Fukushima au lendemain du séisme

12 mars 2011
04m 39s
Réf. 05713

Notice

Résumé :

Le lendemain du tremblement de terre suivi d'un tsunami qui se sont abattus sur le Japon le 11 mars 2011 et ont provoqué la catastrophe nucléaire de Fukushima, ce reportage montre comment la France tente de comprendre et de prendre la mesure de cet accident. Il est suivi d'une reconstitution plateau des événements.

Date de diffusion :
12 mars 2011
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Contexte historique

Le vendredi 11 mars 2011 au Japon, un tremblement de terre de magnitude 9 se produit vers 15h. Dans la demi-heure qui suit, une vague de 15m de hauteur atteint la centrale de Fukushima Dai-ichi possédant six réacteurs à eau bouillante (REB). Les réacteurs 1, 2 et 3 se sont très probablement arrêtés normalement de façon automatique dès les premières secousses du séisme. Mais ensuite le tsunami d'une ampleur considérable a submergé les digues prévues à cet effet et endommagé les prises d'eau de refroidissement de la centrale. L'alimentation électrique des différents circuits est, elle aussi, devenue défectueuse. Les circuits de refroidissement n'étant plus efficaces, la température et la pression ont progressivement augmenté dans la cuve des réacteurs. Dès le 12 mars, TEPCO, l'opérateur de la centrale, procède à des relâchements de vapeur dans l'enceinte de confinement du réacteur N°1 en fusion et noie la cuve du réacteur pour limiter la dégradation du combustible et refroidir l'ensemble. Dans l'après-midi, l'hydrogène relâché dans le hall qui surplombe les enceintes de confinement réagit violemment avec le dioxygène de l'air et détruit la partie supérieure du bâtiment. Le 14 mars, une autre explosion de même type a lieu au niveau du réacteur N°3 et une perte de refroidissement est observée dans le réacteur N°2. Ce jour là, TEPCO confirme la fusion des réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale Fukushima Dai-ichi. Les événements s'enchaînent les uns après les autres avec notamment des jets de vapeur préoccupants et des eaux fortement radioactives qui s'écoulent dans le milieu naturel , en particulier celles en contact avec le cœur du réacteur et qui ne peuvent être pompées. Le 12 avril, l'agence japonaise de sûreté nucléaire, qui avait classé cet accident en niveau 4, relève l'accident nucléaire au niveau 7, le dernier niveau de l'échelle internationale des événements nucléaires. Ce niveau qui correspond à un accident majeur, ne concerne que deux accidents, Fukushima et Tchernobyl en 1986 (voir La reconstitution de l'accident de Tchernobyl 14 ans après). Pour comparaison, l'accident de Three Miles Island en 1979 aux USA est classé niveau 5.

La fission nucléaire est exploitée dans des centaines de réacteurs dans le monde et en 2011, elle fournit environ 13,5% de l'énergie électrique mondiale. Un réacteur utilisant l'eau légère comme liquide de refroidissement est le modèle le plus commun, nous en construisons encore en 2014. Il a pourtant été conçu à l'époque des premières télévisions en couleur. La recherche actuelle prend en compte un des enseignements de Fukushima : le risque de l'utilisation de l'eau comme liquide de refroidissement et recherche des alternatives. En effet, le processus de fission nucléaire à la base de ces centrales ne peut pas être stoppé en arrêtant l'alimentation en combustible. La désintégration radioactive continue de produire de la chaleur. Dans un cas standard, pour garder le cœur du réacteur suffisamment froid, 75 tonnes d'eau sont nécessaires la première heure et près de 960 tonnes pour le premier jour. Si l'alimentation en eau tombe en panne pour des raisons électriques ou autres comme à Fukushima, les réactions qui ont lieu peuvent entraîner des dommages qui exposent le cœur du réacteur et évacuer de la vapeur radioactive dans l'atmosphère dans le cas de fusion du cœur du réacteur.

Cette catastrophe nucléaire de grande ampleur a marqué l'histoire du Japon et sa relation avec le nucléaire civil. La totalité des centrales du pays ont été fermées pour inspection suite à la catastrophe et mi-2014 aucune n'a encore été remis en service.

