Les journalistes dans la guerre en Syrie

18 janvier 2014
02m 27s
Réf. 06004

Notice

Résumé :

Les journalistes ont beaucoup de difficultés à couvrir la guerre civile qui ravage la Syrie depuis 2011. Deux journalistes suédois, libérés après avoir été retenus prisonniers en Syrie, en témoignent. Le directeur général de Reporters sans frontières Christophe Deloire estime nécessaire de continuer à couvrir la guerre. Plusieurs journalistes ont été tués dans ce conflit dont le français Gilles Jacquier.



Date de diffusion :
18 janvier 2014
Source :
FR3 (Collection: Soir 3 journal )

Contexte historique

Les journalistes éprouvent de grandes difficultés à couvrir la guerre civile en Syrie depuis ses débuts en 2011. Ils sont en effet souvent pris pour cible par les différents protagonistes du conflit. Ils l'ont d'abord été par les forces du régime de Bachar Al-Assad avant d'être aussi victimes des groupes djihadistes, à commencer par l'organisation Etat islamique en Irak et au Levant (ou Daech, selon son acronyme arabe), créée en 2013.

La Syrie est ainsi devenu le pays le plus dangereux dans le monde pour les journalistes, qu'ils soient syriens ou étrangers. Selon l'organisation Reporters sans frontières, 43 journalistes y ont trouvé la mort de mars 2011 à mars 2015. Pour la seule année 2014, 15 des 69 journalistes tués dans le monde l'ont été en Syrie. Victimes des affrontements, ils sont également pris pour cible. L'Etat islamique procède notamment à de macabres exécutions de journalistes dont elle partage ensuite les vidéos sur Internet. Par exemple, deux journalistes américains, détenus comme otages par l'organisation djihadiste, James Foley et Steven Sotloff, ont été décapités, respectivement en août et en septembre 2014. Le journaliste japonais Kenji Goto a subi le même sort en janvier 2015. Dans les trois cas, ces exécutions ont été mises en scènes en représailles à la participation des Etats-Unis et du Japon à l'intervention militaire internationale contre l'Etat islamique.

De fait, de nombreux journalistes sont enlevés en Syrie par les groupes djihadistes. Par exemple, quatre journalistes français, Edouard Elias, Didier François, Nicolas Hénin et Pierre Torres, ont été retenus en otage de juin 2013 à avril 2014 par l'Etat islamique. Les journalistes syriens et irakiens sont eux aussi victimes d'enlèvements. Ainsi, à l'automne 2014, l'Etat islamique a retenu en otage pendant plusieurs semaines 14 journalistes et techniciens des médias après les avoir enlevés à Mossoul, au nord de l'Irak. Dans ce cas précis, la prise d'otage de journalistes sert à empêcher toute couverture des actions de l'Etat islamique. Elle peut également obéir à un objectif financier : obtenir le versement de rançons afin de financer les actions armées. Les groupes djihadistes ne sont toutefois pas les seuls à détenir arbitrairement des journalistes. Le régime de Bachar Al-Assad retient en effet prisonniers de nombreux professionnels des médias syriens.

En outre, la censure s'avère particulièrement pesante en Syrie, dans les zones encore contrôlées par Bachar Al-Assad comme dans celles passées sous la férule de l'Etat islamique. Il n'est ainsi guère étonnant de retrouver le pays à la 177e place sur 180 dans le classement mondial de la liberté de la presse établi en 2015 par Reporters sans frontières.

Malgré ces conditions dangereuses, des journalistes continuent d'essayer de couvrir le conflit. Il s'agit pour eux de ne laisser le monopole de l'information, ni à la propagande de Bachar Al-Assad, ni à celle de l'Etat islamique.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Consacré aux difficultés d'exercice du métier des journalistes couvrant la guerre civile en Syrie et aux dangers qui les menacent, ce sujet a été diffusé dans le journal télévisé de France 3 le 18 janvier 2014, soit près de trois ans après l'éclatement du conflit en mars 2011. Si la rédaction de France 3 a décidé de s'intéresser à cette question, c'est à l'occasion d'une actualité particulière et récente : la libération le 9 janvier 2014 de deux journalistes suédois, Magnus Falkehed, du quotidien Dagens Nyheter, et Niclas Hammarströmöm, photographe à l'agence Kontinent et au quotidien Aftonbladet, retenus otages en Syrie durant 90 jours. Le sujet s'ouvre ainsi sur des images des deux journalistes puis sur leur interview filmées à leur retour en Europe, à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Leur témoignage sur les conditions de travail des journalistes couvrant le conflit syrien apparaît très éclairant.

