Tuerie devant un collège juif à Toulouse perpétrée par Mohamed Merah

19 mars 2012
02m 42s
Réf. 05816

Notice

Résumé :

Le 19 mars 2012, une tuerie a eu lieu devant le collège juif Ozar Hatorah, à Toulouse, faisant quatre morts. Une élève livre son témoignage et des parents d'élèves expriment leur émotion. Le procureur de la République de Toulouse donne quelques informations sur la tuerie. Arrivé à Toulouse, le président de la République Nicolas Sarkozy fait une déclaration.

Date de diffusion :
19 mars 2012
Source :
A2 (Collection: 13 heures )

Contexte historique

En mars 2012, le terroriste islamiste Mohamed Merah est l'auteur de tueries à Toulouse et Montauban avant d'être abattu par le RAID. Il commet un premier assassinat le 11 mars 2012, à Toulouse : circulant sur un scooter, il abat un soldat du 1er Régiment du train parachutiste de Francazal, le maréchal des logis chef Imad Ibn Ziaten. Puis, le 15 mars suivant, selon le même mode opératoire, il ouvre le feu sur trois militaires devant la caserne du 17e Régiment du génie parachutiste à Montauban. Deux sont tués sur le coup, le caporal Abel Chennouf et le soldat de 1ère classe Mohamed Farah Chamse-Dine Legouad, tandis que le troisième, Loïc Liber, est blessé grièvement.

Le 19 mars, il commet une autre tuerie devant l'établissement scolaire de confession juive Ozar Hatorah, à Toulouse. Toujours à scooter, il tue quatre personnes : Jonathan Sandler, un enseignant, et ses deux fils, ainsi qu'une petite fille. Le jour même, le président de la République Nicolas Sarkozy se rend sur les lieux de la fusillade. Les autres principaux candidats à l'élection présidentielle suspendent alors leur campagne. François Hollande, François Bayrou ou Marine Le Pen participent le 21 mars à une cérémonie d'hommage aux trois militaires assassinés présidée par Nicolas Sarkozy à Montauban.

Mohamed Merah est identifié comme l'auteur de ces sept assassinats. Petit délinquant originaire de Toulouse, condamné à de la prison ferme, il a rallié la cause de l'islamisme radical. Il était surveillé par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) après avoir séjourné en 2010 en Afghanistan et au Pakistan. Interpellé à Kandahar, au sud de l'Afghanistan, il avait été inscrit par la DCRI sur une liste d'activistes islamistes potentiellement dangereux.

À la suite de son identification, Mohamed Merah est assiégé à partir de la nuit du 21 mars 2012 par le RAID, l'unité d'élite d'intervention de la police nationale française, dans son appartement situé au premier étage d'un immeuble dans un quartier résidentiel de Toulouse. Le jeune terroriste refusant de se rendre, le siège dure plus de trente-deux heures. Après les échecs des discussions avec Mohamed Merah, le RAID conduit un assaut le 22 mars 2012. Le terroriste est abattu après s'être défendu. Il avait d'ailleurs dit aux policiers du RAID qu'il « finirait les armes à la main ».

Interrogé par une journaliste alors qu'il était assiégé, il avait déclaré avoir commis ces assassinats pour se « venger de la loi interdisant le port du voile islamique », ainsi que de la participation de la France à la guerre en Afghanistan. Trois vidéos de ses tueries ont par ailleurs été retrouvées. On le voit notamment dire au militaire Imad Ibn Ziaten lorsqu'il l'abat : « Tu tues mes frères, je te tue », faisant référence à l'engagement français en Afghanistan contre les talibans.

Dans un premier temps, Mohamed Merah est décrit par la justice et la police comme un « loup solitaire ». Les services antiterroristes n'auraient ainsi pas pu prévoir le passage à l'acte. Le procureur de Paris François Molins évoque le 21 mars 2012 « un profil d'autoradicalisation salafiste atypique ». Toutefois, un rapport de l'Inspection générale de la police nationale, publié en octobre 2012, met en évidence des « défaillances objectives » dans la surveillance de Mohamed Merah. Il est également apparu qu'il pouvait avoir bénéficié de conseils d'islamistes radicaux lors d'un séjour au Pakistan en 2011. Son profil présente de nombreuses similitudes avec celui de Mehdi Nemmouche qui deux ans plus tard, le 24 mai 2014, abat quatre personnes au Musée juif de Bruxelles. Ce délinquant, condamné à des peines de prison ferme, s'était lui aussi rallié à l'islamisme radical en dehors des réseaux placés sous la surveillance antiterroriste et était allé combattre en Syrie au sein d'un groupe djihadiste.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé dans le journal télévisé de 13 heures de France 2 le 19 mars 2012, ce reportage est un sujet d'actualité immédiate. Il est en effet consacré à la tuerie qui a été commise le matin même devant le collège juif Ozar Hatorah, à Toulouse. Placé à la toute fin du journal télévisé, il revient sur la principale information du jour qui a déjà fait l'objet d'un large traitement dans la première partie du journal. Il constitue donc un rappel des événements.

