Combats de rue à Abidjan menés par les partisans d'Alassane Ouattara

29 mars 2011
03m 05s
Réf. 05807

Notice

Résumé :

En Côte d'Ivoire, les partisans d'Alassane Ouattara patrouillent dans le quartier d'Abobo, à Abidjan. Ils mènent des combats de rue contre les partisans de Laurent Gbagbo. Des Casques bleus tentent de protéger les civils.

Date de diffusion :
29 mars 2011
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

De décembre 2010 à avril 2011, la Côte d'Ivoire est déchirée par de nouveaux affrontements. Ils font suite à l'élection présidentielle organisée les 31 octobre et 28 novembre 2010. Laurent Gbagbo, président de la République de la Côte d'Ivoire depuis 2000, conteste en effet le résultat du scrutin validé le 2 décembre 2010 par la commission électorale indépendante : elle proclame la victoire de l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara avec 54,1 % des voix contre 45,9 % pour Laurent Gbagbo. Ce dernier refusant de quitter le pouvoir, la Côte d'Ivoire se retrouve avec deux présidents. Élu démocratiquement, Alassane Ouattara se retranche à l'Hôtel du Golf à Abidjan, sous la protection des Casques bleus de l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (Onuci), déployés dans le pays depuis 2004. Il forme un nouveau gouvernement dirigé par Guillaume Soro, ancien Premier ministre de Laurent Gbagbo. Dans le même temps, Laurent Gbagbo organise la cérémonie de sa propre investiture présidentielle.

Une guerre civile commence alors en Côte d'Ivoire. Des affrontements éclatent en effet le 16 décembre 2010 à Abidjan, la capitale économique, et dans d'autres villes du pays, entre les forces loyales au président sortant et les partisans d'Alassane Ouattara. L'ONU essaie d'enrayer la violence en renforçant les troupes de l'Onuci. De son côté, l'Union africaine tente à plusieurs reprises une médiation entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Le 10 mars 2011, elle somme ainsi Laurent Gbagbo de se retirer tout en lui offrant de pouvoir négocier les conditions de son départ. Ces efforts internationaux sont toutefois vains.

Le 28 mars 2011, les Forces républicaines de Côte d'Ivoire, qui soutiennent Alassane Ouattara, lancent une offensive éclair vers l'ouest et le sud du pays. Elles entourent Abidjan à partir du 31 mars suivant. Parallèlement à cette offensive, le Conseil de sécurité de l'ONU adopte à l'unanimité le 30 mars la résolution 1975 qui autorise le recours à la force afin d'interdire l'utilisation d'armes lourdes contre la population ivoirienne. Les Casques bleus de l'Onuci, appuyés par la force française Licorne, présente en Côte d'Ivoire depuis 2002, reçoivent ainsi un nouveau mandat qui leur permet d'intervenir contre les troupes de Laurent Gbagbo. Celles-ci ayant violé le cessez-le-feu conclu le 4 avril 2011, l'Onuci et la force Licorne conduisent des frappes sur les forces de Laurent Gbagbo le 10 avril suivant.

Le lendemain, les troupes d'Alassane Ouattara, soutenues par l'Onuci et la force Licorne, mènent une offensive contre la résidence de Laurent Gbagbo à Abidjan. Laurent Gbagbo arrêté, Alassane Ouattara devient le président effectif de la Côte d'Ivoire. Cette crise postélectorale d'une grande violence aura duré quatre mois et fait plus de 3 000 morts.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage a été réalisé à Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire, par les envoyés spéciaux de France 2, le grand reporter Dominique Derda, et le journaliste reporter d'images Frédéric Ranc. Correspondant permanent installé à Dakar, Dominique Derda sillonne toute l'Afrique pour la chaîne de télévision publique française. Il couvre plus particulièrement les nombreux conflits qui déchirent le continent africain. Il a ainsi reçu le Prix Bayeux-Calvados des Correspondants de guerre en 2008 pour un reportage réalisé au Zimbabwe.

Le présent sujet s'apparente précisément à un reportage de guerre. Dominique Derda l'a réalisé pendant la crise postélectorale en Côte d'Ivoire qui oppose à partir de décembre 2010 les partisans du président sortant Laurent Gbagbo à ceux du président nouvellement élu Alassane Ouattara. Il a été tourné à Abobo, quartier d'Abidjan passé sous le contrôle des combattants d'Alassane Ouattara. Les troupes de Laurent Gbagbo ne sont jamais montrées dans le reportage. Seuls les soldats d'Alassane Ouattara ont été filmés : ils ont acceptés d'être suivis par l'équipe de France 2 pendant leur patrouille dans les rues d'Abobo. Plusieurs plans ont ainsi été tournés en caméra embarquée depuis les véhicules de ces combattants. Toutefois, lorsqu'un incident éclate, comme avec un chauffeur de bus, le tournage est brutalement interrompu. L'un des miliciens empêche alors la caméra de continuer à filmer. L'équipe de France 2 accompagne également des Casques bleus de l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (Onuci). Le reportage se clôt du reste par un plateau extérieur en situation de Dominique Derda devant un blindé des Nations unies.

