Crise politique à l'UMP après la proclamation de l'élection de Jean-François Copé à sa présidence

20 novembre 2012
02m 18s
Réf. 05830

Notice

Résumé :

Le 19 novembre 2012, Patrice Gélard, président de la commission électorale interne de l'UMP, proclame l'élection de Jean-François Copé à la présidence de l'UMP. Le nouvel élu célèbre sa victoire. François Fillon parle lui de « fracture politique et morale » de l'UMP. Le lendemain l'affrontement continue entre les deux camps.

Date de diffusion :
20 novembre 2012
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

L'UMP traverse à la fin de l'année 2012 la crise la plus grave de son histoire à la suite du scrutin organisé pour l'élection de son président. Plus tôt dans l'année, le 6 mai 2012, son ancien président, le chef de l'État Nicolas Sarkozy, avait été battu au second tour de l'élection présidentielle par le socialiste François Hollande. Par la suite, l'UMP avait essuyé un revers cuisant aux élections législatives des 10 et 17 juin 2012 : elle n'avait remporté que 194 sièges contre 314 au PS à et ses alliés.

Après la mise en retrait de Nicolas Sarkozy de la politique active, l'UMP doit se trouver un nouveau président. Seuls deux candidats obtiennent assez de parrainages des militants pour pouvoir se présenter à l'élection : François Fillon et Jean-François Copé. Le premier, député de Paris depuis juin 2012, est l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy et le grand favori du scrutin. Le second, député-maire de Meaux et ancien ministre, est le secrétaire général de l'UMP depuis 2010. À l'issue de l'élection tenue le 18 novembre 2012, les résultats sont extrêmement serrés : les suffrages des militants se répartissent en deux blocs quasiment égaux. Jean-François Copé et François Fillon revendiquent donc tous deux la victoire. Le lendemain, la Commission d'organisation et de contrôle des opérations électorales de l'UMP, présidée par le sénateur de la Seine-Maritime Patrice Gélard, proclame cependant la victoire de Jean-François Copé avec 50,03 % des voix contre 49,97 % à François Fillon, soit 98 voix d'avance sur 174 678 suffrages exprimés.

François Fillon conteste l'élection de son rival en raison des irrégularités constatées pendant le scrutin. À ses yeux, l'UMP est traversée par une « fracture à la fois politique et morale ». De fait, pendant un mois, le parti se déchire dans un affrontement fratricide, les partisans des deux adversaires s'accusant mutuellement de fraudes. Le camp Fillon déplore ainsi les 1 304 voix non comptabilisées dans trois fédérations d'outre-mer et menace de saisir la justice. De son côté, le camp Copé accuse les fillonistes de fraudes dans la fédération des Alpes-Maritimes. François Fillon propose alors la médiation de l'ancien Premier ministre Alain Juppé mais Jean-François Copé la rejette et s'en remet à la commission nationale des recours de l'UMP, qui le 25 novembre 2012 annonce à son tour sa victoire avec 50,28 % des voix. Les tensions paraissent dès lors si vives que la scission de l'UMP, fondée en 2002, apparaît envisageable. Le 28 novembre 2012, François Fillon crée en effet un groupe dissident à l'Assemblée nationale avec 71 députés. Il annonce que ce groupe sera dissous dès l'organisation d'un nouveau vote mais Jean-François Copé s'oppose à ce dernier.

Finalement, à la suite de la chute vertigineuse de leurs cotes de popularité et de la crainte d'un référendum auprès des parlementaires UMP sur l'organisation d'un nouveau vote, les deux rivaux concluent un accord le 17 décembre 2012 sous l'égide de l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin. L'accord prévoit une nouvelle élection en septembre 2013 avec la création d'une haute autorité chargée de superviser le scrutin ainsi que la dissolution du groupe parlementaire dissident et le renoncement de François Fillon à toute procédure judiciaire. Jusque-là Jean-François Copé doit demeurer président de l'UMP et une gouvernance partagée est instaurée entre les deux camps. Finalement, en juin 2013, 93 % des adhérents de l'UMP rejettent, par vote électronique, un nouveau scrutin. Cela permet à Jean-François Copé de rester à la tête de l'UMP jusqu'au terme de son mandat, en novembre 2015. Toutefois, atteint de plein fouet par l'affaire Bygmalion, il est contraint à la démission dès le 27 mai 2014. Une nouvelle direction collégiale provisoire, constituée des trois anciens Premiers ministres Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et François Fillon, se met alors en place dans l'attente d'une nouvelle élection à la présidence de l'UMP prévue le 29 novembre 2014.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Consacré à l'élection contestée de Jean-François Copé contre François Fillon à la présidence de l'UMP, ce bref reportage fait l'ouverture du journal télévisé de France 2 de 20 heures le 20 novembre 2012. Il est donc diffusé deux jours après la tenue du scrutin interne à l'UMP et au lendemain de la proclamation officielle de la victoire de Jean-François Copé par la Commission d'organisation et de contrôle des opérations électorales (Cocoe) du parti. La crise qui va déchirer l'UMP n'en est ainsi qu'à ses débuts puisqu'elle ne s'achèvera que le 17 décembre 2012 par la conclusion d'un accord entre les deux rivaux.

