Visite décennale de la centrale nucléaire de Civaux

15 novembre 2011
04m 26s
Réf. 05509

Notice

Résumé :

Huit mois après la catastrophe de Fukushima, ce dossier présente les opérations mises en œuvre lors de la visite programmée de maintenance de la centrale nucléaire de Civaux afin de vérifier le bon fonctionnement du réacteur numéro 1.

Date de diffusion :
15 novembre 2011
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

La centrale de Fessenheim est la première centrale nucléaire française dont les réacteurs sont à eau pressurisée (REP). En 1967, sous la présidence de Charles de Gaulle, il est décidé de construire deux réacteurs nucléaires basés sur la technologie française Uranium Naturel Graphite Gaz (UNGG) à Fessenheim. En 1969, sous la présidence de Georges Pompidou, c'est la filière REP (technologie américaine) qui est finalement choisie. La centrale a été mise en service en 1977. La mise en arrêt définitif de la centrale de Fessenheim a été promis en septembre 2012 par le Président François Hollande et devrait avoir lieu en 2016. Si elle est effectivement arrêtée à cette date, elle aura eu une durée de vie de 39 ans, ce qui correspond à l'objectif affiché depuis les années 1980 par EDF. De nombreux incidents dont 5 de niveau 1 sur l'échelle internationale des évènements nucléaires (INES) ont eu lieu dans cette centrale depuis début 2000.

En 1980, il est décidé d'implanter une centrale nucléaire à Civaux qui sera mise en service en 1997. La centrale se compose de deux réacteurs nucléaires de la filière REP. La centrale de Civaux possède les tours aéroréfrigérantes les plus hautes parmi les centrales nucléaires d'EDF (178 m). Elle a connu un incident de niveau 2 sur l'échelle INES en 1998. Quelques mois après la diffusion de ce reportage, l'analyse des eaux souterraines sous la centrale a révélé la présence de tritium à une concentration de 540 becquerels/litre (Bq/L) contre une valeur de 8 Bq/L attendue. Le matériel a l'origine de cette fuite a été réparé dans le courant de l'année 2012.

Le Service Central de Sûreté des Installations Nucléaires (SCSIN) a été créé en 1973 et devient la Direction de la Sûreté des Installations Nucléaires (DSIN) en 1991 puis la Direction Générale de la Sûreté Nucléaire et de la Radioprotection (DGSNR) en 2002. L'Autorité de Sûreté Nucléaire est créée en juin 2006 par la « loi TSN » (Transparence et Sécurité en matière Nucléaire) pour remplacer la DGSNR.

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Éclairage média

Dans des reportages datant du milieu des années 1980 (voir les sujets Le pari nucléaire : 15 ans après et Le nucléaire civil français : origine et bilan d'étape), la sécurité des centrales nucléaires n'était pas traitée malgré au moins deux accidents assez graves à la fin des années 1970 et au début de l'année 1980. Dans ce reportage, il ne s'agit que de sécurité. Quelques mois après la catastrophe de Fukushima, classée 7 à l'échelle INES, l'état des centrales nucléaires françaises préoccupe. En effet, la catastrophe de Fukushima a eu lieu au Japon, dans un pays développé et très avancé en matière de sécurité industrielle, en particulier concernant le nucléaire. Le cas de figure est bien différent de celui de la catastrophe de Tchernobyl, où de nombreuses erreurs humaines ont été commises.

Après le lancement plateau, le reportage démarre sur des images tournées à l'extérieur de la centrale. La campagne semble paisible. La caméra zoome sur le brouillard d'un réfrigérant, l'image se brouille... Nous pénétrons dans la centrale grâce à ce petit effet.

Ce reportage est présenté pour rassurer l'opinion publique française. Il donne une impression globale de grande transparence. On suit des techniciens et leur responsable pendant quelques opérations de maintenance du réacteur numéro 1 de la centrale de Civaux, qui n'a que 13 ans.

Le reportage présente des techniciens hautement qualifiés. Il ne s'agit pas de production de masse. On parle d'artisanat. Et ce mot très noble ajoute encore plus de sérieux aux opérations de maintenance. Le journaliste Nicolas Chateauneuf, pédagogue, porte son casque de protection comme les deux responsables EDF. Il est également à noter que c'est le seul reportage qui nous présente le protocole d'entrée et de sortie d'une zone à risque dans une centrale nucléaire. Nous assistons au passage impressionnant dans la zone très contrôlée de la salle du réacteur, sas à double porte, dosimètre... Toutes les images sont là pour montrer au téléspectateur que la sécurité est prise très au sérieux.

Le journaliste nous indique que nous pouvons voir des images exceptionnelles puisque le réacteur est ouvert. Même si le gigantisme de la salle est assez impressionnant, on a tout de même un peu de mal à voir la différence avec des images que nous avons déjà eu l'occasion de voir. Le technicien qui pilote le robot opérant au cœur du réacteur doit gérer 6 écrans, ce qui, en soit, est assez impressionnant. Le journaliste nous explique que l'eau bloque les radiations. Il faut garder en mémoire qu'une seule feuille de papier arrête les rayonnements alpha, pour le rayonnement béta, une feuille d'aluminium suffit. Le rayonnement gamma, lui, est arrêté par un mur de 4 mètres d'épaisseur en béton.

La directrice générale adjointe de l'ASN Sophie Mourlon nous explique ensuite que l'ASN a tiré les leçons de la catastrophe de Fukushima et exigera d'EDF de nouvelles précautions, mais le député Europe Ecologie - Les Verts Yves Cochet ironise sur « le risque zéro ».

