Débat télévisé entre François Hollande et Nicolas Sarkozy en 2012

03 mai 2012
02m 51s
Réf. 05819

Notice

Résumé :

Avant le second tour de l'élection présidentielle, François Hollande et Nicolas Sarkozy s'affrontent lors d'un débat télévisé le 2 mai 2012.

Date de diffusion :
03 mai 2012
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Le premier tour de l'élection présidentielle, le 22 avril 2012, est marqué par un résultat inédit dans l'histoire de la Ve République : pour la première fois un président sortant n'arrive pas en tête au premier tour. Le socialiste François Hollande obtient en effet 28,63 % des suffrages exprimés contre 27,18 % au président de la République Nicolas Sarkozy. L'ancien premier secrétaire du Parti socialiste apparaît par conséquent favori pour le second tour.

Devenu le challenger, le président de la République sortant se trouve dans l'obligation de renverser la tendance. Nicolas Sarkozy fait alors le choix d'orienter nettement à droite sa campagne de l'entre-deux-tours. Il souhaite reconquérir les électeurs qui ont voté pour Marine Le Pen au premier tour et qui avaient été nombreux à le choisir en 2007. De fait, la candidate du Front national a réuni 17,90 % des suffrages exprimés au premier tour, alors qu'en 2007 son père Jean-Marie Le Pen n'en avait rassemblé que 10,44 %. Ainsi, lors du meeting qu'il tient à Toulouse le 29 avril 2012, Nicolas Sarkozy fait l'éloge de la nation et des frontières. Il appelle également à un grand rassemblement place du Trocadéro le 1er mai afin de célébrer « le vrai travail » par opposition à celui qui est traditionnellement célébré ce jour-là par les syndicats.

Le point d'orgue de l'entre-deux-tours a lieu le 2 mai 2012, à quatre jours du second tour, avec le débat télévisé entre les deux finalistes. Désireux d'inverser la tendance favorable à François Hollande, Nicolas Sarkozy avait proposé à son rival dès le soir du premier tour l'organisation de trois débats au lieu d'un seul mais cette proposition avait immédiatement été repoussée par le candidat socialiste. D'une durée record de 2 heures 51, le débat du 2 mai 2012 engendre des échanges souvent vifs. Les deux candidats s'affrontent sur des sujets économiques et sociaux : le chômage, le pouvoir d'achat, la dette publique et les déficits. Dès le début du débat, François Hollande s'efforce de se présenter comme le futur « président du rassemblement » par contraste avec les divisions suscitées par Nicolas Sarkozy pendant son mandat : « Pendant trop d'années, les Français ont été opposés les uns aux autres ». Le candidat socialiste tente en outre constamment de renvoyer le président sortant à son bilan économique et social. Il se livre en particulier à une longue tirade de plus de trois minutes, jamais interrompue par son adversaire, dans laquelle il utilise à seize reprises l'anaphore « Moi, président de la République... » qui prend la forme d'un réquisitoire systématique du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Il stigmatise notamment son style (« Moi, président de la République, je m'efforcerai d'avoir un comportement exemplaire »). Le président sortant lui répond en critiquant sa volonté d'être un président « normal » : « Votre normalité n'est pas à la hauteur des enjeux ».

Aux dires des différents observateurs politiques, aucun des deux candidats n'a réellement pris le dessus sur l'autre lors du débat. Selon un sondage effectué par l'institut LH2, François Hollande a été jugé plus convaincant que Nicolas Sarkozy par 45 % des sondés contre 41 % qui ont pensé le contraire. Le lendemain du débat, le centriste François Bayrou annonce qu'il votera à titre personnel pour François Hollande au second tour, dénonçant la « course poursuite à l'extrême droite » à laquelle s'est livré Nicolas Sarkozy.

Celui-ci ne parvient pas à refaire son retard sur François Hollande. Ce dernier est ainsi élu président de la République le 6 mai 2012, lors du second tour de l'élection présidentielle : il remporte 51,64 % des suffrages exprimés contre 48,36 % à Nicolas Sarkozy. Il devient le septième président de la Ve République, le second de gauche après François Mitterrand.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet présente un montage d'extraits du débat qui a opposé le 2 mai 2012 les deux candidats encore en lice pour le second tour de l'élection présidentielle, François Hollande et Nicolas Sarkozy. Il s'agit d'une sélection des moments les plus marquants du débat. Six extraits sont proposés, entrecoupés d'une musique digne d'un film à suspense.

