Les cérémonies du 11 novembre 1944 à Paris, première commémoration officielle de l'armistice depuis la défaite de 1940

17 novembre 1944
02m 44s
Réf. 05912

Notice

Résumé :

Alors que Paris est libérée depuis plusieurs mois, les cérémonies commémorant l'armistice du 11 novembre 1944 constituent un moment important de communion dans le contexte de la Libération. Elles se déroulent en présence du général de Gaulle et du Premier ministre britannique Winston Churchill.

Date de diffusion :
17 novembre 1944
Source :

Contexte historique

Dans l'histoire des commémorations de l'armistice du 11 novembre 1918, le 11 novembre 1944 occupe une place tout à fait particulière. Sous l'Occupation, les Allemands avaient en effet interdit que le 11 novembre soit célébré. Cela n'avait pas empêché le déroulement d'une manifestation illégale des étudiants et lycéens parisiens sur les Champs-Elysées, malgré l'interdiction de l'occupant, le 11 novembre 1940. Par la suite, la Résistance fit de cette date un moment spécifique, donnant lieu à des manifestations clandestines, comme le 11 novembre 1943 à Oyonnax lorsque les maquis de l'Ain, dirigés par leur chef, Henri Romans-Petit, défilèrent devant la population pour aller déposer une gerbe devant le monument aux morts, portant l'inscription « les vainqueurs de demain à ceux de 14-18 ».

Il était donc logique que les commémorations du 11 novembre 1944 à Paris, les premières depuis la libération de la capitale française, soient un moment particulier. La guerre n'est pas encore terminée et toutes les régions de l'Est ne sont pas libérées. Mais, déjà, les cérémonies sont l'occasion de célébrer la fin de l'Occupation et la liberté retrouvée pour les Parisiens. La possibilité de célébrer l'armistice du 11 novembre en ce lieu pour la première fois depuis quatre ans constitue à la fois une victoire symbolique et idéologique. La présence de Winston Churchill place opportunément la cérémonie sous le signe de l'alliance franco-britannique : tout en rappelant le combat commun des deux pays au cours de la Première Guerre mondiale, cela constituait aussi une façon de sceller la place de la France parmi les Alliés et de légitimer le pouvoir du général de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF).

Fabrice Grenard

Éclairage média

Ce reportage a été tourné par le Comité de libération du Cinéma français pour le compte de « France libre Actualités », qui a succédé depuis septembre 1944 à « France Actualités » diffusé par le régime de Vichy sous le contrôle de l'occupant. Mélangeant des images d'archives de la Première Guerre mondiale et de la signature de l'armistice dans le wagon de Rethondes, avec des images du défilé militaire et du déroulement de la cérémonie du 11 novembre 1944 sur les Champs-Elysées, la symbolique de cette séquence est très forte. Il s'agit indéniablement de laver l'humiliation de la défaite de mai-juin 1940 en rappelant à la fois la victoire sur l'Allemagne en 1918 (il n'est pas neutre de montrer le wagon de Rethondes, qui servit à la signature des deux armistices de 1918 et 1940 et qu'Hitler avait fait ramener à Berlin) et en montrant la renaissance militaire française en 1944. L'Arc de triomphe permet d'ailleurs de mettre ces deux événements dans la lignée des grandes victoires du passé et d'une « France éternelle ». Le défilé du 11 novembre 1944 montre les Champs-Elysées enfin rendus aux Français, après quatre années d'occupation et l'humiliation des défilés militaires allemands sur l'avenue parisienne. La nécessité de « purifier » les lieux après quatre années de présence allemande est d'ailleurs évoquée par le commentaire. La cérémonie rappelle aussi la victoire en cours sur l'Allemagne nazie, même si la guerre n'est pas encore terminée et que toutes les régions de France n'ont pas encore été libérées (« célébrer la victoire d'hier, l'espérance de celle de demain » dit la voix du commentaire). L'hommage au soldat inconnu permet aussi de rendre hommage aux soldats français qui se sont sacrifiés en 1944 pour la Libération de leur pays. Les images du cortège à la tête duquel se trouve de Gaulle illustrent le processus de marche en avant et de reconquête qui est à l'œuvre en France depuis le débarquement allié du 6 juin 1944. La foule nombreuse rassemblée pour assister à l'événement et qui acclame de Gaulle à son passage permet aussi d'illustrer la popularité du général, que beaucoup de Français n'avaient en réalité jamais vu avant la Libération.

Fabrice Grenard

Transcription

(Musique)
Journaliste
11 novembre 1944, le plus beau 11 novembre depuis 1918 et le seul depuis 1940. Un peuple entier va célébrer le souvenir de la victoire d’hier, l’espérance de celle de demain. Dès la veille, dans la nuit d’automne, la flamme sacrée est recueillie sous les voûtes de l’Arc de Triomphe. Demain, elle sera portée au Carrefour de d’Armistice pour purifier ce lieu où l’Allemagne avait cru prendre sa revanche.
(Musique)
Journaliste
Dans l’Hôtel de Ville, la flamme veille et une foule recueillie évoque des souvenirs. Ceux de l’autre guerre sont mêlés à la joie de notre délivrance. Rappelons-nous, à l’automne de 1918, les soldats alliés crevaient enfin la résistance allemande. Et soudain, deux phares perçaient la brume, les plénipotentiaires allemands franchissaient les lignes, l’ennemi était à genoux. Dans la clairière de Rethondes, la guerre allait mourir.
(Musique)
Journaliste
Le Maréchal Foch dictait les conditions des alliés. Une sonnerie déchirante retentissait. Cessez-le-feu, et toutes les cloches de France sonnaient d’allégresse à travers les campagnes.
(Bruit)
Journaliste
Paris, frémissant, criait sa joie, saluait les héros, chantait la victoire, acclamait la paix.
(Bruit)
Journaliste
Quatre ans plus tard, un monument s’élevait dans la forêt de Compiègne. Ici, le 11 novembre 1918 succomba le criminel orgueil de l’Empire Allemand.
(Bruit)
Journaliste
11 novembre 1944, pour la première fois depuis cinq ans, la France a le droit de regarder en face son ancienne victoire. Cérémonie inoubliable que nos alliés et amis anglais sont venus célébrer avec nous. Le Général de Gaulle et Monsieur Winston Churchill s’inclinent devant la dalle où le soldat inconnu a monté, pendant les quatre ans de notre humiliation, sa garde souterraine et vigilante. Une minute de silence.
(Musique)

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