Manifestations contre Moubarak sur la place Tahrir

31 janvier 2011
02m 19s
Réf. 05835

Notice

Résumé :

Quelques jours après la révolution tunisienne, c'est au tour des Egyptiens de manifester leur opposition à la dictature d'Hosni Moubarak. La place Tahrir, au centre du Caire, est occupée par de jeunes opposants qui sont rejoint par de larges couches de la société. Devant l'ampleur du mouvement, l'armée apporte son soutien aux manifestants.

Date de diffusion :
31 janvier 2011
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Le « printemps tunisien » trouve tout de suite un écho dans la population égyptienne. Il se traduit par des manifestations de sympathie mais aussi par une dizaine d'immolations dans tout le pays. Comme à son habitude, la police intervient brutalement pour faire cesser l'agitation. Dix jours après la fuite de Ben Ali, un groupe de jeunes activistes non-violents, le « mouvement du 6 avril » appelle à une "journée de révolte contre la torture, la pauvreté, la corruption et le chômage". Les organisateurs lancent le mot d'ordre : « le 25 janvier, je prends en main les affaires de mon pays ».

Au Caire, plusieurs cortèges se forment simultanément en différents points de la capitale. La police, hésitante sur la conduite à tenir, court d'un groupe à l'autre sans pouvoir les disperser. Les manifestants postent des vidéos et des témoignages sur des pages Facebook qui informent en direct le reste de la population. La conséquence est double : de nombreux Cairotes descendent dans la rue pour soutenir la manifestation, puis ils convergent vers la place Tahrir (place de la Libération). En fin de journée, 15 000 manifestants sont encerclés par deux fois plus de policiers. Les slogans habituels contre la répression et les conditions économiques cèdent progressivement la place à une hostilité ouverte contre le régime. On crie : « Moubarak dégage ! », ou « la Tunisie est la solution ». Le soir les forces de l'ordre font évacuer la place à coup de canon à eau et de grenades lacrymogènes. Les mêmes scènes de violence se répètent dans la plupart des villes du pays, Alexandrie, Suez, Ismaïlia... Loin de s'apaiser, le lendemain et les jours suivants, les affrontements continuent dans tout le pays, malgré le couvre-feu. Le nombre des manifestants atteint le million pour le « vendredi de la colère ». Au Caire, les manifestants, répondant à l'appel du « mouvement du 6 avril » continuent à occuper la place Tahrir. En une semaine, selon la chaîne de télévision Al Jazeera, on dénombrera environ 150 victimes. Le 29 janvier, le président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 1987, prend la parole à la télévision et opère un premier repli. Il renonce à ce que son fils lui succède et nomme un nouveau premier ministre. La police se retire des rues du Caire et l'armée se charge du maintien de l'ordre. Le 31 janvier, les autorités militaires déclarent que les revendications du peuple sont légitimes. Les hélicoptères survolent la place Tahrir qui devient le point focal de la révolution. Sous les yeux des médias, elle devient le forum de tous les opposants au régime, lieu de discussion et d'affrontement. Les « Frères musulmans » qui étaient jusque-là restés à l'écart du mouvement rejoignent la place Tahrir où ils organisent des prières collectives et des prêches. De leur côté, les partis laïques et les démocrates essayent de se faire entendre comme Mohamed ElBaradei, ancien responsable de l'agence atomique.

Le 2 février 2011, les partisans de Moubarak se lancent à l'assaut de la place avec à leur tête les chameliers qui, d'habitude, conduisent les touristes aux pyramides. Dans un premier temps, l'armée observe les affrontements, puis le lendemain elle rétablit l'ordre et protège les occupants de Tahrir.

Pour le régime de Moubarak, la position est intenable. Rien n'arrête les manifestations. Des bâtiments officiels et presque une centaine de commissariats sont attaqués et brulés. Dans l'ombre, le vice-président Omar Suleyman, les frères musulmans et les partis politiques négocient une sortie de crise. L'armée, à son tour, prend ses distances vis-à-vis du régime. Moubarak, se retrouve seul. Le 11 février, il quitte Le Caire pour Charm el-Cheikh et démissionne. La révolution est victorieuse.