Le reportage prend la forme d'un récit chronologique des événements survenus à l'UMP à partir de la veille au soir. Il a ainsi été tourné essentiellement dans la soirée du 19 novembre 2012 à partir de la proclamation des résultats par le président de la Cocoe Patrice Gélard, au siège de l'UMP, rue de Vaugirard, ainsi qu'au quartier général de François Fillon. Quelques plans ont également été filmés le lendemain à l'Assemblée nationale. Composé d'images factuelles commentées par le journaliste politique Guillaume Daret entrecoupés par des déclarations d'acteurs de cette crise, il comporte quatre séquences. Elles présentent les moments les plus importants des dernières 24 heures de crise à l'UMP : la proclamation officielle de l'élection de Jean-François Copé, la célébration de sa victoire, la déclaration de François Fillon et la poursuite des affrontements entre les deux camps le lendemain.

Deux aspects sont particulièrement mis en avant dans le sujet et dans son lancement. Il s'agit en premier lieu de l'étroitesse de la victoire proclamée de Jean-François Copé. Le présentateur du journal télévisé David Pujadas commente ainsi une photographie des deux adversaires sur laquelle est incrusté la mention « 98 sur 174 678 » afin de bien souligner la marge très faible qui sépare Jean-François Copé et François Fillon. Guillaume Daret évoque de même une « victoire au forceps ». En outre, le reportage met en valeur l'affrontement fratricide qui déchire l'UMP et le psychodrame dans laquelle ce parti s'est engagé. David Pujadas et Guillaume Daret ont recours à un vocabulaire guerrier : il est question de « bataille homérique », de « bras de fer » qui « a laissé des traces », de « ressentiment », de « parti déchiré » ou encore de « panser les plaies de cet affrontement ». Les déclarations de Jean-François Copé et François Fillon ainsi que celle d'Éric Ciotti, le directeur de campagne de l'ancien Premier ministre, témoignent également de l'ampleur des divisions entre deux camps qui apparaissent irréconciliables. Le contraste est ainsi saisissant entre les images de liesse autour de Jean-François Copé et le contenu du discours de François Fillon.

Enfin, ce sujet donne à voir l'utilisation des médias par les deux adversaires et leurs partisans. L'affrontement entre Jean-François Copé et François Fillon se déroule aussi sur le terrain médiatique. C'est ainsi devant une foule de micros et de caméras que le député-maire de Meaux célèbre sa victoire et que François Fillon prononce son allocution. Jean-François Copé s'arrête par ailleurs pour parler aux journalistes dans les couloirs de l'Assemblée nationale. Les deux camps vont même jusqu'à se parler par médias interposés, comme le montre la réponse d'Éric Ciotti à la proposition faite par Jean-François Copé. Les médias continueront du reste de jouer un rôle central dans la crise de l'UMP jusqu'à sa résolution : les partisans des deux camps n'auront de cesse de venir s'exprimer devant eux afin de gagner la bataille des mots et des images.

Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
Jusqu’où ira le ressentiment ? On va en parler dans un instant. Voilà pour le sommaire, bienvenue à tous et pour commencer, le chiffre. Ce chiffre qui résume la bataille homérique qui s’est jouée pour la tête de l’UMP. 98 petites voix seulement sur 174 678 ont fait la différence en faveur de Jean-François Copé. Le bras de fer a laissé des traces. D’abord, voici le film des événements ces dernières vingt-quatre heures, Guillaume Daret, Mathias Barrois.
Journaliste
Lui-même a l’air soulagé, vingt-huit heures après la fermeture des bureaux de vote, le patron de la commission électorale proclame le nom du vainqueur.
Patrice Gélard
Ont obtenu, Jean-François Copé 87 388 voix, soit 50,03 %, et François Fillon, 87 290 voix, 49,97 %.
(Applaudissements)
Journaliste
Victoire au forceps, 98 voix d’avance pour Jean-François Copé.
Jean-François Copé
Je suis fier, très fier, d’être le président de l’UMP.
(Bruit)
Jean-François Copé
Je vais vous dire aussi que ce soir, j’ai une pensée pour François Fillon que je vous demande d’applaudir.
(Bruit)
Journaliste
François Fillon, lui, est enfermé dans son QG. Peu avant minuit, les traits tirés, il prend acte de sa défaite et souligne la division de son parti.
François Fillon
Ce qui me frappe surtout ce soir, c’est que la fracture qui traverse notre camp politique est désormais manifeste. Cette fracture est à la fois politique et morale.
Journaliste
Ne pas contester pour ne pas faire exploser l’UMP, parti déchiré, que Jean-François Copé doit désormais rassembler. Dès aujourd’hui, il tend la main à son rival.
Jean-François Copé
Je lui ai laissé un message dès ce matin sur son répondeur pour lui proposer de le voir dès qu’il le souhaiterait et de lui proposer, bien sûr, d’être par exemple, s’il en est d’accord, vice-président de l’UMP, voilà.
Eric Ciotti
Sincèrement, vous imaginez François Fillon, vice-président de Jean-François Copé ? Non, ce n’est pas très sérieux.
Journaliste
Rejet immédiat des fillonistes, panser les plaies de cet affrontement prendra énormément de temps au nouveau patron du parti.

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