La reconstitution de l'accident de Tchernobyl 14 ans après

26 avril 2000
02m 32s
Réf. 05701

Notice

Résumé :

A l'occasion de la commémoration du 14e anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, ce reportage propose une reconstitution des événements de la catastrophe à l'aide d'images précises sur l'explosion du réacteur N°4 et de ses conséquences. Sous son sarcophage, le réacteur est suivi à la loupe par des scientifiques de la communauté internationale.

Date de diffusion :
26 avril 2000
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Contexte historique

Le 26 avril 1986, le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose et libère un nuage radioactif qui a rapidement recouvert toute l'Europe. Les autorités en place ont tout fait pour minimiser les conséquences de la catastrophe si bien qu'au début des années 2000, on ne dispose que de peu de données fiables à ce sujet. On n'en retrouve pas moins, vingt ans après le drame, des traces de radioactivité partout en Europe. La catastrophe de Tchernobyl a été classée au dernier niveau, le niveau 7 de l'échelle internationale des événements nucléaires, de même que celui qui touchera la centrale nucléaire japonaise de Fukushima en mars 2011.

Entre 1900 et 2000, la population mondiale a été multipliée par quatre alors que la consommation d'énergie par habitant a été, elle, multipliée par sept. Cette augmentation incroyable de la consommation énergétique mondiale qui a doublé entre 1970 et 2006 devrait encore doubler dans les vingt ans qui viennent notamment à cause de la croissance de la population mais aussi de l'industrialisation des pays en développement et de l'augmentation de la mobilité des hommes.

La production d'électricité par le nucléaire représente 16% de la production mondiale, elle correspond à 15% en Union soviétique. L'ampleur de la catastrophe de 1986 résulte d'une conjonction de deux principales causes : le choix du nucléaire civil et la crise politique des dernières années de l'Union soviétique. Le choix de l'énergie nucléaire pour produire de l'électricité permet aux nations qui la privilégient comme la France et l'Union soviétique de limiter leur dépendance énergétique à l'égard des pays producteurs de pétrole, mais aussi de limiter leur production de gaz à effet de serre, contrairement à la production électrique par centrale thermique au charbon. Elle nécessite par contre un savoir-faire technique conséquent et une stabilité politique.

Entre le 26 avril 1986 et le 15 décembre 2000 (date de la fermeture définitive de la centrale, voir le document Le drame de Tchernobyl), plusieurs milliers d'Ukrainiens, Biélorusses et Russes seront évacués et une région entière complétement transformée. La mobilisation internationale sera immédiate, que ce soit sur le plan humanitaire, financier, technique ou scientifique.

Le programme électronucléaire russe qui s'est arrêté après l'accident de Tchernobyl puis le démantèlement de l'URSS est reparti depuis les années 2000, notamment en ce qui concerne l'exportation de réacteurs et l'enrichissement d'uranium.

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Éclairage média

Dès 1996 lors de la conférence internationale « Une décennie après Tchernobyl : récapitulation des conséquences de l'accident », les bases d'un accord de coopération entre la France, l'Allemagne et l'Ukraine sont posées. Cet accord entre les trois parties sera signé en juillet 1997, il porte sur la sûreté du sarcophage, l'impact de l'accident sur l'environnement et la santé des populations affectées. Le reportage a lieu au premier trimestre de l'année 2000, à cette date le réacteur N°3 continue de fonctionner et la centrale n'est toujours pas arrêtée. La reprise du réacteur N°3 en mars 1999 alors qu'il avait été stoppé pour maintenance en décembre 1998, peut être vue comme un coup de force de l'Ukraine, bien décidée à ne pas arrêter la centrale sans de sérieuses aides financières de l'Union Européenne. Lors de cette année 2000, le réacteur N°3 sera arrêté pour raison technique puis remis en route de nombreuses fois, jusqu'à son arrêt d'urgence le 8 décembre et la fermeture définitive de la centrale le 15 décembre.

Le reportage présenté s'intéresse au premier point de l'accord signé entre la France, l'Allemagne et l'Ukraine, la sureté du sarcophage entourant le réacteur N°4 et propose une reconstitution de l'accident claire et efficace notamment grâce à une vidéo introductive présentant les différentes étapes précédant l'explosion.

