L'assassinat de la journaliste russe Anna Politkovskaïa

07 octobre 2006
01m 58s
Réf. 06000

Notice

Résumé :

Anna Politkovskaïa, journaliste d'investigation russe opposée au régime de Vladimir Poutine, a été assassinée à Moscou le 7 octobre 2006. Elle dénonçait sans relâche les exactions commises par l'armée russe en Tchétchénie. En 2002, elle avait en vain tenté de jouer l'intermédiaire lors d'une prise d'otages à Moscou. Le rédacteur en chef adjoint de son journal explique qu'il s'agit d'un assassinat politique.



Date de diffusion :
07 octobre 2006
Source :

Contexte historique

Journaliste d'investigation russe et militante des droits de l'homme, Anna Politkovskaïa est assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou.

Entrée au journal Novaïa Gazeta en 1999, elle n'a eu de cesse de s'opposer au régime dirigé par Vladimir Poutine : elle a constamment mis en lumière les atteintes à la démocratie commises par celui qui avait succédé à Boris Eltsine à la présidence de la République de Russie le 31 décembre 1999.

Surtout, Anna Politkovskaïa condamnait les exactions en Tchétchénie. Correspondante pour Novaïa Gazeta, elle a couvert la seconde guerre dans la république caucasienne en 1999 et 2000. Elle a ainsi publié de nombreux articles dénonçant les violences perpétrées par les forces russes et les milices pro-russes. Après la guerre, elle a continué à sillonner la Tchétchénie et le Caucase du Nord afin d'enquêter sur les atteintes aux droits de l'homme commises par le régime pro-russe. Alors qu'elle faisait un reportage sur un centre de détention de l'armée russe au sud de la Tchétchénie en février 2001, elle a été placée en détention durant plusieurs jours.

A deux reprises, elle tenta aussi de jouer l'intermédiaire lors de prises d'otages organisées par des rebelles tchétchènes. En octobre 2002, elle voulut entrer en négociations avec les preneurs d'otages du théâtre de la Doubrovka à Moscou. Mais les forces spéciales russes prirent d'assaut le bâtiment avant, employant des gaz qui tuèrent 130 otages. Anna Politkovskaïa voulut également intervenir au cours de la prise d'otages de l'école de Beslan, en Ossétie du Nord, en septembre 2004. Toutefois, dans l'avion qui la transportait à Rostov, elle fit un malaise et dut être hospitalisée. Elle avait alors très probablement été victime d'une tentative d'empoisonnement.

Deux ans après, le 7 octobre 2006, elle est tuée de plusieurs balles à bout portant alors qu'elle sortait de l'ascenseur de son immeuble à Moscou. En dépit de la volonté officielle affichée par Vladimir Poutine et les autorités russes de faire la lumière sur son assassinat, celui-ci resta longtemps non élucidé. En 2009, quatre suspects furent acquittés faute de preuve. Il fallut attendre juin 2014 pour que les assassins d'Anna Politkovskaïa soient enfin jugés par le tribunal de Moscou : Roustam Makhoudov, reconnu coupable d'avoir tiré sur la journaliste, fut condamné à la prison à perpétuité, tout comme son oncle Lom-Ali Gaitoukaïev, qui aurait organisé le crime. Les commanditaires n'avaient toutefois alors pas encore été identifiés.

Le meurtre d'Anna Politkovskaïa illustre les difficultés d'exercer librement le métier de journaliste dans la Russie de Vladimir Poutine. Ce sont ainsi 23 journalistes russes qui ont été assassinés entre 2000 et 2014 selon le Comité de protection des journalistes.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet a été diffusé dans le journal télévisé de 20 heures de France 2 le 7 octobre 2006, le soir même de l'assassinat de la journaliste russe Anna Politkovskaïa dans le hall de son immeuble moscovite.

