Le journaliste tunisien Taoufik Ben Brik, opposant au régime de Ben Ali

26 novembre 2009
01m 19s
Réf. 06002

Notice

Résumé :

Le 26 novembre 2009, le journaliste tunisien Taoufik Ben Brik a été arrêté et condamné à six mois de prison ferme par la justice de son pays après des articles très critiques contre le régime du président Ben Ali. Il avait mené une grève de la faim en 2000 pour protester contre ce dernier.



Date de diffusion :
26 novembre 2009
Source :
A2 (Collection: 20 heures )
Lieux :

Contexte historique

Journaliste et écrivain, Taoufik Ben Brik est une figure emblématique de la lutte pour la liberté d'expression et la liberté de la presse en Tunisie. Il a en effet combattu sans relâche le régime autoritaire et policier de Zine el-Abidine Ben Ali. Ce dernier, président de la République sans interruption de 1987 à 2011, étouffait en effet toute liberté en Tunisie: les élections étaient manipulées de façon à assurer sa réélection à chaque fois avec plus de 90 ou 95 % des suffrages exprimés, la presse et la justice étaient placées sous surveillance.

Taoufik Ben Brik est victime de la censure dès 1991: après avoir publié des articles sur la liberté d'expression, il est interdit de publication dans son pays. Il continue alors à écrire pour des journaux étrangers, notamment français, dénonçant inlassablement la répression en Tunisie et les atteintes à la liberté de la presse. Il fait alors l'objet d'une surveillance étroite et de brimades policières fréquentes. Il est ainsi arrêté et interrogé à plusieurs reprises.

En avril 2000, il mène une grève de la faim afin de protester contre la confiscation de son passeport et le harcèlement policier dont sa famille et lui font l'objet. Par cette action, il vise plus largement à attirer l'attention sur les atteintes à la liberté d'expression et celle de la presse en Tunisie. Il débute la grève à Tunis le 3 avril 2000 et l'achève à l'hôpital parisien de La Pitié-Salpêtrière le 15 mai suivant au terme de quarante-deux jours. Après avoir obtenu la restitution de son passeport, Taoufik Ben Brik avait en effet poursuivi sa grève en France jusqu'à la libération de son frère.

Revenu en Tunisie, il continue de publier des articles très sévères sur le régime de Ben Ali, notamment lors de la campagne pour l'élection présidentielle du 25 octobre 2009. Le 29 octobre suivant, il est arrêté par la police : il est accusé de violence et d'injures contre une automobiliste. Jugé le 19 novembre suivant, Taoufik Ben Brik affirme devant le tribunal de première instance de Tunis avoir été « victime d'un traquenard » de la police tunisienne. Ses avocats mettent en avant une accusation fabriquée de toutes pièces. Ils jugent que le régime de Ben Ali a cherché à faire taire le journaliste pour ses articles publiés dans la presse française lors de la campagne électorale qui avait vu la réélection triomphale du président sortant pour un cinquième mandat consécutif avec plus de 89 % des voix. Le 26 novembre 2009 Taoufik Ben Brik est condamné à six mois de prison ferme.

Ce dernier entame alors une nouvelle grève de la faim durant dix jours. Malgré la mobilisation de l'association française Reporters sans frontières et la grève de la faim également observée par sa famille en janvier 2010, il n'est libéré que le 27 avril 2010.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet a été diffusé dans le journal télévisé de 20 heures de France 2 le 26 novembre 2009, le jour même de la condamnation du journaliste tunisien Taoufik Ben Brik à six mois de prison ferme par le tribunal de première instance de Tunis.

Il prend la forme d'un portrait rétrospectif de cet opposant emblématique au régime autoritaire de Zine el-Abidine Ben Ali. Aucun plan n'été tourné sur place pour l'occasion par une équipe de France 2, très certainement en raison de la censure tunisienne. Ainsi, le sujet ne comporte aucune image du procès de Taoufik Ben Brik qui n'a pas été ouvert aux médias.

Il se compose uniquement d'images d'archives commentées par un journaliste de France 2. Couvrant une décennie, de 1999 à 2009, elles visent à retracer la lutte inlassable menée par Taoufik Ben Brik contre le régime de Ben Ali. Elles ont également pour but de mettre en évidence la répression dont il n'a cessé d'être l'objet de la part de la police tunisienne. Leur visée est exclusivement illustrative : elles viennent simplement éclairer le commentaire du journaliste de France 2. Du reste, aucune autre voix que celle de ce dernier n'est audible dans le sujet, qu'il s'agisse de celle de Ben Brik ou de celle de Ben Ali.

Certaines des images du sujet sont datées : celles de la grève de la faim menée par Taoufik Ben Brik en 2000 et celles de la visite de Zine el-Abidine Ben Ali dans les rues de Tunis en 2009. Les autres ne sont pas datées.

Deux figures émergent de ce sujet. Tout d'abord celle de Taoufik Ben Brik, à laquelle la majorité des images sont fort logiquement consacrées. Ainsi le sujet s'ouvre sur un gros plan du journaliste tunisien écrivant, à son bureau. Il est ensuite montré allongé sur un lit, lors de sa grève de la faim en 2000, puis marchant dans un souk et enfin encadré par des CRS français.

L'autre figure principale qui apparaît à l'écran est celle de Zine el-Abidine Ben Ali. Il est montré à deux reprises: dans les rues de Tunis puis à la tribune d'un meeting. Le sujet met ainsi en lumière l'autoritarisme du régime tunisien centré sur la personne de Ben Ali. Ce dernier semble de fait omniprésent. Des affiches sur lesquelles figure son portrait, la main sur le coeur, sur fond de couleurs du drapeau tunisien sont ainsi visibles à plusieurs reprises dans le sujet, dans les rues de Tunis comme dans la salle du meeting.

Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
A l’étranger, faut-il parler de tour de vis ? En Tunisie, le journaliste Taoufik Ben Brik, figure emblématique de l’opposition au régime, a été condamné à six mois de prison ferme dans une affaire de droit commun, accusation fabriquée de toutes pièces, selon ses défenseurs. Kristian Autain.
Kristian Autain
Le voici, Taoufik Ben Brik. Journaliste, il est le symbole, en Tunisie, de l’opposition au régime du président Ben Ali. En l’an 2000, il avait mené une grève de la faim pendant 42 jours. Le mois dernier, en pleine campagne des élections présidentielles tunisiennes, le journaliste avait publié dans la presse française des articles très critiques à l’égard du régime de son pays. Arrêté pour une banale altercation en plein centre de Tunis, il vient donc d’être condamné à six mois de prison pour coups et blessures. Taoufik Ben Brik affirme depuis le départ qu’il a été victime d’un traquenard. Depuis son arrestation, le 29 octobre dernier, l’affaire a pris une dimension internationale. La France l’a officiellement fait savoir, elle regrette cette condamnation. Les autorités tunisiennes considèrent que toutes les réactions internationales sont des ingérences dans ses affaires intérieures. Le 26 octobre, Zine Ben Ali a été réélu pour la cinquième fois président de la Tunisie avec 89% des voix.

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