Tchernobyl, 4 ans après les faits

21 juillet 1990
02m 47s
Réf. 05712

Notice

Résumé :

Quatre ans après les faits, le témoignage du directeur de la centrale et du chef des pompiers au moment de l'accident de Tchernobyl est complété par un reportage sur place montrant notamment le sarcophage mais aussi par l'interview d'un scientifique ukrainien sur les dangers qui peuvent menacer la population.

Type de média :
Date de diffusion :
21 juillet 1990
Source :
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Contexte historique

Le 26 avril 1986, le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose et libère un nuage radioactif qui a rapidement recouvert toute l'Europe. Le 28 avril les autorités russes annoncent l'accident et le 5 mai la population de la ville de Tchernobyl est évacuée. Dès cette date, la construction du sarcophage entourant le réacteur N°4 est entamée et il est décidé par les autorités russes de ne pas poursuivre la construction des réacteurs 5 et 6 qui étaient prévus à l'origine. En 1990, soit quatre ans après la catastrophe, la Russie ne veut pas se priver de la production d'électricité de cette centrale et donc les réacteurs 1, 2 et 3 sont toujours en service. Le réacteur N°2 sera mis hors service en 1991 suite aux dégâts provoqués par les incendies de 1986. L'indépendance de l'Ukraine en décembre 1991 modifiera les relations avec la communauté internationale et en particulier avec l'Union Européenne qui apportera une grande partie du financement des travaux de sécurisation, mais aussi aidera financièrement l'Ukraine à faire face au déficit énergétique engendré par la fermeture de la centrale. Le réacteur N°1 sera arrêté en 1996 et la centrale définitivement fermée à la fin de l'année 2000 (voir le sujet La reconstitution de l'accident de Tchernobyl 14 ans après). Le reportage date de 1990 et à cette date la centrale est donc toujours en fonctionnement, mais les conséquences humaines et environnementales de la catastrophe ne peuvent pas être ignorées.

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Éclairage média

Ce reportage est composé d'images et de mesures faites sur le site de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1990, mais il contient surtout trois témoignages de personnalités ukrainiennes responsables d'une partie du processus au moment des faits, quatre ans auparavant.

C'est dans un premier temps le directeur de la centrale Ukrainienne Mikhail Oumanietz qui, en plan fixe et face caméra - mais ne la regardant jamais directement -, décrit le déroulement des faits à l'origine de l'explosion du réacteur N°4 le 26 avril 1986. De son point de vue, il s'agissait d'une succession de circonstances difficiles à prévoir. Il insiste sur le fait qu'il était difficile d'envisager cette suite d'événements mais pointe aussi des erreurs humaines. L'intérêt de ce reportage réside dans l'aveu de culpabilité masqué de cet acteur majeur. Tout son discours est en opposition avec son positionnement physique devant la caméra.

Le second témoignage est celui de Leonid Teliaknikov, commandant des sapeurs pompiers de Kiev, qui explique le choix qu'ont dû faire ses hommes qui se sont retrouvés les premiers sur les lieux. Son regard est chargé d'émotion à l'évocation de ses compagnons. Les portraits de ces hommes qui se sont sacrifiés défilent devant nos yeux et les cloches sonnent pour souligner l'émotion et l'urgence avec laquelle ils ont réagi. La radioactivité était telle que les premiers hommes qui se sont retrouvés sur place lors des premiers jours ont tous été gravement atteints.

Le reporter précise en voix off et avec des images montrant des déplacements de camions à proximité de la centrale que les autres tranches de la centrale sont toujours en fonctionnement même si la radioactivité sur le site est loin d'être négligeable. La quantité d'électricité fournit par les tranches encore en fonctionnement est telle que l'Ukraine a décidé de les maintenir.

C'est enfin un expert en physique atomique de l'Université de Kiev, Youri Goglin qui s'exprime sur le principal risque qui menace Tchernobyl en 1990, l'écroulement d'une partie du sarcophage sur les restes de la matière en fusion, ce qui entrainerait une énorme production de poussière radioactive à l'intérieur du bâtiment, qui ne pourrait rester confinée et que les experts n'étaient pas capable de traiter à l'époque.

Ce reportage trouve tout son intérêt dans le fait qu'il donne la parole à des personnes qui étaient en responsabilité au moment des faits et que les sentiments de chacun d'eux, la culpabilité, l'émotion, l'inquiétude face à l'avenir se lisent sur leur visage. Quatre ans après les faits, l'avenir de Tchernobyl est encore très menaçant et loin d'être, ni sous contrôle, ni apaisé, mais toujours très radioactif.

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Transcription

Mikhaïl Oumanietz
L’accident a été provoqué par un concours de circonstances difficile à prévoir et que nous n’avions donc pas prévu. C’est-à-dire, l’imperfection de la construction de la tranche 4 et la quantité d’erreurs et de manquements aux règlements de la part du personnel le 26 avril. Mais dans la mesure où les conséquences, même avec un risque d’accident minime, sont énormes ; aujourd’hui, on a tiré les conclusions qu’il fallait prévoir ce genre d’incident lors de la construction du réacteur.
(Bruit)
Journaliste
La mort par irradiation a frappé d’abord les opérateurs de la centrale. Ensuite, les premiers pompiers arrivés sur les lieux sans protection contre les rayons meurtriers. A leur tête, le commandant Tieliatnikov.
(Bruit)
Leonid Tieliatnikov
Pratiquement tout s’est passé sous nos yeux, la première et la deuxième explosion. Les gars savaient déjà ce qui les attendait. Leur décision, à ce moment-là, était la seule à prendre. Tous les spécialistes et la commission gouvernementale l’ont confirmé, ce qu’il fallait, c’était empêcher le feu de se propager aux autres tranches du réacteur.
(Bruit)
Journaliste
La centrale ukrainienne produit annuellement 20 milliards de kilowatt-heures, l’équivalent de deux années de consommation d’électricité à Paris. Malgré la pression des mouvements écologistes, ces réacteurs n’ont pas été arrêtés et n’ont subi aucune modification notoire sur le plan de la sécurité. On a seulement arrêté la construction de ses nouvelles tranches. Le sarcophage, lui, avec tous les problèmes qu’il pose dans sa surveillance, son contrôle et son évolution, vient rappeler, comme en témoignage, la non infaillibilité du nucléaire civil et crache toujours à l’extérieur ses 7 à 8 [Rentgen]/heure.
(Musique)
Youri Coglin
En fait, le principal danger serait un effondrement inattendu dans le sarcophage des ruines de la tranche 4 sur les restes des matières en fission. Il entraînerait un énorme nuage de poussières radioactives qui ne pourrait pas être contenu à l’intérieur malgré le système d’aération, et qui s’évacuerait vers l’extérieur. C’est ce que l’on contrôle actuellement de très près.

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