Le sujet alterne les images factuelles et celles d'archives. Les premières, commentées par la journaliste, visent à livrer aux téléspectateurs les informations sur les conditions de l'assassinat d'Anna Politkovskaïa. Ces images factuelles, filmées devant l'immeuble de Moscou où la journaliste russe a été tuée, ouvrent et clôturent le sujet. Ce dernier débute en effet par un plan moyen du cadavre d'Anna Politkovskaïa recouvert d'un drap blanc, sur un brancard porté par des policiers, et par un plan de sa famille éplorée sur le trottoir. Il se referme également sur un plan rapproché de Moscovites venus déposer des fleurs devant l'immeuble de la journaliste le soir de son assassinat. L'interview du rédacteur en chef adjoint du Novaïa Gazeta complète les images factuelles en mettant en avant le mobile de l'assassinat.

Les images d'archives ont quant à elles pour but de proposer une brève nécrologie d'Anna Politkovskaïa. Certaines de ces images servent simplement d'illustration au commentaire de la journaliste de France 2 qui retrace le parcours de sa consoeur russe, à commencer par son engagement en Tchétchénie. C'est par exemple le cas des plans de soldats russes à la recherche d'activistes tchétchènes en 2003. Les images des prises d'otages de Moscou en 2002 et de Beslan en 2004 illustrent de leur côté les tentatives d'Anna Politkovskaïa pour jouer les médiatrices. L'extrait de l'émission de France 2 L'Oeil de la planète permet quant à lui de donner à voir et à entendre la journaliste d'investigation.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentatrice
Et elle a lieu le jour où l'on apprend aussi l’assassinat d’une journaliste russe, connue pour ses prises de position contre le régime de Vladimir Poutine. Une femme engagée, symbole de la liberté d’expression dans un pays où la presse a bien du mal à s’exprimer. Anna Politkovskaïa dénonçait violemment la guerre en Tchétchénie. Ses articles et ses livres avaient trouvé un écho au-delà des frontières. Une journaliste encombrante qui a été retrouvée criblée de balles en bas de chez elle à Moscou. Anne Ponsinet, Xavier Luizet.
Anne Ponsinet
Anna Politkovskaïa a couvert des terrains dangereux. Mais c’est dans l’ascenseur de son immeuble qu’elle est morte, à Moscou, assassinée. Apparemment, il n’y a plus d’endroit sûr pour une journaliste comme elle en Russie. Anna Politkovskaïa était une des rares parmi ses collègues à continuer de couvrir la Tchétchénie sur le terrain. Il y a quatre ans, sur ces images, elle s’était portée volontaire pour tenter une médiation avec les terroristes tchétchènes de la prise d’otages de Nord-Ost à Moscou. Elle dénonçait sans relâche les abus commis par les forces fédérales et les milices prorusses en Tchétchénie, un combat peu populaire en Russie, qui lui valait de nombreuses lettres d’insultes. En 2003, dans l’émission Un oeil sur la planète elle expliquait comment elle supportait tout ça.
(Musique)
Anna Politkovskaïa
Il faut faire en sorte de ne pas avoir honte aux yeux de ses petits-enfants. Quant ils me demanderont "comment as-tu pu tolérer ça, tu étais là !", il faut que je puisse leur répondre quelque chose, que je me suis battue.
(Bruit)
Anne Ponsinet
Plusieurs fois arrêtée et menacée, elle avait affirmé qu’on avait tenté de l’empoisonner dans l’avion alors qu’elle partait en reportage sur la prise d’otages de Beslan en 2004. Ce soir, au journal Novaïa Gazeta, pour qui elle écrivait deux fois par semaine, les journalistes n’ont aucun doute sur le mobile du meurtre.
Vitali Iarochevski
Ce meurtre est lié à ses activités professionnelles, nous n’avons aucune autre version plausible.
Anne Ponsinet
Ce soir, devant le domicile de la journaliste, quelques admirateurs sont venus déposer des fleurs en hommage à son courage.

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