La conclusion du reportage ouvre vers une durée de vie des centrales encore augmentée. D'abord prévues pour 30 ans, elles sont maintenant censées être exploitées pendant 40 ans. Le journaliste nous explique qu'EDF aimerait pousser à 50 ou 60 ans. Après Fukushima, l'opinion publique française est-elle en capacité d'accepter une telle durée de vie pour des matériels si sensibles et si sollicités ? Le président Hollande, quelques mois plus tard, tranchera pour une fermeture de Fessenheim après 40 ans d'exploitation. Le Japon, lui, a choisi d'arrêter toutes ses centrales au lendemain de la catastrophe.

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Transcription

David Pujadas
Enquête Nicolas Châteauneuf, Mathias Second.
Mathias Second
Ces lourds travaux étaient prévus depuis des années.
David Pujadas
Merci Sophie, on va un peu plus loin, car on l’a bien compris, cette question de la sécurité nucléaire sera certainement au cœur de la campagne. Comment, concrètement, les réacteurs atomiques sont-ils auscultés, sont-ils contrôlés ? Voici un document, l’une de nos équipes a pu assister au plus près à l’une de ces opérations, à Civaux, près de Poitiers.
Mathias Second
Ce sont les réacteurs nucléaires les plus puissants du monde. Plantés en rase campagne, ils fournissent de l’électricité à plus de 2 500 000 personnes. Agés de 13 ans, ces 2 réacteurs ont été conçus pour fonctionner quarante ans, voire plus. Mais depuis Fukushima, leur durée de vie fait débat, le nucléaire inquiète. En attendant, la centrale abrite un gigantesque chantier. Autour du réacteur numéro 1, 1 500 ingénieurs et techniciens se relaient jour et nuit. Rien à voir avec Fukushima. C’est ce qu’on appelle ici une visite décennale. Tous les dix ans, pendant trois mois, toutes les installations nucléaires sont auscultées, démontées, modifiées si nécessaire, à l’image de cette énorme dynamo électrique qu’il faut contrôler pièce par pièce.
Christian Chauvet
Il n’y a absolument aucune construction automatique, c’est que du travail manuel ; que les gens vont observer à la main, vont observer avec un petit maillet pour vérifier que les barres sont bien calées, elles résonnent bien.
Mathias Second
Juste à côté, une énorme turbine a été déposée.
Nicolas Châteauneuf
Dans les centrales nucléaires, la vapeur générée par le réacteur entraîne la rotation très rapide, près de 1 500 tours par minute, de cette gigantesque pièce d’acier de 270 tonnes. Celle-ci a tourné pendant dix ans non-stop, elle va maintenant être examinée dans ses moindres détails.
(Bruit)
Nicolas Châteauneuf
Plus on approche du réacteur nucléaire, le cœur de la centrale, plus les contrôles sont lourds.
(Bruit)
Nicolas Châteauneuf
Pour tout le monde, c’est le même rituel, il faut s’équiper.
Christian Chauvet
Je vais prendre un dosimètre qui me permet de mesurer la dose radioactive que, éventuellement, que je prendrais.
Nicolas Châteauneuf
Passé ce sas, nous entrons dans le saint des saints. Sous ce dôme en béton, voici le réacteur. Sa cuve cylindrique se trouve tout en bas au centre. Fait exceptionnel, le réacteur est ouvert, vide mais toujours très radioactif. Cela n’arrive que tous les dix ans, quand les ingénieurs plongent dans son cœur un robot téléguidé, seul capable de supporter les radiations. Bardé de capteurs, ce robot est piloté à distance. Le but est d’examiner les soudures à l’intérieur de la cuve pour détecter d’éventuels microfissures dans l’acier épais de 10 centimètres.
Eric Lambert
On vérifie donc visuellement l’apparence. Ensuite, on voit plus en détail au niveau des soudures où là, on va donc faire un système de radio comme pour les poumons ; on va vraiment aller à l’intérieur de la soudure.
Nicolas Châteauneuf
Pour cela, il a fallu déplacer les 125 tonnes de combustibles radioactifs contenus dans le réacteur. Les barres d’uranium attendent ici, dans la piscine de stockage, à 10 mètres de profondeur, l’eau bloque les radiations. Des manipulations ultra complexes qu’il faut répéter tous les dix ans pour chacun des 58 réacteurs nucléaires français. Tout en respectant des règles de sécurité sévères qui pourraient bien être renforcées dans les prochains mois.
Sophie Mourlon
Suite à Fukushima, nous avons demandé à EDF d’évaluer la robustesse des centrales au-delà de ce pourquoi elles ont été conçues. Par exemple, en cas de séisme de très forte magnitude, si ces analyses montrent qu’il y a des travaux nécessaires ou intéressants à faire, on les demandera.
Nicolas Châteauneuf
Déjà, dans certains cas, les visites décennales ne suffisent plus. Exemple à Fessenheim, dont la centrale est âgée de 34 ans. Récemment, l’Autorité de Sûreté Nucléaire a autorisé la poursuite de l’exploitation du réacteur numéro 1, mais à condition de réaliser de lourds travaux dans les deux ans qui viennent. Pour les écologistes, cela ne suffit pas. Ils estiment qu’aucun système de contrôle, même le plus perfectionné, ne peut garantir le risque zéro.
Yves Cochet
Le nucléaire doit, en effet, est tellement parfait comme type, disons d’invention ou de découverte scientifique, que ça réclamerait des humains qui sont eux-mêmes parfaits. Sachant que nous ne le sommes pas, mieux vaut faire autrement, dans des choses qui sont à la fois moins graves, moins dangereuses et moins coûteuses.
Nicolas Châteauneuf
Chaque année en France, entre 4 et 6 réacteurs nucléaires subissent une visite décennale. EDF a pour objectif de prolonger leur durée de vie jusqu’à 50, voire 60 ans si leur état le permet.