Claude Robinot

Éclairage média

Ce reportage du 20 heures de France 2 intervient à un tournant du soulèvement égyptien qui a commencé une semaine plus tôt par l'appel à manifester lancé par des jeunes étudiants issus des classes moyennes cairotes. Dans le lancement du sujet, David Pujadas parle d'une tentative de reprise en main par le régime. Il commet une erreur en parlant de la police, celle-ci depuis la veille a disparu des rues : c'est l'armée qui assure le service d'ordre dans le centre du Caire. Les images montrent clairement les tanks qui entourent la Place Tahrir ou bloquent l'accès sur le pont du 6 octobre. L'armée a promis de ne pas faire usage de ses armes. Elle a aussi déclaré légitimes les revendications populaires et proclamé l'union du peuple et de l'armée. Pour les protestataires, la place Tahrir n'est plus à conquérir, elle est ouverte et devient le lieu de rassemblement de toutes les oppositions, l'exutoire de l'hostilité à Moubarak. Un des slogans favori de la foule est : « Le peuple veut la chute du régime ». On voit de jeunes manifestants se rendre place Tahrir, à coup de slogans et de pancartes. Une jeune femme non voilée s'exprime en français. Elle fait partie de ces jeunes activistes qui ont lancé le mouvement le 25 janvier 2011. Elle reste en permanence sur la place, comme beaucoup de ses amis qui sentent la victoire proche. En effet le rapport des forces est en train de basculer en leur faveur. Des images de Tahrir la nuit montrent l'ampleur de l'occupation permanente et du village de tentes. L'ambiance générale est plutôt calme. Tout le monde se rend sur la place, y compris les frères musulmans qui étaient jusque-là restés à l'écart. Ils essayent désormais d'islamiser le mouvement en organisant des prières publiques.

David Pujadas parle aussi de la difficulté des journalistes de pouvoir travailler. Les médias occidentaux peuvent se rendre à Tahrir ou dans des quartiers résidentiels. En revanche, le gouvernement d'Hosni Moubarak a fait arrêter des journalistes d'Al Jazeera, favorables aux Frères musulmans, et suspendu la diffusion de la chaîne. Dans les quartiers résidentiels le calme règne mais comme on craint des pillages, les habitants contrôlent les entrées car la police s'est faite discrète. Un sentiment de libération règne sur la ville. Tout le monde attend la « la marche du million manifestation » des anti-Moubarak dont David Pujadas a fait mention avant le reportage.

Claude Robinot

Transcription

David Pujadas
On en vient à la situation en Egypte, avec, je vous le disais, cette reprise en main, ou en tout cas, cette tentative de reprise en main par le pouvoir. La police est de retour dans les rues, les journalistes ont de plus en plus de mal à travailler. Voici le reportage de nos envoyés spéciaux, il montre que ce durcissement ne suffit pas à décourager les manifestants qui annoncent, par ailleurs, une journée test demain, où ils espèrent rassembler un million de personnes. Renaud Bernard, Tristan Le Bras, Philippe Maire.
Journaliste
Ces voitures peuvent attendre, elles ne pénètreront pas dans le centre-ville du Caire. Jour après jour, le bouclage militaire s’intensifie. Les tanks de l’armée essaient d’isoler les contestataires sur la Place Tahrir, sans violence, pour l’instant. Mais c’est peine perdue, les slogans sont toujours aussi vifs.
Inconnus
Le peuple veut te renverser Moubarak.
Inconnu 1
Jusqu’où on va ? Mais jusqu’à la fin du pouvoir. Il n’y a pas de démocratie ici, il n’y a pas de travail, il n’y a pas d’économie, ils ne savent que terroriser le peuple.
Journaliste
Dans les rues, à l’écart, on prépare la grande manifestation de demain. L’opposition veut rassembler un million de personnes, et Dina en sera. Elle a imprimé des tracts de chants révolutionnaires pour alimenter la contestation de demain.
Dina
Ça fait depuis le 25 que je suis là, je n’ai pas quitté, je ne suis pas rentrée chez moi depuis le 25. Pourquoi ? Parce que on ne va pas libérer Tahrir Square jusqu’à ce que Moubarak quitte. On va rester jusqu’à la sortie de Moubarak.
Journaliste
Sorti du centre-ville, c’est le Caire ville morte. Impossible d’imaginer que la capitale égyptienne compte 20 millions d’habitants. Alors que le pouvoir prétend reprendre la main, il suffit de sortir du centre-ville du Caire pour s’apercevoir que ce n’est pas le cas. Comme ici, quartier résidentiel de Mohandessin, la population n’est toujours pas disposée à baisser la tête. Et ici, ça n’est pas la police qui tient la rue, pas l’armée non plus. C’est la République libre d’Egypte qui défie le pouvoir. Les habitants procèdent eux-mêmes aux contrôles d’identité. Et avec zèle : toutes les voitures qui arrivent sont fouillées.
Inconnu 2
La police, elle ne sert plus à rien. Regardez toutes les avenues du quartier. Personne ne représente plus le gouvernement.
Journaliste
Confiants dans la mobilisation, les manifestants entonnent en ce moment des chants révolutionnaires sur la Place Tahrir ; et ils ont décidé de dormir sur place pour défier à nouveau le pouvoir demain, dès le lever du jour.