Ce sujet atteste de la spécificité des combats qui ravagent Abidjan depuis décembre 2010. Inexpérimentés, nerveux, les miliciens ne sont pas des soldats professionnels. Ils arrêtent ainsi un chauffeur de bus sous prétexte qu'il leur bloque le passage. Ils tirent aussi des coups de feu en l'air au moindre incident. Certes, le reportage ne montre aucune image d'affrontements entre les deux camps. Ils ne sont que suggérés par le son de tirs d'armes. La violence des combats et des destructions qu'ils ont engendrées apparaissent malgré tout à l'écran. Plusieurs plans filmés à l'intérieur d'une maison ravagée l'attestent. De même, le témoignage d'une habitante montre que les civils ivoiriens sont les victimes de l'affrontement entre les partisans de Laurent Gbagbo et ceux d'Alassane Ouattara.

Le déchirement du pays apparaît bien perceptible dans le reportage. Les partisans d'Alassane Ouattara filmés par l'équipe de France 2 ont ainsi tous le visage masqué par crainte de représailles du camp ennemi. La voix d'un combattant interviewé est également déformée afin qu'on ne puisse pas l'identifier.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
Mais Laurent Gbagbo au pouvoir depuis dix ans refuse de céder la place.
Dominique Derda
Sa mission consiste uniquement à tenter de protéger les populations civiles et elle a déjà bien du mal à y parvenir.
Journaliste
Alors ils sont de plus en plus nombreux, comme eux, à prendre les armes pour le renverser.
David Pujadas
A l’étranger encore. Cette fois, la guerre semble bien déclarée en Côte d’ivoire, une guerre dont on parle moins, mais les forces du président Ouattara avancent vers Abidjan, elles ne seraient ce soir qu’à 220 km de la capitale économique. Deux nouvelles villes ont été conquises, des forces présentes également au cœur d’Abidjan, dans le quartier d’Abobo. Reportage de nos envoyés spéciaux Dominique Derda, Frédéric Ranc et Sylvain Barral.
Journaliste
Dans les rues d’Abobo désormais, ce sont eux qui font la loi. Lui prétend qu’il a 21 ans, on a du mal à le croire. Tous ou presque dans ce quartier au nord d’Abidjan ont voté pour Alassane Ouattara à l’élection présidentielle de novembre dernier. Vous pensez que la seule solution, c’est la guerre ?
Inconnu
La seule solution pour faire partir Gbagbo c’est la force, nous savons où il dort, nous avons où sont ses matériels, ses trucs. S’il pense que nous ne pouvons pas avancer, qu’il s’assoit et qu’il nous regarde. Nous allons, nous allons, nous allons avancer dans la semaine.
Journaliste
La nuit dernière un obus est tombé sur le toit de cette maison, il a tué trois enfants âgés de 2 à 12 ans qui étaient couchés là. Les troupes loyales au président sortant ne s’aventurent plus guère à Abobo, elles préfèrent tirer de loin, à l’aveuglette.
Inconnue
Avant-hier on n’a pas dormi, hier aussi il y avait des tirs partout… Pour dire à Monsieur Laurent Gbagbo la population souffre, nous, les Abobolais, on souffre.
Journaliste
Soudain, tout près, des rafales d’armes automatiques. Nul ne sait qui a ouvert le feu. Ni sur qui.
(Bruit)
Journaliste
Depuis le début des violences, les Nations unies ont renforcé leurs patrouilles dans les zones à risque. C’est ici, le 3 mars dernier, que sept femmes qui manifestaient pacifiquement ont été abattues à la mitrailleuse lourde par les forces fidèles à Laurent Gbagbo. Le président sortant, qui s’accroche à son fauteuil malgré la condamnation quasi unanime de la communauté internationale, réclame sans succès le départ des Casques Bleus de Côte d’ivoire. Plus le temps passe, plus la tension monte. Il suffit parfois d’un rien pour que les esprits s’échauffent même entre gens du même bord. Ce chauffeur de bus a eu le malheur de ne pas se ranger assez vite sur le bas-côté pour laisser passer les combattants.
(Bruit)
Journaliste
Il s’en tirera avec une belle frayeur, mais vivant.
Dominique Derda
Si les partisans armés d’Alassane Ouattara ont rapidement pris le contrôle d’Abobo, aller jusqu’au palais présidentiel au centre d’Abidjan sera une autre histoire et il faut ne pas compter sur la force des Nations Unies pour les aider à chasser Laurent Gbagbo du pouvoir, elle n’est pas là pour ça.

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