Verdun, haut-lieu de mémoire de la Première Guerre mondiale

10 août 2013
02m 42s
Réf. 05908

Notice

Résumé :

La ville de Verdun, où s'est déroulée une terrible bataille en 1916 entre les troupes françaises et allemandes, se prépare à la commémoration du centenaire de 1914. Avec l'ossuaire de Douaumont, les nombreux cimetières militaires, les traces encore très présentes du conflit dans le paysage, Verdun apparaît comme l'un des lieux de mémoire les plus symboliques de la Première Guerre mondiale.

Date de diffusion :
10 août 2013
Date d'événement :
1916
Source :

Contexte historique

Entre février et décembre 1916, la bataille de Verdun fut l'une des plus terribles de la Première Guerre mondiale, se soldant par la mort de 163 000 Français et 143 000 Allemands. Les Allemands cherchaient à frapper violemment et à effectuer une percée en concentrant des forces considérables pour s'emparer de la ville, qui constituait un « saillant » au sein du front français. Mais les troupes françaises tiendront leur position et leur résistance fera échec à l'offensive allemande.

Dès la fin de la guerre, Verdun devient l'un des hauts lieux de mémoire du premier conflit mondial. Le symbole est double en réalité. Verdun permet de célébrer une victoire française grâce à la résistance opiniâtre des « poilus », symbolisée par la formule attribuée à Pétain, « on ne passe pas ». Car c'est bien le sort de la patrie qui s'est joué sur ce petit territoire : si Verdun était tombé, le moral des Français s'en serait forcément ressenti et les Allemands s'ouvraient à nouveau, depuis l'Est, la route de Paris. Mais Verdun constitue également le symbole de la violence des bombardements et leur rôle dans la guerre moderne. Soixante millions d'obus furent tirés au cours de la bataille, contribuant à faire de Verdun un « enfer » pour les soldats, l'artillerie étant à l'origine de la très grande majorité (80%) des pertes. Illustrant à la fois la résistance et le sacrifice des combattants (le soldat inconnu fut choisi à Verdun), Verdun symbolisera à elle seule le premier conflit mondial. La ville allait devenir la plus décorée de France. Son nom résonnait comme un symbole en France mais également à l'étranger (« Verdun, c'est le mot magique qui fait se lever les foules quand on le prononce à l'étranger » déclara en 1931 le député maire de la ville, Victor Schleiter). Les traces des bombardements tout autour de la ville et les vestiges des tranchées devenaient l'une des principales destinations touristiques de l'entre-deux-guerres.

Avec la présence de l'ossuaire de Douaumont, la réalisation d'un mémorial d'Histoire et d'un Centre mondial pour la paix, la portée symbolique de Verdun perdure largement aujourd'hui. Le 22 septembre 1984, la poignée de main entre François Mitterrand et Helmut Kohl, symbole de la réconciliation franco-allemande, s'effectua devant l'ossuaire de Douaumont. Et c'est également à Verdun que le président Nicolas Sarkozy choisit de commémorer le 90e anniversaire de l'armistice, le 11 novembre 2008 (voir Les cérémonies du 90e anniversaire de l'armistice, un tournant).

Fabrice Grenard

Éclairage média

Les images du reportage montrent combien les combats, et surtout les bombardements dont Verdun fut le théâtre, ont durablement marqué le sol et le paysage. Les stigmates de la bataille restent très visibles aujourd'hui. Dans les sous-bois qui entourent la ville, il n'est pas rare, comme le montre le reportage, de retrouver des obus, des armes ou du matériel (gamelles, semelles...) ayant appartenu à des soldats. Avec les nombreux cratères et les vestiges de tranchées, le secteur de Verdun est un véritable musée à ciel ouvert, qui complète le mémorial réalisé à l'intérieur de la ville.