Ce reportage prend donc la forme d'un récit factuel de la fusillade. Celle-ci est racontée par une alternance d'images commentées et de déclarations. Le commentaire de la journaliste Anne-Charlotte Hinet, reporter au service enquêtes et reportages de la rédaction de France 2, n'est pas illustré par des images filmées devant le collège Ozar Hatorah. Comme toute scène de crime, les lieux mêmes de la tuerie sont en effet protégés par un périmètre de sécurité, délimité par une bande plastique. Les médias en sont par conséquent tenus à distance. Seuls peuvent y accéder les policiers. Plusieurs plans donnent ainsi à voir des enquêteurs de la police judiciaire et scientifique qui franchissent le périmètre de sécurité ou procèdent à des relevés d'indices sur les lieux de la tuerie. Les autres d'images illustrant le commentaire montrent des élèves, des parents et des policiers en faction. Le récit de la tuerie est complété par le témoignage d'une élève et une déclaration du procureur de la République de Toulouse.

Le reportage accorde également une place aux réactions. Il donne d'abord la parole à des parents d'élèves du collège Ozar Hatorah, sous le choc de la fusillade. Il intègre aussi une réaction officielle, celle du président de la République Nicolas Sarkozy. Ce dernier, alors en pleine campagne pour l'élection présidentielle dont le premier tour a lieu un mois plus tard, prononce un discours dès son arrivée à l'aéroport de Toulouse-Blagnac, accompagné du ministre de l'Éducation nationale Luc Chatel.

Le reportage ayant été réalisé « à chaud », peu après les événements, il est très peu question de l'auteur de la tuerie dont l'identité n'est alors pas encore connue. La journaliste se contente de parler d'un « homme casqué, au guidon d'un scooter », « muni de deux armes de poing ». Le procureur de la République de Toulouse ne livre quant à lui aucune information sur le tueur mais décrit la tuerie qu'il a commise le matin même. La journaliste laisse cependant entendre que le mode opératoire de la fusillade devant le collège Ozar Hatorah présente des similitudes troublantes avec les assassinats de militaires perpétrés les jours précédents à Toulouse et Montauban.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
Il est muni de deux armes de poing.
Elise Lucet
On revient maintenant au principal titre de ce journal, cette fusillade ce matin devant le collège juif Ozar Hatorah de Toulouse. Le bilan est lourd : quatre morts dont trois enfants et deux blessés graves. Les enquêteurs n’hésitent pas à évoquer des similitudes avec le double meurtre de Montauban. Le parquet antiterroriste de Paris est saisi, trois enquêtes sont ouvertes. Nicolas Sarkozy et François Hollande et François Bayrou se sont immédiatement rendus à Toulouse. Le point tout de suite avec Anne-Charlotte Hinet et Alexis Jacquet.
Journaliste
Il est 8 heures ce matin, l’heure où les 200 enfants de cette école juive de Toulouse commencent les cours. Un homme casqu au guidon d’un scooter ouvre le feu devant le collège.
Inconnue 1
On entend des coups de feu d’un coup et, et on a eu tous très peur, les, les, la CPE et tout ça les, la police et les pompiers et tout ça, on était tous choqués.
Journaliste
Selon les premiers témoignages, l’homme aurait pénétré ensuite dans l’enceinte de l’établissement, avant de prendre la fuite.
Michel Valet
Il a tiré sur, ben tout ce qu’il avait en face lui, enfants ou adultes, des enfants ont été poursuivis jusqu’à l’intérieur de l’école.
Journaliste
Les tirs sont méthodiques, le bilan est lourd : quatre morts dont trois enfants de 3, 6 et 8 ans. Un adolescent de 17 ans est grièvement blessé. Les enfants, d’abord confinés dans le collège, ont pu retrouver leurs parents angoissés à l’extérieur. Pour tous, difficile de trouver les mots pour exprimer leur émotion.
Inconnue 1
Il a tué à bout portant la fille du directeur, une petite fille. Voilà, c’est tout ce que j’ai à dire, c’est, c’est lâche et… c’est des enfants.
Inconnue 2
Tous nos, tous les enfants qui sont là, c’est une famille en fait, on se connaît tous, tous, c’est notre enfant, c’est pas notre enfant qui est mort mais c’est notre enfant, c’est comme si c’était notre enfant ou notre frère.
Journaliste
Pour les enquêteurs, il pourrait y avoir des similitudes entre cette fusillade et les assassinats de trois militaires la semaine dernière à Toulouse et Montauban. Même calibre de munitions, même usage de deux roues et même sang-froid pour exécuter ses victimes. Il y a quelques minutes, Nicolas Sarkozy est arrivé à Toulouse pour dénoncer solennellement l’horreur de ces assassinats.
Nicolas Sarkozy
La sauvagerie, la cruauté ne peuvent pas gagner. La haine ne peut pas gagner. La République est beaucoup plus forte que tout cela.
Journaliste
Dès ce matin, la sécurité de tous les lieux confessionnels et notamment celle des établissements scolaires israélites a été renforcée dans toute les villes de France.

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