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Éclairage média

Après le lancement plateau montrant que nous sommes dans une édition spéciale au lendemain de la catastrophe de Fukushima, le reportage démarre sur des images de la cellule de crise de l'ASN, l'Autorité de Sûreté Nucléaire, qui assure, au nom du gouvernement français, la réglementation et le contrôle du nucléaire pour protéger le public, les patients (notamment ceux subissant des rayonnements), les travailleurs et l'environnement. Elle assure aussi une mission d'information des citoyens. Nous pouvons voir des spécialistes travailler, un tableau blanc et des images de la centrale de Fukushima Dai-ichi, ainsi que de celle de Fukushima Daini située à côté de la première et elle aussi endommagée par le tremblement de terre. Mais l'impression d'ensemble est qu'ils ne disposent que de peu d'informations en provenance du Japon, qui sera confirmée par le président de cette autorité qui précise que ces équipes sont au travail mais que ses interlocuteurs japonais sont surtout occupés à gérer la crise sur place. Il se déclare incapable au moment du reportage de classer l'accident sur l'échelle internationale. En voix off, la journaliste précise avant l'intervention du Ministre qu'il s'agit surtout de garantir la transparence de l'information au cas où un nuage radioactif viendrait à survoler la France. On ne « ment » pas pour cette catastrophe mais on ne sait pas encore grand chose. Là, le spectre de Tchernobyl est bien présent, et il le sera encore dans le message qui se veut très rassurant d'Eric Besson, ministre chargé de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique pour lequel 24h après les faits, « c'est un accident grave mais pas une catastrophe nucléaire ». Le reportage se termine avec des images de l'IRSN, Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, qui assure notamment la surveillance de la radioactivité dans l'environnement et qui, lui aussi, fait partie de cette cellule de crise mobilisée 24 heures sur 24. Il paraît surprenant que nous n'ayons pas dans ce reportage d'indication sur le niveau de radioactivité atteint dans la centrale ou à proximité (voir le sujet Fukushima, les abords de la centrale, 3 mois après la catastrophe nucléaire).

Dans une deuxième partie, Patrick Hesters, le spécialiste « science » de la chaîne, revient sur le déroulé des évènements en ce 12 mars 2011. Grâce à une carte du Japon, il nous permet de bien localiser les différentes centrales japonaises et à l'aide d'animations simples, propose une explication pour l'explosion du 12 mars au matin, celle qui est la source de toutes les inquiétudes. Il fait l'hypothèse correcte d'une production d'hydrogène pouvant être la cause de cette explosion. Il insiste dès le départ sur le manque d'informations et précise au cours de son intervention qu'on ne sait pas ce qui se passe à l'intérieur des réacteurs. Il trouve d'ailleurs bien optimiste le classement niveau 4 donné par les autorités japonaises. C'est certainement ce classement qui l'induit à minimiser l'ampleur de la catastrophe qu'il ne trouve pas du tout de la même ampleur que Tchernobyl, alors que les deux seront finalement classées au niveau 7. Il parle assez rapidement au point d'avoir le souffle court à certains moments. On sent une certaine tension lors de son exposé. C'est seulement le 14 avril que TEPCO confirmera une fusion des réacteurs 1, 2 et 3. Le classement, quant à lui, sera remonté au niveau 5 le 18 mars et au niveau 7 le 12 avril.

Ce reportage montrant la cellule de crise française au travail et ceci, dès le lendemain de la catastrophe, est lié au fait que la France a été durablement marquée par la catastrophe de Tchernobyl et le peu d'informations donné alors par les différentes autorités. Mais à la lumière des informations dont nous disposons trois ans après la catastrophe, (niveau de radioactivité très élevé, fusion totale du réacteur N°1 dès le premier jour), il montre que le sujet du nucléaire est toujours aussi sensible et que les informations à disposition du public français ce 12 mars étaient peu précises et loin d'être exhaustives.

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Transcription

Présentateur
Là, vous étiez en direct de Tokyo. Alors évidemment, les conséquences de cette explosion sont suivies avec inquiétude dans le monde entier. En France, en fin d’après-midi, une réunion ministérielle sur les risques nucléaires a été organisée pour faire le point. Et puis, l’Autorité de Sûreté Nucléaire, à Paris, a mis en place une cellule de crise, Elisabeth de Pourquery et Olivier Tieth.
Elisabeth (de) Pourquery
La gravité de la situation préoccupe ces ingénieurs.
Inconnue
Et donc, tu me tiens informée d’une augmentation éventuelle de la radioactivité ambiante.
Elisabeth (de) Pourquery
Cette cellule de crise de l’Autorité de Sûreté Nucléaire Française est sur le pied de guerre depuis l’annonce de la catastrophe japonaise. 24 heures sur 24, ces spécialistes communiquent en temps réel par visioconférences avec les scientifiques de l’IRSN, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire. Ensemble, ils tentent d’analyser et d’obtenir des informations fiables de la part des autorités japonaises, opération difficile.
André-Claude Lacoste
Cet accident, il est grave mais je ne suis pas capable de le placer précisément dans la mesure où nous manquons de précisions techniques. Nous ne disposons que d’informations relativement parcellaires. Ce n’est pas étonnant dans la mesure où nos interlocuteurs japonais naturels sont concentrés sur la gestion de crise.
Elisabeth (de) Pourquery
Il s’agit, pour tous ces experts, de garantir la transparence de l’information au cas où un nuage de radioactivité traverserait la France. Une hypothèse loin d’être envisagée cet après-midi par le gouvernement, qui s’est voulu beaucoup plus rassurant.
Eric Besson
Au moment où nous nous parlons, c’est un accident grave, mais ça n’est pas une catastrophe nucléaire. Et je crois que c’est bien important d’en prendre l’exacte mesure.
Elisabeth (de) Pourquery
En attendant d’en savoir plus, les experts de la cellule de crise restent vigilants. Dès lundi, la commission européenne va convoquer toutes les autorités nationales en charge de la sécurité nucléaire pour évaluer les conséquences de cet accident.
Présentateur
Et pour aller plus loin avec nous sur ce plateau, notre spécialiste, Patrick Hesters. Patrick, est-ce qu’on sait précisément ce qui s’est passé, ce qui a déclenché l’explosion, et est-ce que cet accident est terminé à l’heure actuelle ?
Patrick Hesters
On manque cruellement d’informations, il faut bien le dire. Alors, vous savez, on va le voir sur ces images, lorsque le séisme s’est produit, hé bien, les réacteurs des centrales qui se trouvaient à proximité se sont stoppés automatiquement, et notamment, les réacteurs de Fukushima, concernés. Le problème, c’est que quand on arrête un réacteur nucléaire, il faut continuer à le refroidir en permanence parce qu’il dégage une quantité phénoménale de chaleur. Le réacteur numéro 1, qui se trouve ici et qui a été construit en 1970, qui est un réacteur à eau bouillante d’une puissance de 500 mégawatts, a eu un problème électrique d’alimentation de ses systèmes de refroidissement. Il s’agit en fait d’un système un peu différent des centrales nucléaires françaises, puisqu'en l’occurrence, il n’y a qu’une seule boucle primaire. L’eau froide arrive ici, traverse le cœur du réacteur, et puis se transforme en vapeur et va ressortir du bâtiment pour alimenter le turbo alternateur. Seulement, le problème, c’est que à un moment donné, le refroidissement ne se faisant plus, par manque d’eau probablement, le réacteur a surchauffé, la pression a augmenté ; il y a eu quelque part un dégagement, probablement d’hydrogène, et puis une explosion assez violente qui a fait voler le toit du bâtiment et les murs du haut. Voilà cette explosion qu’on a vue. Alors, le fait est que on manque cruellement d’informations, on voit bien que le bâtiment qui était ici, vous voyez, avec les murs, on le retrouve ici, il n’y a plus que des structures, tout le haut a disparu. Mais on manque d’informations et notamment, on ne sait pas si le cœur du réacteur n’est pas quand même en partie fondu.
Présentateur
Alors justement, est-ce qu’on peut avoir une idée de la gravité de cet accident par rapport à Tchernobyl, par exemple. Ça n’a rien à voir ?
Patrick Hesters
Alors, je crois qu’il faut dire qu’on n’est pas dans la catastrophe de Tchernobyl. Tchernobyl, c’était classé 7 sur l’échelle INES. En l’occurrence, il y avait eu également une grosse explosion d’hydrogène, et puis ensuite, la dalle du réacteur avait sauté, le bâtiment avait sauté, et une quantité phénoménale de radioactivité s’était répandue dans l’environnement. Là, en l’occurrence, les autorités japonaises, pour le moment, classent leur événement 4.
Présentateur
Sur 7.
Patrick Hesters
4 sur 7, c’est en fait juste en dessous des 5 de Three Mile Island, une autre centrale américaine, où là encore, le cœur du réacteur avait fondu et les Américains avaient perdu leur réacteur qui a été abandonné définitivement. Cela dit, je trouve que les autorités japonaises sont un petit peu optimistes parce qu'on ne sait pas exactement ce qui se passe à l’intérieur du bâtiment réacteur, et en l’occurrence, à l’intérieur du caisson du réacteur. On le refroidit en permanence en injectant de l’eau froide, de l’eau de mer, mais on ne sait pas exactement comment ça risque de finir ; et le classer déjà 4, c'est peut-être un petit peu optimiste.
Présentateur
Merci Patrick Hesters pour toutes ces explications.

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