Ce débat télévisé est le sixième de l'histoire de la Ve République. Le premier avait mis aux prises le 10 mai 1974 Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand. Depuis lors, le débat entre les deux finalistes s'est imposé comme le passage obligé de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle. Il a été organisé avant chaque second tour sauf en 2002, le président sortant Jacques Chirac ayant refusé de débattre avec le candidat du Front national Jean-Marie Le Pen. L'importance politique et médiatique de ce débat est pourtant inversement proportionnelle à son influence. Traditionnellement perçu par les candidats comme le dernier moment décisif pour faire basculer l'électorat, il n'influence pourtant que très marginalement le vote des électeurs.

Comme les précédents, le débat du 2 mai 2012 a fait l'objet d'une préparation minutieuse. Une charte rigoureuse a ainsi été négociée lors de deux réunions tenues au siège du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) par les représentants des deux candidats : pour François Hollande son directeur de la communication Manuels Valls et les anciens ministres Daniel Vaillant et Frédérique Bredin ; pour Nicolas Sarkozy son conseiller en communication Franck Louvrier et son directeur de campagne Guillaume Lambert. Le débat a été organisé dans les moindres détails pratiques, à commencer par le choix des journalistes désignés pour l'arbitrer. Il s'est porté sur les présentateurs des journaux télévisés de TF1 et France 2, respectivement Laurence Ferrari et David Pujadas. Le rôle de ces journalistes se limite à lancer les thèmes du débats (économie, société, institutions et politique étrangère) et à faire respecter les temps de parole. En effet, ceux-ci sont minutés pour chacun des deux débatteurs. Chacun peut également consulter lui-même son temps de parole grâce à un compteur placé dans l'axe de son regard. Un représentant du CSA est en outre chargé de veiller au respect de l'égalité du temps de parole. Celle-ci a été parfaitement respectée lors du débat du 2 mai 2012 : Nicolas Sarkozy et François Hollande se sont exprimés chacun durant 72 minutes et 17 secondes. La durée totale du débat, qui avait également été fixée au préalable par les deux équipes à 2 heures 30, a finalement dépassé 2 heures 50, un temps record dans l'histoire des débats présidentiels. Le décor même du plateau, construit dans un grand studio de La Plaine-Saint-Denis, a fait l'objet de négociations préalables. Sur fond d'image de l'Élysée, une table de 2,5 mètres a été installée avec un climatiseur particulier à la disposition de chaque candidat.

Confiée à Jérôme Revon, déjà réalisateur du débat de 2007 entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, la réalisation a également été soigneusement encadrée. Comme lors des débats précédents, les plans de coupe et de contrechamp qui laissent apparaître à l'écran un candidat lorsque l'autre s'exprime ont été interdits. Deux autres réalisateurs, Tristan Carné pour François Hollande et Yves Barbara pour Nicolas Sarkozy, ont veillé pendant le déroulement du débat au respect de la charte ainsi qu'à ce que les plans de Jérôme Revon ne nuisent pas à leur candidat. Enfin, un tirage au sort avait désigné le premier orateur, François Hollande, la conclusion du débat revenant alors à Nicolas Sarkozy.

Diffusé simultanément en direct sur TF1 et France 2, mais aussi sur les chaînes d'information BFM TV, iTélé, LCI et France 24, ainsi que sur plusieurs radios, le débat de 2012 a été suivi par quelque 17,7 millions de téléspectateurs contre 20 millions pour celui de 2007.

Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
On l’a dit, les échanges ont été rugueux, les échanges ont été musclés… Si vous n’avez pas pu suivre en intégralité ce débat, voici quelques moments parmi les plus intenses, Guillaume
(Musique)
Nicolas Sarkozy
Quand on m’a comparé à Franco, à Pétain, à Laval et pourquoi pas Hitler, vous n’avez pas dit un mot.
François Hollande
C’est pas vrai !
Nicolas Sarkozy
Parce que dans l’esprit du rassemblement…
François Hollande
Ce n’est pas vrai, d’abord… allez-y.
Nicolas Sarkozy
Je ne vais pas vous manquer de respect, je dis simplement que quand le leader de la famille ne dit rien, c’est qu’il cautionne.
François Hollande
Monsieur Sarkozy, vous aurez du mal à passer pour une victime.
(Musique)
Nicolas Sarkozy
Savez-vous pour combien pèse l’énergie fossille dans les 70 milliards de déficit ? Le savez-vous au moins ?
François Hollande
Oui, oui, je le sais mais…
Nicolas Sarkozy
Dites-le moi, si vous le savez !
François Hollande
Vous savez, vous savez…
Nicolas Sarkozy
Pardon, je, si vous le savez, vous le dites. Je vais me permettre de vous apprendre quelque chose…
François Hollande
Mais non, mais vous ne m’apprendrez rien.
Nicolas Sarkozy
[Inaudible]
David Pujadas
Monsieur Nicolas Sarkozy, vous terminez.
Nicolas Sarkozy
Très, très, très respectueusement puisque vous ne savez pas, vous connaissez le chiffre de 70 milliards et vous ignoriez…
François Hollande
Mais pas du tout.
Nicolas Sarkozy
Que sur les 70 milliards…
François Hollande
Vous n’êtes pas là pour nous dire ce que je sais et ce que je ne sais pas.
Nicolas Sarkozy
Mais non, mais pas du tout, je vous le dis.
François Hollande
C’est pas vous qui posez les questions et c’est pas vous qui donnez les notes…
Nicolas Sarkozy
Quel est le niveau Monsieur, Monsieur Hollande, Monsieur Hollande, aujourd’hui on ne peut pas me reprocher d’avoir fait des cadeaux aux riches.
François Hollande
Répondez à ma question, quel est le niveau des prélèvements obligatoires aujourd’hui ?
Nicolas Sarkozy
Monsieur Hollande, Monsieur Hollande, je n’ai pas à répondre à vos questions.
François Hollande
Ah bon ! Donc vous ne voulez pas répondre ?
Nicolas Sarkozy
Je n’ai pas, je n’ai pas à répondre à vos questions.
(Musique)
François Hollande
Moi, président de la République, je ne serai pas chef de la majorité, je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l’Elysée. Moi, président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur. Moi, président de la République, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante. Moi, président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit à chaque instant exemplaire.
Nicolas Sarkozy
Je vais vous dire, la fonction de président de la République, c’est pas une fonction normale, et la situation que nous connaissons, c’est pas une situation normale. Votre normalité, elle n’est pas à hauteur des enjeux.
(Musique)
François Hollande
Vous avez nommé, partout, vos proches.
Nicolas Sarkozy
Puis-je terminer ? Puis-je terminer ?
François Hollande
Et c’est ce que les Français savent parfaitement y compris pour la magistrature.
Nicolas Sarkozy
C’est faux, c’est un mensonge et c’est une calomnie. Vous êtes un petit calomniateur en disant ça.
François Hollande
Vous utilisez toujours les mêmes mots.
(Musique)
François Hollande
Quoi qu’il arrive, quoi qu’il se passe, vous êtes content. Les Français le sont moins, mais vous, vous êtes content.
Nicolas Sarkozy
Alors dois-je, dois-je, dois-je, dois-je vous…
François Hollande
Dois-je ajouter sur la croissance puisque vous en parlez, que nous sommes, que nous sommes…
Nicolas Sarkozy
Monsieur Hollande dois-je considérer que quand vous mentez de façon éhontée, je dois accepter ?
François Hollande
Non, pour l’instant je n’ai…
David Pujadas
François Hollande, vous terminez.
François Hollande
… qui puisse justifier cette expression, je ne peux pas me faire traiter ici de menteur.
Nicolas Sarkozy
On n’est pas venu, on n’est pas venu… dans votre volonté de démontrer l’indémontrable, vous mentez.
François Hollande
Ça vous reprend, ça y est, c’est décidément un leitmotiv qui devrait pour moi être insupportable, mais qui, dans votre bouche, finit par être une habitude.
(Musique)

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