La victoire canadienne de Vimy au printemps 1917

19 avril 2001
02m 09s
Réf. 05905

Notice

Résumé :

Près d'Arras, dans le secteur du front où se déroula une importante bataille au printemps 1917 (Vimy), des milliers d'obus restent aujourd'hui encore enfouis dans le sol. Une opération de déminage permet de revenir sur l'offensive menée par les troupes canadiennes contre les Allemands et d'expliquer le sens du mémorial canadien de Vimy construit sur les lieux.

Date de diffusion :
19 avril 2001
Date d'événement :
1917
Source :

Contexte historique

Depuis le passage à la guerre de position au tournant 1914-1915, le secteur de Vimy (Pas-de-Calais) constitue la ligne de front entre les troupes alliées et les Allemands, avec des systèmes défensifs (lignes de tranchées) qui se font face à quelques centaines de mètres. Les Allemands possèdent toutefois un avantage, car ce sont eux qui tiennent les lignes de crêtes, ce qui leur permet de surplomber leurs adversaires. Au printemps 1917, dans le cadre d'une série d'offensives décidée par l'état-major allié pour tenter d'enfoncer les lignes allemandes à différents endroits du front, une attaque d'envergure est préparée dans le secteur de Vimy. Il s'agit aussi du côté allié de faire sauter le « verrou » permettant aux Allemands d'occuper le département du Pas-de-Calais et de reprendre le contrôle des ressources charbonnières de la région de Lens, essentielles à l'effort de guerre.

L'offensive est confiée aux troupes canadiennes qui stationnent dans cette partie du front. L'objectif consiste à s'emparer de la crête de Vimy, longue de sept kilomètres, et qui constitue la position la mieux défendue du dispositif allemand. Plusieurs tentatives avaient déjà eu lieu contre cette crête (« la crête de la mort » selon le général canadien Byng), notamment par des troupes françaises et britanniques. Mais elles avaient toutes échoué. Pour réussir leur attaque, les troupes canadiennes furent soumises, en arrière des lignes, à un entraînement intense, avec des maquettes du champ de bataille, afin d'effectuer l'avancée la plus rapide possible contre les tranchées allemandes pour ne pas laisser le temps à l'adversaire de s'organiser. Ayant analysé les conditions de l'échec de l'offensive de la Somme en 1916, au cours de laquelle des grandes vagues de fantassins s'étaient avérées impuissantes à s'emparer des lignes adverses en raison de la puissance de feu des mitrailleuses allemandes, le général canadien Byng théorise un nouveau type d'offensive, consistant à donner des objectifs très précis à ses soldats, après une étude attentive des positions adverses grâce à des repérages aériens. La tactique ne consiste plus à attaquer frontalement les nids de mitrailleuses ennemis en espérant que le poids du nombre permette aux assaillants de l'emporter (ce qui avait échoué dans la Somme) mais à contourner ces nids pour les encercler et les neutraliser.

Pour amener les soldats canadiens jusqu'à l'endroit où devait être donné l'assaut en les protégeant de l'artillerie allemande, de nombreux tunnels furent construits depuis l'arrière du front. D'importants tirs d'artillerie destinés à affaiblir les défenses adverses se développèrent au cours des journées précédant l'attaque (plus de 1000 pièces d'artillerie furent rassemblées dans le secteur par les Alliés). L'attaque eut lieu le 9 avril 1917. Les quatre divisions canadiennes engagées (15 000 fantassins environ) se lancèrent à l'assaut des lignes allemandes, continuant de progresser malgré le feu nourri des mitrailleuses et la perte des nombreux officiers qui marchaient à leur tête. Les tranchées allemandes furent prises après d'héroïques combats, le plus souvent au corps à corps et à la baïonnette.

