Vladimir Poutine en campagne présidentielle en 2012

28 février 2012
02m 30s
Réf. 05815

Notice

Résumé :

En février 2012, le Premier ministre russe Vladimir Poutine tient son unique meeting de la campagne présidentielle au stade Loujniki, à Moscou, devant la foule de ses partisans. Ayant déjà exercé la présidence à la suite de Boris Eltsine à partir de 1999, il avait mené une politique autoritaire. Il visite un bureau de vote modèle en Sibérie avant l'élection présidentielle du 4 mars 2012.

Date de diffusion :
28 février 2012
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Le 4 mars 2012, Vladimir Poutine est réélu président de la fédération de Russie pour la troisième fois. Quatre ans auparavant il avait laissé la présidence à Dmitri Medvedev, devenant alors son Premier ministre.

Né le 7 octobre 1952 à Leningrad, il entre au KGB en 1975. Il exerce notamment à Dresde, en RDA, de 1985 à 1990. Après la chute de l'URSS, il devient en 1996 adjoint au directeur des affaires de la présidence de la Russie puis en 1998 directeur du FSB, le Service fédéral de sécurité. Nommé Premier ministre en août 1999 par Boris Eltsine, il devient président de la Russie par intérim à la suite de la démission de ce dernier le 31 décembre 1999. Il est officiellement élu président le 26 mars 2000 : il remporte l'élection présidentielle dès le premier tour avec 52,9 % des suffrages. Il est ensuite triomphalement réélu le 14 mars 2004 avec 71,2 % des voix.

Durant ses deux mandats présidentiels, il mène une politique autoritaire. Il s'attaque notamment aux oligarques. Il fait ainsi arrêter en 2003 Mikhaïl Khodorkovski, dirigeant du groupe pétrolier Ioukos, qui est condamné puis emprisonné jusqu'en 2013. Plusieurs attentats sont par ailleurs commis pendant sa présidence par des rebelles islamistes du Caucase dont deux prises d'otages meurtrières : en 2002 dans un théâtre à Moscou faisant 130 morts et en 2004 dans une école de Beslan en Ossétie du Nord faisant 322 morts.

En 2008, Vladimir Poutine ne peut se représenter à l'élection présidentielle : la Constitution russe interdit d'exercer plus de deux mandats consécutifs. Il ne quitte toutefois pas le pouvoir et s'y maintient par un stratagème mis au point avec Dmitri Medvedev, premier vice-président du gouvernement. Élu président le 2 mars 2008 avec 70,3 % des voix, Dmitri Medvedev nomme en effet son prédécesseur à la tête du gouvernement. S'il n'est plus le président, Vladimir Poutine conserve ainsi la mainmise sur le pouvoir. Cependant, l'opposition à son pouvoir autoritaire croît. Une contestation sans précédent éclate même à la suite des élections législatives du 4 décembre 2011 lors desquelles Russie unie, le parti de Vladimir Poutine, remporte 238 des 450 sièges à la Douma : d'importantes manifestations sont organisées par l'opposition pour dénoncer les fraudes massives constatées lors du scrutin.

Cette contestation croissante n'empêche pas Vladimir Poutine de solliciter un troisième mandat présidentiel en 2012. Durant sa campagne, le 21 février 2012, dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, cinq membres du groupe punk des Pussy Riot chantent une prière appelant la Vierge Marie à chasser Vladimir Poutine. Trois d'entre elles sont arrêtées puis condamnées en août 2012 à deux ans de détention en camp de travail pour incitation à la haine religieuse et hooliganisme.

Entretemps Vladimir Poutine est aisément réélu président le 4 mars 2012 dès le premier tour : selon les résultats officiels, il réunit 63,6 % des voix. Il retrouve donc la présidence de la Russie qu'il avait déjà exercée durant huit ans. Son élection est toutefois contestée. Selon la Ligue des électeurs, une ONG russe, il n'aurait en fait recueilli que 53 % des voix. Des fraudes massives avec bourrages d'urnes et falsifications de bordereaux de vote ont en effet été constatées. Aussi, dans les jours suivant l'élection, des manifestations rassemblent-elles à Moscou des milliers d'opposants à Vladimir Poutine.

Ce dernier est toutefois officiellement réinvesti président de la Russie le 7 mai 2012. Il nomme aussitôt Dmitri Medvedev à la tête du gouvernement, les deux hommes échangeant ainsi leurs postes à la tête de la Russie. Vladimir Poutine a depuis lors continué sa politique autoritaire et nationaliste. Il a notamment joué un rôle actif dans la crise en Ukraine en 2014 : il a validé le rattachement de la Crimée à la Russie en mars 2014 puis a soutenu les actions militaires et les violences commises par les séparatistes pro-russes dans l'Est de l'Ukraine.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le 28 février 2012 dans le journal télévisé de 20 heures de France 2, ce sujet a été réalisé par Alban Mikoczy, correspondant permanent de la chaîne de télévision publique française à Moscou. Il offre un regard sur la campagne présidentielle du Premier ministre russe Vladimir Poutine, à quelques jours du premier tour organisé le 4 mars 2012.

