Fukushima, les abords de la centrale, 3 mois après la catastrophe nucléaire

07 juin 2011
03m 29s
Réf. 05708

Notice

Résumé :

Trois mois après la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima, ce reportage se propose de faire le point sur la vie quotidienne dans la zone comprise entre 20 et 40km des réacteurs, en particulier le village de Kawaguchi mais s'intéresse aussi au sort des réfugiés qui ont dû fuir leur village situé à l'intérieur de la zone interdite des 20 km.

Date de diffusion :
07 juin 2011
Source :
A2 (Collection: 20 heures )
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Lieux :

Contexte historique

Le vendredi 11 mars 2011 au Japon, un tremblement de terre de magnitude 9 se produit vers 15h. Dans la demi-heure qui suit, un Tsunami de grande ampleur frappe les cotes et des vagues gigantesques atteignent la centrale de Fukushima Dai-ichi, qui possède six réacteurs à eau bouillante (REB). Nous ne nous intéresserons pas ici à la chronologie des événements dans la centrale elle-même (voir le document Fukushima au lendemain du séisme), mais aux mesures de radioactivité dont nous disposons et aux actions entreprises pour protéger la population.

Deux heures après le tremblement de terre, l'état d'urgence est déclaré à la centrale de Fukushima : les problèmes les plus graves sont la perte d'alimentation électrique et de refroidissement des réacteurs 1 et 2. Vers 20h, la température est telle dans le réacteur 1 qu'il entre en fusion. Dès ce moment, on relève une brutale augmentation de la radioactivité dans la salle de contrôle.

A 20h45, les autorités de la province de Fukushima demandent l'évacuation des habitants dans un rayon de 2km. A la demande du gouvernement, la limite passe à 3km, mais l'information met du temps à arriver jusqu'aux villages concernés, le tsunami touchant la région ayant fortement endommagé les moyens de communication. Dans la nuit du 11 au 12 mars, pour éviter que la pression ne monte de manière trop importante dans le cœur du réacteur et pour que l'enceinte de confinement soit préservée, le gouvernement japonais donne l'autorisation de ventiler les gaz de l'enceinte de confinement vers l'extérieur. Mais déjà avant ces rejets « autorisés », la radioactivité enregistrée par les balises automatiques augmente fortement, on note 2,94 μSv/h à 2,5 km de la centrale à comparer au 0,04 ou 0,05 enregistrés habituellement. La décision est finalement prise d'évacuer les habitants dans une zone de 10km autour de la centrale, elle commencera à 8h du matin le 12 mars et vers 18h l'évacuation de la population s'étendra sur un rayon de 20km par décision du premier ministre japonais. Pour rappel, lors de la catastrophe de Tchernobyl, seul autre accident nucléaire classé au niveau 7, la population de la ville de Pripiat située à 3km de la centrale n'avait été évacuée qu'une trentaine d'heures après l'accident.

Le 15 mars, après différentes explosions dans les bâtiments des réacteurs 1, 2 et 3, qui sont tous les trois en fusion et des rejets de vapeur pour maintenir une pression supportable par les enceintes de confinement, une mesure de 11 930 μSv/h est enregistrée au niveau du portail principal. La zone d'évacuation est élargie à 30km. Le 17 mars, certains pays dont la France propose un dispositif de rapatriement à leurs ressortissants et les citoyens américains situés à 80 km de la centrale sont invités à partir ou à rester confinés. Dans les jours suivants, la radioactivité continue d'être importante et pas seulement près du réacteur, notamment à cause des rejets de gaz provenant de l'enceinte de confinement mais aussi d'eau fortement radioactive ruisselant vers le milieu extérieur. Une fois que l'alimentation électrique est stabilisée, les circuits de refroidissement vont pouvoir peu à peu fonctionner de nouveau normalement et la situation peut se stabiliser dans les différents réacteurs.

Le 15 avril, dans un village situé à 35 km de la centrale, la radioactivité est encore importante et les habitants sont contraints d'évacuer pour ne pas dépasser la dose maximale qui a été fixée à 20mSV/an.

A partir du 21 avril , il est interdit de pénétrer dans la zone des 20km qui devient zone interdite sauf autorisation spéciale pour les réfugiés.

Cette catastrophe a durablement marqué le peuple japonais qui se pose la question de l'avenir de son nucléaire civil. Trois ans et demi après la catastrophe, l'intégralité du parc nucléaire japonais, soit 48 réacteurs, est à l'arrêt. En 2011, ils produisaient 30% de l'électricité de l'archipel. La réponse du Japon est loin de celle de l'Ukraine lors de l'accident de Tchernobyl où de nombreuses négociations internationales ont finalement débouché 14 ans après l'accident à l'arrêt total de la centrale. (Voir le document La reconstitution de l'accident de Tchernobyl 14 ans après).

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Éclairage média

Ce reportage réalisé trois mois après la catastrophe nucléaire de Fukushima est une enquête qui nous mène de la zone d'évacuation d'urgence (30km autour de la centrale) aux limites de la zone interdite des 20km que le journaliste ne pourra pas franchir malgré plusieurs tentatives.

