Internet, moteur de la contestation démocratique en Iran

17 juin 2009
01m 45s
Réf. 06001

Notice

Résumé :

En juin 2009, le régime iranien censure des sites Internet pour faire taire le mouvement contestant la validité de la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad. Les manifestants filment leurs rassemblements puis mettent leurs vidéos sur YouTube. Ils s'expriment aussi sur Twitter. Les Etats-Unis encouragent Twitter à faciliter l'expression des Iraniens.


Date de diffusion :
17 juin 2009
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

En 2009, un mouvement massif de contestation démocratique prend forme dans la République islamique d'Iran, au sein duquel Internet et plus particulièrement le réseau social Twitter jouent un rôle majeur.

Ce mouvement se forme immédiatement après la proclamation des résultats de l'élection présidentielle du 12 juin 2009 qui a mis aux prises le président de la République sortant, l'ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad, et le candidat de l'opposition, l'ancien Premier ministre Mir Hossein Moussavi (voir le document La crise politique iranienne). Si au soir du premier tour, ils revendiquent tous les deux la victoire, c'est Ahmadinejad qui est déclaré vainqueur le lendemain avec 63 % des suffrages exprimés. Moussavi conteste aussitôt ce résultat et appelle ses partisans à manifester. Des dizaines de milliers d'Iraniens descendent dans la rue à Téhéran, la capitale, et dans les grandes villes du pays à partir du 13 juin 2009 pour dénoncer les fraudes électorales massives et demander l'organisation d'un nouveau scrutin. Pendant plus d'une semaine, les manifestations, auxquelles Moussavi participe à plusieurs reprises, se font de plus en plus importantes.

Ces rassemblements pacifiques sont vigoureusement réprimés par le pouvoir iranien. D'après la Ligue iranienne des droits de l'homme, plus de 2 000 personnes sont arrêtées entre le 12 et le 28 juin 2009. Des dizaines d'opposants sont également tués par la police. Par ailleurs, le régime, classé par Reporters sans frontières la même année à la 172e place dans son classement mondial de la liberté de la presse, tente d'empêcher la couverture médiatique des manifestations. Des journalistes et blogueurs de l'opposition sont ainsi arrêtés et emprisonnés. À partir du 13 juin 2009, les journalistes étrangers présents en Iran se voient également interdits de couvrir les manifestations. Certains journalistes européens sont arrêtés et expulsés et la diffusion de la BBC en farsi est interrompue. Par ailleurs, les médias iraniens passent sous silence le mouvement et se contentent d'évoquer la réélection d'Ahmadinejad. En outre, le gouvernement iranien surveille les réseaux téléphoniques et bloque l'accès à de nombreux sites internet.

Dans ce qui constitue le plus important mouvement d'opposition depuis la révolution islamique de 1979 (voir le document Révolution islamique en Iran), Internet joue en effet un rôle essentiel. Les protestataires ont largement recours aux réseaux sociaux afin de contourner la répression du régime iranien. Pendant sa campagne électorale, Moussavi avait déjà régulièrement utilisé Facebook pour communiquer. À partir du début de la contestation le 13 juin 2009, ses partisans ont recours à Twitter. Ce réseau social de messagerie instantanée leur permet d'organiser les manifestations et de les relayer en partageant photographies et et vidéos. Twitter prend une telle importance dans ce mouvement de contestation que le Washington Times, dans son éditorial du 16 juin, va jusqu'à le baptiser « la révolution Twitter ». Le département d'Etat américain appelle même la veille le réseau social à reporter une opération de maintenance afin de permettre aux Iraniens de continuer à s'exprimer et à organiser leurs rassemblements. Internet et les réseaux sociaux permettent également de montrer l'ampleur des manifestations. Ils rendent également visible au monde entier la répression exercée par les autorités iraniennes. De nombreux manifestants filment en effet les rassemblements ainsi que les violences policières avec leurs téléphones portables. Ils partagent ensuite leurs vidéos sur YouTube, Twitter ou Facebook. Ces images ainsi que les informations relayées sur les réseaux sociaux constituent donc une source d'information primordiale pour les médias occidentaux interdits de couvrir les manifestations. Malgré tous ses efforts, le régime iranien ne parvient cependant pas à empêcher cette libre expression sur Internet. En revanche, il ne fléchit pas devant l'ampleur de la mobilisation populaire. Le 29 juin la réélection d'Ahmadinejad est ainsi confirmée par le Conseil des Gardiens de la Constitution.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le 17 juin 2009 dans le journal télévisé de France 2, ce sujet a été réalisé cinq jours après le scrutin présidentiel en Iran qui a vu la réélection contestée de l'ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de la République islamique. Alternant les images factuelles et les interviews, il ne traite pas spécifiquement du mouvement de contestation né immédiatement après la proclamation des résultats. Ainsi, à aucun moment le journaliste ni ne mentionne le nom des deux protagonistes du scrutin. Le sujet porte en fait entièrement sur un aspect de la mobilisation anti-Ahmadinejad : le rôle essentiel d'Internet et des réseaux sociaux.

