diction, le choix stratégique de la France en matière d'énergie. Le décor semble représenter une maquette de barrage hydroélectrique. Puis, nous voyons Georges Pompidou traverser l'écran. Comme nous ne savons pas exactement de quand date cette partie de la vidéo, nous ne pouvons savoir quelle fonction occupe alors l'homme d'Etat.

Puis de nombreuses images d'archives sont présentées mais le commentaire ne nous éclaire pas vraiment sur ce qu'elles représentent. On apprend cependant que les déchets nucléaires ont posé problème assez rapidement.

Paul Delouvrier, directeur d'EDF, en 1973, en couleur et en pleine crise pétrolière (voir le sujet Le pari nucléaire : 15 ans après), cherche à rassurer l'opinion publique. Mais on ne peut que sourire devant son argument et sa manière de parler. Il articule beaucoup trop les mots et est bien trop théâtral. Le mouvement de caméra qui zoome sur son visage comme pour signifier le point d'exclamation à la fin de la phrase du directeur d'EDF et la moue qui l'accompagne amuse le téléspectateur contemporain. On peut d'ailleurs se demander si cette intervention un peu burlesque a réussi à rassurer à l'époque.

Retour en 1998 dans la suite du reportage avec l'arrivée dans le bureau fort encombré de Monique Sené (CNRS) qui nous explique que le choix stratégique français n'a pas réellement été soumis à la consultation, ce qui lui semble scandaleux.

Le reportage repart sur des images d'archives de la fin des années 1970, en couleur. La caméra suit ce qui semble être un technicien de centrale nucléaire et continue à avancer mais cette fois-ci, son mouvement nous donne l'impression de suivre les conduits de la centrale puis de nous promener dans une salle de la centrale. Une carte de la France apparaît sur le décor de la salle. La France est de couleur verte, une couleur peu cohérente avec le message que le reportage semble vouloir transmettre (notamment concernant le traitement des déchets évoqué plus tôt). La musique est assez oppressante. Chaque centrale implantée en France est figurée par le pictogramme radioactif jaune.

Le reportage présente alors des images de matériel vieilli et abîmé et se penche sur les coûts que certains considèrent comme des « coûts cachés » : démantèlement des centrales nucléaires hors d'usage et traitement des déchets. La musique ne nous a pas quittés et semble tomber sur le téléspectateur comme une chape de plomb. Quelques images d'un réacteur en piscine sont visibles mais le commentaire de la journaliste ne les présente pas. Les accidents sont passés sous silence. Enfin, la production d'électricité via le nucléaire ne représentait pas plus de 77% de la production totale en France en 1998 : on est loin de la valeur annoncée de 90%.

La musique s'arrête enfin quand Jean-Luc Bennahmias, le secrétaire national des verts de l'époque, apparaît. Il parait assez étonnant qu'à cette époque, il propose de sortir du tout nucléaire par des centrales thermiques au charbon. A la suite de l'accident nucléaire de Fukushima en 2011, l'Allemagne a décidé de sortir complètement du nucléaire et a repris son exploitation du charbon pour ces centrales thermiques. Après cette mise en scène oppressante et un peu déprimante, le reportage fait place à une solution : multiplier les modes de conversion d'énergie. Avec des magnifiques végétaux chlorophylliens derrière lui, Pierre Gadonneix, le président de Gaz de France, a une diction moins étrange que ses prédécesseurs et cherche à nous rassurer et semble pouvoir y arriver en nous présentant un mix-énergétique cohérent.

Le reportage finit sur une image de bateau en train de naviguer, qui semble représenter la France. On nous annonce que le bateau France va changer de cap. Et pourtant, cela ne semble pas avoir été le cas (voir le sujet Visite décennale de la centrale nucléaire de Civaux). Enfin, il semble curieux que ce reportage assez complet sur la problématique énergétique française qui date de 1998 n'évoque à aucun moment la problématique de la production de gaz à effet de serre.

