Réchauffement climatique : la vision des chercheurs

10 juin 2004
02m 04s
Réf. 05607

Notice

Résumé :

Le reportage présente les résultats d'un projet européen de carottage glaciaire qui vient de déterminer que la Terre a connu il y a 420 000 ans une période aussi chaude que celle que nous connaissons. Les opérations de forage permettent d'accéder aux climats terrestres passés et de les archiver.

Date de diffusion :
10 juin 2004
Source :

Contexte historique

Le Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC) a été créé en 1988 par deux institutions des Nations Unies : l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM) et le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). Le GIEC a pour mandat « d'évaluer, sans parti pris et de manière méthodique et objective, l'information scientifique, technique et socio-économique disponible en rapport avec la question du changement du climat. »

Il est à noter que le GIEC et Al Gore, homme politique américain, ont reçu le Prix Nobel de la Paix 2007 pour leurs efforts de collecte et de diffusion des connaissances sur les changements climatiques provoqués par l'Homme.

Valérie Masson-Delmotte est née en 1971. Elle est ingénieure diplômée en 1993 de l'École Centrale de Paris en physique des fluides et des transferts. Elle obtient son doctorat en 1996.

Depuis 1997, elle est ingénieur au Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement rattaché au Commissariat à l'Energie Atomique et aux Energies Alternatives (CEA) (voir le document Le nucléaire civil français : origine et bilan d'étape), au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) et à l'Université de Versailles St Quentin. Elle est directrice de recherches au CEA depuis 2008. Elle fait partie de nombreux projets nationaux et internationaux. Elle a notamment coordonné la partie « Climats du passé » du 5e rapport du GIEC, présenté officiellement en septembre 2013.

Cette même année, elle obtient le prix Irène Joliot-Curie qui a pour objectif de mettre en valeur des carrières exemplaires de femmes scientifiques.

Jean Jouzel est un climatologue et glaciologue français, directeur au CEA de l'Institut Pierre-Simon Laplace jusqu'en 2008. Il est reconnu pour ses analyses de la glace de l'Antarctique et du Groenland qui ont permis de connaître le climat passé. Il apporte une contribution importante à la question du réchauffement climatique, notamment par son rôle au sein du GIEC, dont il est expert depuis 1994 et vice-président depuis 2002.

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Éclairage média

Le reportage démarre sur des images de l'Antarctique. Un bateau semble figé dans l'immensité blanche. Le paysage est superbe mais semble hostile. En voix off, la journaliste nous explique que les scientifiques ont remonté « de la nuit des temps » des archives climatiques. Cette expression est sans doute poétique mais n'a pas sa place dans un reportage scientifique (voir le contexte historique du document Un créationniste fait la classe). Le projet mentionné dans le reportage fait sans doute partie du programme européen Epica de carottage glaciaire qui, comme l'indique la journaliste, a permis de remonter aux climats d'il y a 740 000 ans. L'âge de la Terre est estimé à 4,5 milliards d'années...

Des personnes sur l'étendue glacée apparaissent et nous servent de repère d'échelle. L'image qui suit fait apparaître Valérie Masson-Delmotte tenant une précieuse petite carotte de glace et on s'amuse de l'inversion des échelles. Nous sommes passés du terrain au laboratoire. Valérie Masson-Delmotte est en train d'effectuer une analyse destructive de la carotte. En effet, les analyses non destructives sont effectuées sur site et c'est au laboratoire qui reçoit les échantillons de glace de mener les autres analyses. La scientifique, très pédagogue, nous explique l'importance des bulles d'air et des poussières piégées dans la glace.

Le reportage alterne entre des images tournées sur le terrain et des images du laboratoire. On retourne donc sur le terrain avec des images du matériel qui permet le forage. Les techniques utilisées sont maîtrisées depuis les années 1960 mais le coût et les difficultés rencontrées lors de ce type d'opérations ne permettent pas leur multiplication. On a donc beaucoup plus d'opérations de forage en milieu océanique ou continental (dans les lacs ou les tourbières) qu'au pôle sud.