Afin de bien mettre en valeur ce rôle, le sujet ne se constitue pas uniquement de plans réalisés par une équipe de télévision et intègre des images filmées par les manifestants iraniens eux-mêmes. Dans la première séquence, un plan moyen montre ainsi des partisans de Mir Hossein Moussavi, les bras levés tenant des téléphones portables pour filmer leur manifestation. Le sujet se clôt également sur une vidéo amateur de manifestants transportant un blessé mise en ligne sur YouTube, site internet de partage de vidéos. Il s'agit d'illustrer l'importance prise par Internet comme outil de dévoilement des usages répressifs des régimes autoritaires.

De même, le sujet intègre plusieurs captures d'écran de messages publiés sur le réseau social Twitter, dont l'un appelle les partisans de Moussavi à manifester. Internet est en effet devenu depuis la fin des années 2000 un outil puissant de contestation démocratique qui permet de contourner la censure des régimes autoritaires et de relayer des appels à la manifestation ou à la révolte. Ce rôle fut plus particulièrement mis en valeur deux ans après le mouvement iranien lors du « Printemps arabe » : les réseaux sociaux jouèrent ainsi un un rôle décisif dans la chute des régimes de Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie et d'Hosni Moubarak en Egypte en 2011.

Le présent sujet reprend également des plans d'origine plus classique, non filmés par des amateurs. Ils ont été tournés par des équipes de France 2, les uns dans un cybercafé de Téhéran, les autres dans l'appartement parisien d'une spécialiste en stratégie numérique. En outre, une séquence a été tournée dans une salle de conférence du Département d'Etat américain à Washington.

Quelles que soient les origines des différentes images qui composent ce sujet, amateurs ou professionnelles, toutes ont pour but d'illustrer le poids d'Internet et les réseaux sociaux dans l'organisation et l'extension du mouvement de contestation démocratique iranien.

Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
Et puis, ce qui retient l’attention c’est que... à quel point ce conflit est devenu une bataille des images. Le gouvernement cherche à faire taire les journalistes, à museler les téléphones portables. Mais un média change complètement la donne, il s’agit bien sûr d’Internet. Amaury Guibert, Annie Tribouart.
(Bruit)
Journaliste
La presse étrangère est désormais bannie des manifestations de l’opposition, alors, les Iraniens s’improvisent reporters. Dans la foule, des centaines de téléphones portables filment l’événement pour alerter le monde. Le régime islamique a très vite vu le danger et réagi, coupure de réseau, censure d’Internet. Dans ce cybercafé de Téhéran, impossible d’accéder à certains sites étrangers.
Inconnu 1
Le but du régime, c’est d’empêcher les gens de communiquer. Mais ce qu’il ne comprend pas, c’est que les gens y arriveront de toute façon.
Journaliste
Les iraniens se jouent de la censure grâce à des sites comme Twitter. Il permet d’envoyer des messages très courts, quasiment en direct, à des milliers de personnes dans le monde entier. A Paris par exemple, cette spécialiste d’Internet a transmis des centaines de messages en provenance d’Iran à son réseau de contacts.
Natacha Quester-Semeon
Si vous avez, comme dans mon cas, à peu près 3000 personnes qui me suivent, plus d’autres personnes qui ont 500, 1000, 1500, et cetera, très rapidement, en vraiment quelques minutes, une information peut être diffusée à des dizaines de milliers de personnes.
Journaliste
Le site joue donc un rôle crucial, à tel point que le gouvernement américain lui a demandé de reporter une opération de maintenance.
Ian Kelly
C’est pour le peuple iranien, pour leur laisser la chance de se faire entendre. Et ils peuvent le faire grâce à ces nouveaux médias.
Journaliste
Et une preuve supplémentaire se trouve sur les sites de vidéo comme Youtube. Chaque jour apparaissent de nouvelles images amateurs de la répression à l’œuvre en Iran.

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