Ce secteur est également un immense sanctuaire, avec les ossements de milliers de combattants toujours enfouis sous le sol (entre 60 000 et 70 000 corps n'auraient pas été retrouvés selon le témoignage du président de l'association de l'ossuaire de Douaumont). Les nombreux cimetières militaires et l'ossuaire de Douaumont symbolisent la dureté des combats et le lourd prix payé par les soldats pour défendre la patrie. Une procédure est d'ailleurs aujourd'hui engagée pour obtenir le classement de Verdun au patrimoine mondial de l'Unesco. A travers la sélection de témoignages effectuée, le reportage cherche surtout à montrer la dimension internationale du site de Verdun, avec des visiteurs du monde entier, qui viennent faire leur « devoir de mémoire » à Verdun. Les paroles des témoins montrent également clairement que ce qu'ils retiennent avant tout, plus que la victoire française, c'est bien le sacrifice demandé aux soldats, qui donne aussi à Verdun une véritable dimension pacifique aujourd'hui et en fait l'un des lieux symboliques de la réconciliation franco-allemande (l'ossuaire de Douaumont renferme les restes de soldats français et allemands).

Fabrice Grenard

Transcription

Présentatrice
Dans un an, on va commémorer le début de la guerre 14-18. L’endroit qui symbolise le plus la Première Guerre mondiale en France, c’est Verdun, en Lorraine. C’est notre rubrique "Vu de" de ce soir. Verdun où depuis de nombreuses années déjà, les visiteurs se recueillent sur ce lieu de mémoire, Marie Berrurier, Fabienne Blevis.
Journaliste
Avec ses airs tranquilles et ses 18000 habitants, Verdun aurait pu être une ville française comme une autre, mais ça, c’est s’il n’y avait pas eu la Grande Guerre et ses fantômes. Ici, entre février et décembre 1916, 300000 hommes sont morts et 60 millions d’obus ont explosé. Aujourd’hui, sur le champ de bataille, les arbres ont poussé, les musées aussi. Dans quelques mois, on célèbrera le centenaire de cette guerre.
Ingrid Ferrand
Il y a 30 ans, on a eu beaucoup de pèlerins. Vous voyez, ils emmenaient encore des fois un grand-père, même un père, vous voyez, et c’était un pèlerinage. Maintenant, les gens viennent pour apprendre l’histoire.
Journaliste
A l’ossuaire de Douaumont, construit après la guerre, on vient du monde entier accomplir son devoir de mémoire.
Inconnue 1
C’est terrible, j’espère que ça ne recommencera jamais plus !
Journaliste
Dans la nécropole de Douaumont, les restes de 130 000 soldats allemands et français sont enterrés pêle-mêle, on a juste leurs noms.
Inconnue 2
Mon grand-père était ici, j’ai été ici avec mes parents, et maintenant, je veux leur montrer, à mes fils.
Bernard Boissé
Certaines familles n’ont toujours pas fait leur deuil, parce que nous estimons qu’il y a encore entre 60000 et 70000 corps qui n’ont pas été retrouvés ou exhumés.
Journaliste
Il y a un mois et demi, les ossements de 26 poilus ont été découverts ici par des touristes, un fait qui n’a rien d’exceptionnel. Frédéric Radet a grandi sur les champs de batailles de Verdun, il en connaît tous les recoins. Est-ce qu’on peut imaginer que là-dessous, il y a des choses encore aujourd’hui ?
Frédéric Radet
Oui, il y a beaucoup de choses, oui, certainement des êtres humains. La zone a été tellement bombardée que il y a des restes épars. Il y a beaucoup de soldats qui sont encore là, français comme allemands. La zone est, n’a jamais été nettoyée, si vous voulez.
Journaliste
Ici, on trouve fréquemment des obus encore actifs, des gamelles, des semelles de poilus, des casques. En fait, les 13 hectares du champ de bataille n’ont jamais été totalement fouillés. Et alors qu’on va célébrer en grande pompe les 100 ans de la Première Guerre mondiale, Verdun n’a pas encore livré tous ses secrets.

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