Composé essentiellement d'un montage d'images factuelles et d'images d'archives, ce sujet comporte trois séquences bien distinctes. La première et la troisième sont consacrées à la campagne présidentielle russe de 2012, tandis que la seconde retrace rapidement la carrière de Vladimir Poutine. La première séquence a été filmée par l'équipe de France 2 le 23 février 2012 au stade Loujniki à Moscou : Vladimir Poutine y tenait son unique meeting de la campagne présidentielle devant quelques 130 000 partisans. La seconde séquence, entièrement constituée d'images d'archives, prend la forme d'une brève rétrospective consacrée à Vladimir Poutine. Elle donne à voir quelques scènes marquantes de sa carrière : sa passation de pouvoirs avec Boris Eltsine en 2000, sa prestation de serment présidentiel la même année et l'emprisonnement de l'oligarque Mikhaïl Khodorkovski en 2003. D'autres images d'archives, datant de 2010, le montrent en action. Enfin, une troisième séquence a été tournée par l'équipe de France 2 dans un bureau de vote de Novossibirsk, ville de Sibérie dans laquelle Vladimir Poutine s'est rendu afin notamment de visiter un bureau de vote.

Ce sujet montre parfaitement bien la propagande mise en place autour de Vladimir Poutine. Son arrivée au stade Loujniki est ainsi digne de celle d'une rock-star avant un concert ou d'un boxeur avant un combat. Avançant vers la scène située au centre du stade sous les vivats et les applaudissements, il serre les mains de ses partisans. Vladimir Poutine fait l'objet d'un culte de la personnalité qui n'a presque rien à envier à celui de Staline et des autres dirigeants de l'URSS. L'extrait du clip d'une chanson à sa gloire en témoigne : présenté comme l'homme providentiel de la Russie, il y est assimilé à Dieu.

Vladimir Poutine met également lui-même en scène sa propre légende à maintes occasions. Ses prouesses et ses capacités physiques sont régulièrement exaltées dans les médias officiels. Le reportage de France 2 présente ainsi un montage d'images d'archives très significatives : on le voit aux commandes d'un avion survolant un incendie de forêt, au volant d'une moissonneuse et explorant un lac en combinaison de plongée. Il s'agit de le faire apparaître aux yeux de la population russe comme un homme à la virilité exceptionnelle. Vladimir Poutine est ainsi régulièrement montré pratiquant des activités sportives : du judo, du hockey sur glace, du cheval torse nu ou de la natation au milieu du fleuve Ienisseï.

La dernière séquence du sujet témoigne elle aussi de l'instrumentalisation des médias par Vladimir Poutine. Sa visite d'un bureau de vote modèle en Sibérie vise en effet à montrer la transparence de l'organisation du scrutin présidentiel et par là-même à récuser toutes les accusations de fraude électorale. En réalité, l'élection du 4 mars 2012 a bien donné lieu à des fraudes massives. Selon les observateurs de la Ligue des électeurs, une ONG russe, Vladimir Poutine aurait en fait été élu avec 53 % des voix et non 63 % comme annoncé officiellement.

Christophe Gracieux

Transcription

Jean-Marc Morandini
En Russie, la campagne éclair de Vladimir Poutine. Quatre ans après avoir quitté la présidence du pays, l’actuel Premier ministre s’apprête à reprendre les rênes du Kremlin. Donné grand favori de l’élection présidentielle de dimanche, il n’a tenu qu’un seul meeting. Alban Mikoczy sur place avec Volodia Poliansky.
(Bruit)
Journaliste
Depuis une heure, au stade Loujniki, 100 000 personnes attendent sous la neige. Pour son premier, son seul meeting, le Premier ministre russe va parler. Oh ! Neuf minutes pas plus, dans le registre nationaliste qu’il affectionne.
Vladimir Poutine
Il faut aimer la Russie comme moi je le fais, de tout notre cœur. Et je vous le demande : « Est-ce que vous aimez la Russie ? »
Journaliste
Nous avons rencontré la foule de ses partisans. Ces gens qui parlent peu d’habitude mais qui, dimanche prochain, iront voter massivement. Pour eux, Vladimir Poutine a sauvé la Russie du chaos.
Inconnue
Je veux la stabilité pour notre pays, je veux qu’il continue à se développer pour qu’on ne retourne plus à l’anarchie des années 90.
Boris Eltsine
Voilà désormais votre bureau Vladimir Vladimirovitch.
Journaliste
Lorsqu’il succède à Boris Eltsine en 1999, l’Etat est en faillite morale et financière. Vladimir Poutine invente la verticale du pouvoir, en clair tout remonte à lui. Il écarte les oligarques comme Khodorkovski. A chaque crise puis il se met en scène, éteint les incendies à l’été 2010, moissonne comme personne pendant la pénurie de l’automne suivant, préserve l’environnement en danger. Je suis le dernier recours, dit-il en substance et beaucoup adhèrent, comme dans cette chanson surréaliste qui ne lui voit qu’un concurrent, Dieu lui-même.
(Musique)
Journaliste
Deux jours plus tôt nous sommes invités à suivre Vladimir Poutine en Sibérie mais interdit de lui poser la moindre question. Une visite à un bureau de vote modèle équipé d’urnes transparentes, de webcaméra. Il ne parle ni de l’opposition ni des fraudes, pourquoi faire ? Les sondages lui promettent 60 % de voix au premier tour.
Alban Mikoczy
D’ici le premier tour de l’élection présidentielle, Vladimir Poutine ne fera pas campagne, il ne débattra pas avec ses adversaires politiques, pour lui cette campagne électorale est un passage obligé, une parenthèse.