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Transcription

Béatrice Schönberg
La nouvelle politique nucléaire de l’Allemagne nous amène à nous interroger sur les différentes sources d’énergie que nous utilisons en France, avec cette question : « Y a-t-il une alternative au tout nucléaire ? ». Si l’on en croit le nouveau président d’EDF, il y aura de nouvelles orientations dans les dix années à venir. Voyons avec Josée Blanc-Lapierre et Bernard Ronflet le chemin parcouru depuis ces années 60 où l’on parlait du nucléaire au journal télévisé, voici comment.
(Musique)
Olivier Martin
L’opinion commune, c’est que l’énergie atomique doit devenir compétitif d’ici une dizaine d’années.
Intervenant
Ce qui est éminemment réconfortant.
(Musique)
Josée Blanc-Lapierre
L’énergie nucléaire, la fierté de la France – déjà – dans les années 60. Dix ans après, avec le choc pétrolier et la peur de manquer d’énergie, l’atome est présenté comme l’unique solution et pour longtemps. 200 réacteurs sont prévus pour l’an 2000, 5 à 6 centrales sont construites chaque année. Les déchets radioactifs, qui posent déjà problème, sont jetés à la mer. Quant à l’opinion publique, le mot d’ordre est de rassurer.
Paul Delouvrier
Le risque de mourir d’irradiation est cinq fois inférieur à celui de mourir foudroyé par la foudre.
Josée Blanc-Lapierre
A l’époque, cette spécialiste du nucléaire, chercheure au CNRS, fait partie de ceux qui critiquent le choix du tout nucléaire, effectué sans consultation, dit-elle.
Monique Sené
Le contact avec les ingénieurs, avec les responsables du nucléaire… Dans un premier temps, ils ont un petit peu accepté de nous parler, parce qu’on était quand même des chercheurs. Et puis après, ils nous ont traîné un peu dans la boue parce qu’ils disaient : Vous ne connaissez rien au sujet, donc vous ne pouvez pas intervenir sur le sujet.
(Musique)
Josée Blanc-Lapierre
Fessenheim, 77, Civaux 97, le programme nucléaire français s’arrête plus vite que prévu. Finalement, 56 réacteurs seront suffisants pour alimenter nos besoins. Ce parc nucléaire, unique au monde, qui produit 90 % de notre énergie, vieillit. Dans dix ans, il va falloir commencer à le remplacer. Or, démanteler un réacteur, comme ici en Allemagne, coûte cinq fois plus cher que la construction initiale, sans compter les déchets, toujours sans solution. Alors pour certains, le nucléaire n’a plus que des inconvénients.
Jean-Luc Bennahmias
On va commencer à sortir progressivement du nucléaire. En tous les cas, financièrement, économiquement, industriellement, nous y serons dans l’obligation. Nous avons le temps pour voir comment, avec le gaz, pourquoi pas le charbon ? Maintenant on fait des centrales au charbon qui sont beaucoup plus propres et qui dégagent une pollution extrêmement mineure ; et puis évidemment, avec l’ensemble des énergies renouvelables, je pense à l’éolien bien évidemment.
(Bruit)
Josée Blanc-Lapierre
L’avenir du nucléaire est menacé, c’est la première fois. Son concurrent le plus sérieux : le gaz. Bien parti pour rattraper son retard sur l’atome grâce à des turbines de plus en plus performantes et surtout moins cher. D’après le Conseil Mondial de l’Energie, le gaz aurait toutes les qualités, la souplesse et même l’abondance, nous aurions soixante-dix ans de réserve devant nous.
Pierre Gadonneix
Je pense que l’ère des « tout quelque chose », tout charbon, tout fuel et puis, bien sûr, tout nucléaire, je pense que cette ère est un peu révolue ; et que tous les pays auront le souci d’avoir une certaine diversification de leur mode de production d’électricité.
(Bruit)
Josée Blanc-Lapierre
Autrement dit, l’avenir serait dans la multi-énergie, avec à la fois du gaz, de l’éolien, du solaire, un peu de nucléaire et beaucoup d’économies d’énergie. La France, qui avait tout misé sur l’atome, s’apprête à changer de cap.

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