Les mesures de radioactivité sont revenues à la normale et on peut voir à l'image un compteur Geiger affichant les mesures de 0,31 μSv/h à 40km de la centrale et de 0,42 μSv/h à 30km. Mais l'impression générale est assez particulière, nous ne voyons à l'image que des personnes âgées notamment dans la petite épicerie et aucun enfant. La campagne japonaise pourtant très verte ne semble pas très rassurante. On a l'impression de traverser des villes fantômes . Il en est de même dans le village de Kawauchi, coupé en deux parties, une autorisée et une située dans la zone interdite et fortement surveillée. Même le secrétaire général de la mairie accompagnant le journaliste ne pourra lui faire franchir le barrage.

Dans la seconde partie du reportage, plus de village, ni de campagne verdoyante mais place aux vêtements de protection tout blancs, aux compteurs Geiger et aux charlottes sur la tête. Nous suivons les réfugiés du nucléaire, les anciens habitants de la zone interdite qui sont autorisés à se rendre en car et sous haute surveillance dans leur village. Pour ces réfugiés, qui ont quitté leur maison dans la précipitation le 12 mars, un membre de la famille est autorisé à se rendre sur zone pendant deux heures pour récupérer des effets personnels. Comme le précisera un « ancien » là encore, deux heures c'est très court et lui n'aura emporté que des sous-vêtements.

Le reportage semble servir à rassurer le public français. La situation est grave dans cette zone du Japon mais tout est mis en place pour minimiser l'exposition de la population à la radioactivité et personne ne peut s'aventurer dans la zone interdite.

Le reportage n'indique pas si les réfugiés, qui vivent dans des campements, ont développé des maladies suite à leur exposition aux radiations et quel suivi a été mis en place sur le plan médical. Il ne donne aucune indication sur leur relogement.

Le reportage se termine par une dizaine d'employés de TEPCO, l'opérateur de la centrale, s'inclinant profondément devant le bus transportant les réfugiés, pour nous rappeler la responsabilité de l'opérateur dans cette catastrophe.

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Transcription

David Pujadas
Fukushima, c’était le 11 mars, il y a donc trois mois cette semaine, où en est-on là-bas ? Nos envoyés spéciaux Alain de Chalvron, Sylvain Giaume sont retournés à la limite de la zone de sécurité, à 20 kilomètres de la centrale dévastée, voici leur reportage.
Journaliste
Elle est bucolique, la campagne autour de Fukushima, alternance de rizières et de forêts. Nous sommes à 40 kilomètres de la centrale, le compteur Geiger marque 0,31 microSieverts, rien d’inquiétant. Pourtant, les villages traversés sont morts, pas de commerce, pas de restaurant, et ce vieux paysan a beau dire que tout va bien, il paraît bien seul. 30 kilomètres de la centrale, le compteur Geiger monte un peu mais reste raisonnable. Bizarrement, alors que ce périmètre est susceptible d’être évacué à tout moment, une petite épicerie est ouverte sans que ce soit vraiment la joie.
Policier
On est de plus en plus stressés, toutes les familles sont séparées dans des directions différentes. Le pire, c’est pour les enfants. Avant, les écoles étaient les meilleures de la région, mais aujourd’hui, elles sont fermées et les enfants sont dispersés.
Journaliste
Quelques kilomètres encore et nous arrivons devant un barrage. C’est la zone d’exclusion, on est à 20 kilomètres des réacteurs endommagés, personne ne passe, sauf autorisation spéciale et on ne rigole pas.
Chauffeur
Je peux passer ?
Policier
Vous n’avez pas d’autorisation ?
Chauffeur
Mais ce n’est pas possible !
Policier
Je suis désolé, vous devez faire demi-tour.
Journaliste
Nous essayons une autre route, histoire de voir si les policiers seraient plus cool ailleurs. Nous arrivons à Kawauchi. Le secrétaire général de la mairie nous accompagne pour tenter d’amadouer la maréchaussée.
Chauffeur
Ici, c’est la zone interdite qui commence, mais le barrage est un peu plus loin.
Journaliste
Rien n’y fera, pas d’exception, surtout pas pour les médias, les règles sont si strictes que le village est coupé en deux.
Juitchi Ide
On ne peut rien faire, c’est le gouvernement qui a décidé cette limite de 20 kilomètres qui coupe Kawauchi en deux. Il faut l’accepter, ils ont sûrement de bonnes raisons.
Journaliste
Devenu poste frontière en quelque sorte, Kawauchi a une nouvelle vocation. C’est le point de départ et de retour des réfugiés du nucléaire autorisés à aller pendant deux heures dans leurs maisons abandonnées. Aujourd’hui, ils sont 212 originaires de Tomioka, à 6 kilomètres seulement de la centrale. A leur arrivée, des équipes spécialisées les auscultent au compteur Geiger, ainsi que les affaires qu’ils ont rapportées de leurs maisons, un petit sac, pas plus.
Inconnue
J’ai pris des affaires d’été et quelque chose de très précieux, une photo de mon père sur son lit de mort.
Inconnu 3
Deux heures, c’est beaucoup trop court. Au bout d’une heure et demie, on commençait déjà à nous stresser, alors je n’ai pris que des sous-vêtements.
Journaliste
Lorsque ces damnés du nucléaire quittent Kawauchi pour retrouver leur camp de réfugiés, une douzaine d’employés de TEPCO leur font une profonde courbette, c’est bien le moins.

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