En voix off, la journaliste nous explique que les scientifiques ont démontré la relation étroite entre les gaz à effet de serre et l'évolution de la température. Ce message très important est en décalage avec les images des hommes scientifiques qui bravent des conditions climatiques assez extrêmes et des températures certainement négatives pour obtenir les carottes.

Valérie Masson-Delmotte nous explique que les activités humaines vont sans doute avoir pour conséquence d'empêcher la bascule vers une période glaciaire. Il faut savoir que les changements climatiques sont très difficiles à prévoir vu le nombre de paramètres en jeu. Il faut aussi ne pas perdre de vue l'inertie des changements climatiques. En effet, même si toutes les activités humaines s'arrêtaient demain, leur impact sur le climat ne disparaîtrait pas pour autant. Enfin, après des années où les causes naturelles et les causes anthropiques des bouleversements climatiques ont fait débat, la responsabilité de l'activité humaine sur les bouleversements climatiques en cours et à venir est maintenant admise par une grande majorité des scientifiques. Le réchauffement climatique est en 2014 admis par tous.

A la fin du reportage les images se succèdent à un rythme plus soutenu. Le choix des images et le rythme de leur succession donnent une impression de catastrophe inévitable et créent un peu d'angoisse chez le téléspectateur. Les propos de Jean Jouzel ne nous rassurent pas.

La dernière image présentant un pingouin luttant pour rester en équilibre sur son bout de glace nous rappelle que la Terre survivra au réchauffement climatique mais qu'il n'y a aucune certitude pour les espèces qui vivent à sa surface.

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Transcription

David Pujadas
Et à propos de chaleur et des inquiétudes que suscite le réchauffement de la planète, une équipe européenne vient d’établir que la Terre avait connu une période aussi chaude qu’aujourd’hui, et même davantage il y a 420 000 ans. C’est en analysant des bulles d’air au plus profond des glaces du pôle Sud que les scientifiques sont arrivés à cette conclusion. Florence Mavic, Jean-Marc [Nouck].
Florence Mavic
C’est ici, dans l’immensité glacée de l’Antarctique que les chercheurs ont remonté de la nuit des temps des archives climatiques vielles de 740 000 ans. Et c’est dans cette chambre froide d’un laboratoire français que les précieuses carottes de glace sont analysées.
Valérie Masson-Delmotte
Alors, la glace elle-même nous apporte des informations sur les températures passées en Antarctique, les bulles sur l’effet de serre passé, les concentrations naturelles en gaz à effet de serre, et puis les poussières, la chimie sur, par exemple, les éruptions volcaniques passées.
Florence Mavic
Pour obtenir ces informations exceptionnelles, il a fallu forer à trois kilomètres de profondeur, sous la calotte polaire. Les glaciologues ont démontré la relation étroite entre la concentration en gaz à effet de serre et l’évolution des températures. Il y a 420 000 ans, par exemple, aucune pollution d’origine humaine ne venait perturber le climat. C’était une période chaude, à peu près identique à celle que nous vivons aujourd’hui. A un détail près, actuellement, le taux de carbone et de méthane atteint un niveau record. De quoi affoler notre planète qui alterne depuis toujours périodes chaudes et périodes glacières.
Valérie Masson-Delmotte
L’effet à long terme des concentrations en gaz à effet de serre pourraient même empêcher la prochaine entrée en glaciation. C’est-à-dire, perturber même les grands cycles naturels du climat.
Florence Mavic
Aujourd’hui, le thermostat s’est emballé, et si rien n’est fait pour diminuer les émissions polluantes, en cent ans, la température pourrait s’élever de 6 degrés.
Jean Jouzel
L’été 2003, hé bien, on retrouvera un été tel que l’été 2003 à peu près un an sur deux. Donc, l’été 2003 deviendra la norme, cette canicule.
Florence Mavic
Ces glaces anciennes sont un signal d’alarme pour chacun d’entre nous. D’après les scientifiques, les bouleversements climatiques les plus profonds seraient à venir.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque