Analyse d'empreintes génétiques dans une enquête policière

02 juin 2012
04m 59s
Réf. 05714

Notice

Résumé :

Nous suivons le commandant Frédéric Brard, chef laboratoire de l'Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale (IRCGN), lors des étapes de l'identification d'un suspect dans une affaire criminelle en utilisant la technique des empreintes génétiques.

Date de diffusion :
02 juin 2012
Source :
A2 (Collection: 13h15 le samedi )
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Contexte historique

Par une loi du 31 août 1832, la France abolit le marquage au fer rouge des condamnés, une mutilation humiliante et dégradante utilisée depuis fort longtemps. Des techniques vont être développées par la police pour tenter d'identifier les récidivistes par d'autres moyens mais sans grands succès dans un premier temps.

A cette époque, on utilise des experts scientifiques privés pour faire avancer les enquêtes (armuriers, médecins ou chimistes). En 1878, le laboratoire central de la Préfecture de Police de Paris est créé. En 1881, la première salle d'autopsie de Paris est inaugurée.

En 1882, Alphonse Bertillon révolutionne le système de signalement et de classement en créant le « signalement anthropométrique ». Neuf mesures de l'ossature vont être réalisées et consignées dans le fichier du condamné ainsi que la couleur de l'iris gauche. En 1888, on ajoute au dossier des clichés photographiques standardisés.

En 1896, grâce aux différents travaux de Henry Faulds, Sir Francis Galton, Jean Vucetich et Edward Henry, on ajoute les empreintes digitales (uniques pour chaque être humain) de la main droite des condamnés dans le signalement anthropométrique. En 1901, Landsteiner découvre un « marqueur génétique » : le groupe sanguin.

En 1910, Edmond Locard crée le premier laboratoire de police scientifique français.

En 1943, on institue au niveau national, pour la première fois, un « service de police technique relevant de la direction générale de la police nationale chargé de rechercher et d'utiliser les méthodes scientifiques propres à l'identification des délinquants ».

L'ADN, acide désoxyribonucléique, est la molécule support universel de l'information génétique.

En 1953, James Watson et Francis Crick poursuivent les travaux d'Oswald Avery et proposent un modèle pour la molécule : deux chaînes, enroulées en hélice autour du même axe. Chaque chaîne est constituée d'une suite (ou séquence) de plus petites molécules appelées nucléotides. Il existe quatre nucléotides : adénine (A), thymine (T), cytosine (C) et guanine (G). Ces nucléotides sont associés par paires complémentaires (A et T, C et G). Les deux chaînes de l'ADN sont reliées entre elles par des liaisons entre nucléotides.

On estime que l'ensemble de l'ADN d'un être humain est constitué d'environ 3 milliards de paires de nucléotides. En 1985, grâce aux travaux de Alec Jeffreys, on découvre que chaque être humain a une séquence ADN propre (à l'exception des vrais jumeaux) et qu'il est possible d'observer les variations d'un individu à l'autre. En 1986, le concept “d'empreinte génétique” est né.

L'IRCGN est créé en 1990 et l'Institut National de Police Scientifique (INPS) en 2001.

Dans les années 2000, les méthodes d'analyse sont automatisées et un fichier des empreintes génétiques des condamnés est créé.

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Éclairage média

Le reportage s'ouvre sur la silhouette d'un gendarme. La caméra le suit. Pendant tout le reportage, la musique est très dramatique et crée une sorte de tension pour le téléspectateur. On souhaite nous plonger dans une des fameuses séries policières. A quelques différences près car il s'agit ici de la réalité et non d'une fiction.

De belles images du laboratoire sont présentées. On est impressionné par le matériel. On apprend que même de l'ADN dégradé peut maintenant être analysé et utilisé dans les enquêtes policières. Certaines affaires non classées arriveront donc peut-être à être finalisées grâce aux apports de la génétique même si le commentaire rappelle que les échantillons restant dans les dossiers ont malheureusement été pas mal pollués au fil des années. Des représentations de la molécule d'ADN sont alors présentées.

Puis, nous apprenons que nous allons aller dans le laboratoire d'analyse où nous ne sommes pas censés entrer. Nous nous retrouvons derrière la caméra avec les photographies prises lors de la désinfection du matériel des journalistes avant d'entrer dans la salle. Nous assistons au prélèvement de l'empreinte génétique de la journaliste et à son habillage. C'est une sorte de mise en abyme. On est loin des séries télévisées à ce moment-là. Les combinaisons ne laissent entrevoir que les yeux des techniciens et des journalistes. Nous pénétrons enfin dans le laboratoire d'analyse après passage dans un sas, l'endroit apparaît aussi bien protégé qu'un coffre-fort de banque. Rien n'est laissé au hasard. L'enjeu est grand. Pour que l'analyse se fasse dans les meilleures conditions possibles, rien ne doit polluer les échantillons des scènes de crime.

Il faut huit heures de travail pour l'identification de l'ADN contenu dans la goutte de sang. On est encore ici très loin des « records » des séries télévisées où chaque analyse semble prendre tout au plus quelques minutes.

On apprend qu'un autre département va analyser le papier. Il y a donc une collaboration des services qui semblent tous très spécialisés. L'échantillon étant amené à passer entre plusieurs techniciens, les précautions semblent encore plus nécessaires.

Nous sortons du laboratoire d'analyse pour nous retrouver dans un bureau où on nous présente l'empreinte génétique obtenue sous forme d'un graphique. On est plus habitué à la représentation sous forme de « code-barres » mais la façon dont le gendarme tient les graphiques nous permet de mieux faire la correspondance entre les deux représentations.

Nous nous retrouvons alors au service de police technique et scientifique d'Ecully. L'image passe au noir et blanc et nous donne l'impression de voyager dans le passé à travers le fichier des empreintes génétiques.

La conclusion du reportage est, elle aussi, dramatique. On y apprend que l'ADN contenu dans la tache de sang ne sera identifié que si l'individu est déjà dans le fichier des empreintes génétiques. Malgré toutes ces avancées génétiques, l'enquête ne sera donc peut-être pas terminée... mais les récidivistes peuvent être clairement identifiés.

Fatima Rahmoun et Sophie Edouard

Transcription

Journaliste
Et notre empreinte génétique est prélevée.
(Musique)
Journaliste
Ces dernières années, les progrès de la génétique ont été fulgurants.
(Musique)
Frédéric Brard
Très clairement aujourd’hui, on est capable, avec des quantités infinitésimales de matériels d’obtenir un profil génétique, ça, c’est une grande différence. Une deuxième évolution extrêmement importante, c’est la possibilité de travailler avec un ADN dégradé. Donc, ça c’est une évolution parce que ça veut dire que des traces qui, initialement, ne permettaient pas d’obtenir des informations, vont pouvoir être utilisées même si c’est dégradé. Donc, sur des traces de tout-venant, dans 90 % des cas, nous sommes en mesure d’obtenir un profil génétique.
Journaliste
Chaque trace, salive, sperme, sang, récoltée sur une scène de crime est analysée, la plus petite pellicule peut mener à un individu car elle contient notre empreinte génétique. Certaines portions de notre ADN sont uniques, une fois décodées, elles révèlent notre carte d’identité. C’est toute la difficulté dans les cold cases, où les pièces à conviction ont souvent été manipulées au fil des ans par d’autres mains que celles du criminel, cela brouille les pistes de la génétique. Et aujourd’hui, nous aussi, nous pouvons polluer les indices. Les précautions sont maximales, notre matériel est décontaminé.
(Musique)
Journaliste
Pour la première fois, une caméra est autorisée à pénétrer à l’intérieur du laboratoire d’analyse.
Intervenant 1
Donc, on passe par un sas personnel, avec contrôle particulier, ce qui nous permet de nous mettre en tenue pour éviter donc tout apport de pollution des échantillons, et puis, pour entrer dans cette salle, qui est à nouveau une salle propre ; c’est-à-dire un environnement strictement contrôlé où on doit s’assurer qu’aucun élément de l’extérieur va finalement se retrouver dans la salle et risquerait de se retrouver sur les échantillons.
(Musique)
Journaliste
Nous devons nous habiller entièrement, et surtout ne rien laisser dépasser.
(Musique)
Journaliste
Ça y est, nous sommes prêts. A l’intérieur, les experts reçoivent les indices ramassés sur une scène d’infraction.
Intervenant 1
Puis, on a observé une tâche de sang, avec un message, donc on n’osait pas trop toucher au papier qui doit être analysé par d’autres départements.
(Musique)
Journaliste
Il faudra 8 heures de travail avant de savoir à qui appartient cette goutte de sang. Ces robots vont d’abord extraire l’ADN.
Intervenante 1
La solution d’ici, chaude, va aller dans les tubes ici pour la lyse.
Journaliste
Expliquez-nous la lyse.
Intervenante 1
La lyse, donc c’est fractionner les cellules en plusieurs morceaux pour pouvoir libérer l’ADN.
(Musique)
Journaliste
Une fois obtenue, la molécule est nettoyée grâce à des produits chimiques avant d’être amplifiée.
(Musique)
Journaliste
Dans ces machines, on photocopie les portions de l’ADN qui sont uniques, celles qui nous définissent.
(Musique)
Intervenant 1
C’est un peu comme si vous disposiez d’un collier de perles et que si tout le monde avait un collier de perles, tout le monde n’avait pas le nombre de perles. Donc, ce qu’on fait avec cette machine, c’est qu’on va compter le nombre de perles qui caractérise chacune des régions étudiées de votre ADN.
(Musique)
Journaliste
Enfin, le profil génétique apparaît. C’est la signature de celui qui a laissé la goutte de sang. Dernière étape maintenant.
Frédéric Brard
Donc, voilà les profils génétiques qui sont sortis de la machine.
Journaliste
Un profil se lit comme un code barre. C’est une combinaison de chiffres et deux lettres, XY pour un homme, XX pour une femme.
Frédéric Brard
Lorsqu’une trace, un profil génétique est déterminé à partir d’une trace retrouvée sur une scène d’infraction, ce profil génétique est envoyé au Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques, lequel va, dans un premier, rechercher systématiquement un profil identique.
(Musique)
Journaliste
Le fichier des empreintes génétiques recense les délinquants et criminels français mis en cause ou condamnés. S’il est connu de la justice, le nom de celui qui a laissé la goutte de sang sortira immédiatement. Mais s’il n’est pas dans le fichier, son empreinte génétique ne sera pas identifiée, on restera avec un ADN inconnu et un crime impuni.