Elle est suivie d'un entretien avec Jean-Loup Frichet, expert français de l'IPSN, Institut de Protection et de Sureté Nucléaire, en mission d'expertise franco-allemande sur le niveau de radioactivité à l'intérieur du sarcophage quatorze ans après l'explosion du réacteur. On peut voir les experts travailler sur place et le gigantisme de ce sarcophage.

Après cette séquence, le reportage propose, pour la première fois en image de synthèse, un scénario clair basé sur des données scientifiques précises de l'enchaînement des étapes à la suite de l'explosion du réacteur, avec notamment la fusion du cœur du réacteur et le magma s'écoulant dans les sous-sols. La vitrification de la matière radioactive au fil des mois et des années n'a pas fait disparaître la radioactivité qui reste à l'époque du reportage à 1360 rem/heure. Par comparaison en France, le niveau moyen de l'exposition naturelle est de 2,4 mSv par an. Pour information, rem est le symbole de l'unité Röntgen Equivalent Man remplacée depuis 1979 dans le système international par l'unité Sievert, de symbole Sv, et 1 rem = 10 mSv.

La fin du reportage nous projette vers l'avenir et replace cet accident et ses conséquences dans une perspective de centaine de milliers d'années et ceci pour toute la planète.

Ce reportage, en choisissant de ne pas montrer le réacteur N°3 encore en fonctionnement mais de s'intéresser à la coopération Franco-Allemande-Ukrainienne sur la sûreté du sarcophage tend à rassurer le public en montrant comment la communauté internationale prend des mesures de sécurisation.

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Transcription

Elise Lucet
Revenons donc sur la catastrophe de Tchernobyl. L’explosion et ses conséquences ont provoqué la mort de plusieurs milliers de personnes. Quatorze ans plus tard, la centrale est condamnée, le réacteur numéro 3 devrait s’arrêter dans quelques mois. Sous son sarcophage, le réacteur numéro 4, lui, est suivi à la loupe par des scientifiques du monde entier afin d’éviter une nouvelle catastrophe. Sur place, le reportage de nos envoyés spéciaux, Patrick Hesters et Jean-Bernard Heyer.
Journaliste
Centrale de Tchernobyl, 26 avril 1986, quatorze ans jour pour jour. A 1 heure 23 du matin, le pilote du réacteur numéro 4 appuie sur le bouton d’arrêt d’urgence qui se trouvait ici.
(Bruit)
Journaliste
Mais cette action fera exploser le réacteur soviétique en raison d’un grave défaut de conception. Depuis cette date, le réacteur accidenté reste isolé du monde sous un ouvrage de plusieurs milliers de tonnes de plomb, de béton et d’acier. Les experts occidentaux coopèrent depuis quatre ans avec l’Ukraine dans le but d’améliorer la sûreté de ce sarcophage. Une initiative d’autant plus importante qu’il est impossible d’exclure un nouveau déclenchement de réaction nucléaire à l’intérieur même du bâtiment.
Jean-Loup Frichet
Actuellement, sur le sarcophage, les experts français et allemands sont en train de dresser une cartographie des niveaux de radiation à l’intérieur de l’ouvrage ; afin d’avoir une connaissance plus globale et plus générale de l’état actuel de la sûreté de l’ouvrage.
Journaliste
Ce système a également permis de reconstituer pour la première fois, à partir des données scientifiques, le scénario réel du drame. Le cœur qui s’échauffe,
(Bruit)
Journaliste
L’explosion, dont la violence soulève la dalle et volatilise dans l’atmosphère les blocs de graphites incandescents. Puis, le cœur d’uranium qui fond sous l’intensité de la chaleur, qui se liquéfie avant de s’écouler dans les sous-sols, 12 mètres plus bas. Une descente aux enfers qui va durer plusieurs jours. Ce magma dégage une radioactivité invraisemblable, la mort assurée en quelques minutes pour les hommes qui l’ont approché. Des mois de refroidissement suivis de la vitrification. Aujourd’hui, les mesures font encore état de 1360 R/heure, un rayonnement mortel. Au-delà du constat, cette base de données doit permettre de gérer l’avenir. Par exemple, la contamination de la nappe phréatique sous la centrale. Elle doit aussi servir aux ingénieurs pour concevoir de nouvelles constructions. Il s’agit de garantir que le réacteur restera confiné durant des centaines de milliers d’années, la sécurité même de notre planète en dépend.

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