Après trois journées de combat, le 12 avril 1917, les troupes canadiennes s'étaient rendues maître de tout le secteur, et notamment de la cote 145 qui permettait de surplomber la plaine de Lens. Cette offensive de Vimy fut un succès, tandis que les autres offensives alliées lancées au même moment dans d'autres secteurs, notamment dans l'Aisne (Chemin des Dames) échouaient. Avec 3600 tués et 7000 blessés, cette victoire avait toutefois eu un coût très élevé. Mais pour les Canadiens, cette victoire de Vimy eut une dimension symbolique particulièrement forte, constituant une étape décisive dans la naissance de leur jeune nation. En 1922, le gouvernement français céda à perpétuité au Canada la crête de Vimy et les terrains environnants. Un mémorial, inauguré en 1936, fut érigé à l'endroit même de la crête où avaient eu lieu les combats les plus violents, pour honorer la mémoire des 11 285 soldats canadiens morts en France sans sépulture.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Ce reportage diffusé dans le cadre du Journal télévisé de France 2 présente plusieurs intérêts. Tout d'abord, il permet de rappeler que la Première Guerre mondiale continue aujourd'hui encore d'avoir des conséquences concrètes avec la présence, dans les secteurs où se sont déroulées les principales batailles, de nombreux objets mais aussi d'obus témoignant de la violence des combats. Régulièrement, dans le Nord ou l'Est de la France, des opérations de déminage doivent encore avoir lieu en raison de la découverte d'obus ou de munitions datant du premier conflit mondial. Un second intérêt concerne la vision des lignes de tranchées, qui ont été particulièrement bien conservées (et restaurées) autour de la crête de Vimy, ce qui permet de comprendre comment fonctionnait ce système défensif enfoui. On sera frappé notamment par l'étroitesse des tranchées qui sont montrées (ce qui permet d'imaginer leur inconfort et les difficultés de circuler) ainsi que par leur faible profondeur (les soldats de 1914-1918 ont une taille moyenne largement inférieure à celle de nos générations). On aperçoit également la faible distance qui sépare en certains endroits les lignes de chaque camp (quelques dizaines de mètres). Et le reportage, outre les lignes de front avancées, montre aussi tout le système de tunnels et de souterrains aménagés pour permettre aux différentes lignes de communiquer entre elles et d'acheminer les hommes au plus près des combats tout en les protégeant des tirs d'artillerie adverse. Les différentes vues qui sont montrées permettent de saisir l'importance stratégique de la crête de Vimy, surplombant les mines de charbon de la plaine de Lens. Enfin, le reportage se termine par des images du mémorial de Vimy, le plus grand monument au mort canadien, érigé en 1936 sur un secteur cédé par le gouvernement français (« un don de la nation française au peuple canadien »), au sommet de la cote 145, pour rappeler le sacrifice des soldats du jeune Dominion (le Canada a obtenu ce statut en 1867, cessant d'être une colonie) au cours du premier conflit mondial. Comme le monument britannique de Thiepval dans la Somme, le mémorial de Vimy impressionne par sa taille (qui le rend visible de loin, d'autant qu'il a été construit sur le point culminant de la région). Il se caractérise par la blancheur de son marbre. Sur les parois du monument sont inscrits les noms de 11285 soldats canadiens disparus en France. Sur le socle du monument sont gravés dans la pierre, en français et en anglais, les mots suivants : « à la vaillance de ses fils pendant la Grande Guerre et en mémoire de ses soixante mille morts, le peuple canadien a élevé ce monument ». Les deux pylônes culminant 40 mètres au dessus de la base du monument représentent l'alliance de la France et du Canada au cours de la guerre. Au dessus, la figure la plus élevée du monument est une allégorie pour la paix. En avant du monument, une statue de femme voilée représente le Canada, jeune nation pleurant ses fils morts au combat.

Fabrice Grenard

Transcription

Présentateur
Les habitants de Vimy, près d’Arras, dans le Pas-de-Calais pourront enfin retourner chez eux samedi. Ils auront donc passé huit jours à l’écart d’un dépôt de munitions désormais sécurisé, mais dans cette zone, on estime encore à un million le nombre d’obus non explosés. Notamment autour du mémorial de Vimy, une terre canadienne où des dizaines de milliers de soldats sont morts pendant la Première Guerre mondiale. Reportage Pascal Doucet-Bon, avec Ludovic Tourte.
Pascal Doucet-Bon
Là-bas, à 25 mètres à peine, les allemands. Ils tiennent la crête de Vimy depuis trois ans. Cette tranchée est le poste avancé des soldats canadiens, six mois qu’ils préparent leur assaut. Ce printemps 1917 leur paraît être le moment idéal, l’attente dans le cloaque de Vimy n’a que trop duré.
(Musique)
Etienne Gauthier
On vit assis, on vit dans des conditions sanitaires exécrables, il y a de la boue partout, il y a les rats qui se promènent, évidemment. On a tous entendu les histoires mille fois. C’est des histoires d’horreur, c’est l’enfer que les soldats vivent ici.
(Bruit)
Pascal Doucet-Bon
Alors, pour prendre la crête, les canadiens construisent de longs tunnels. 8000 hommes les emprunteront pour aller au front lors du premier assaut.
Etienne Gauthier
Un peu plus que 8000 hommes sur 10 kilomètres de souterrains, tassés comme des sardines, les uns sur les autres pendant 24 heures avant l’attaque. Quand l’assaut va commencer à 5 heures 30 le matin, au matin du 19 avril, ces hommes-là vont tous sortir des tunnels, se trouvant à 500 mètres de distance de l’ennemi.
(Musique)
Pascal Doucet-Bon
Et les canadiens chargent, 72 heures de boucherie. Les mitrailleuses allemandes fauchent 1000 soldats par jour, mais l’effet de surprise est suffisant, le verrou de Vimy saute, les alliés ont enfin accès à leur objectif, la plaine de Douai et son charbon.
Jean-Pierre Thierry
Il faut bien imaginer que la France a été privée de cette production minière de charbon pendant pratiquement tout le temps de la guerre, et qu’elle a dû s’approvisionner à l’extérieur.
Pascal Doucet-Bon
Aujourd’hui, le mémorial canadien est à 4 kilomètres à peine de la zone évacuée la semaine dernière. Outre-atlantique, personne ne connaît les déboires de nos démineurs d’aujourd’hui. Vimy résonne comme un mythe fondateur de la jeune nation canadienne et pas comme un problème sanitaire.

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