Mais c'est également parce que la France est alors directement concernée par la question du sort des journalistes couvrant le conflit syrien que ce reportage a été réalisé. Au moment de sa réalisation, quatre journalistes français sont détenus par l'organisation Etat islamique en Irak et au Levant. Didier François, grand reporter de guerre travaillant pour la radio Europe 1, et Edouard Elias, photographe indépendant, ont été enlevés le 6 juin 2013, au nord d'Alep, alors qu'ils enquêtaient sur l'utilisation d'armes chimiques par le régime de Bachar Al-Assad. Nicolas Hénin, reporter, et Pierre Torres, photographe, ont quant à eux été enlevés le 22 juin suivant à Raqqa. En outre, deux ans avant la diffusion de ce reportage, le 11 janvier 2012, le grand reporter français Gilles Jacquier avait été tué lors d'une attaque à Homs. Le présent sujet se referme d'ailleurs symboliquement sur une image de ce journaliste qui travaillait pour le magazine de la rédaction de France 2 Envoyé spécial et dont la mort brutale avait endeuillé France Télévisions.

Le présent sujet ne comporte aucune image tournée en Syrie pour l'occasion par une équipe de France 3. En effet, France télévision ne dispose plus alors de journaliste sur place pour couvrir le conflit. Comme la très grande majorité des médias internationaux, le groupe audiovisuel a retiré ses journalistes de Syrie en raison des menaces pesant sur eux. Les seules images filmées par l'équipe de France 3 l'ont donc été sur le sol français : il s'agit des interviews des deux journalistes suédois libérés à Roissy, et de celle du directeur général de Reporters sans frontières Christophe Deloire. Les autres images qui composent le sujet ont été filmées pendant le conflit entre 2011 et 2014. Certaines de ces images d'archives ont été prises par des équipes de télévision, d'autres par des amateurs après le départ de Syrie des médias internationaux.

Christophe Gracieux

Transcription

Francis Letellier
Sur le terrain, la situation est de plus en plus confuse, les multiples groupes djihadistes ont pris le dessus de la révolte depuis quelques temps. Il est difficile de savoir quel est le rapport de force entre opposants, Bachar el-Assad, évidemment, profite de cette division ; et rendre compte de ce qui se passe dans le pays est de plus en plus compliqué pour les journalistes devenus la cible et qui se retrouvent souvent pris entre deux feux. Nora Boubetra et Marie-Pierre Degorce ont recueilli des témoignages de reporters.
Journaliste
Les voilà libres désormais de leurs allées et venues. Il y a quelques jours encore, ces deux journalistes suédois étaient otages en Syrie. Retenus depuis la fin novembre, ils disent avoir été battus, et surtout ils parlent de leur métier devenu impossible dans ce pays.
Niclas Hammarström
Je dirai que c’est quasiment impossible de travailler, pour des gens qui sont blonds comme nous.
Magnus Falkehed
C’est vraiment très difficile de dire que le groupe A est le groupe A et que le groupe B est le groupe B. Tout est devenu un tel chaos et les groupes se mélangent entre eux, donc c’est extrêmement difficile de dire qui est qui.
Journaliste
C’est un aveu d’impuissance face à une situation devenue illisible. Aujourd'hui, il est très difficile d’informer sur ce pays où opèrent des myriades de Djihadistes. Rebelles, armées, miliciens du régime et bandes criminelles, à qui faire confiance quand on est devenu la cible d’un business dangereux. Le rythme des enlèvements s’est accéléré. Une trentaine de journalistes occidentaux otages, dont quatre Français, détenus depuis sept mois. Des risques que les rédactions hésitent à cautionner, pourtant, pour Reporters Sans Frontières, il faut continuer à aller en Syrie.
Christophe Deloire
Il est très important que ce regard journalistique continue à pouvoir être exercé dans ce pays afin que la Syrie ne devienne pas un trou noir de l’information ; c’est-à-dire un lieu dans lequel des combats sont menés, des populations sont brimées sans qu’il soit possible pour le public international de savoir ce qui s’y passe ; et dans ce cas-là, c’est notre droit légitime à l’information qui est atteint et c’est aussi le droit légitime des populations sur place à ce que nous sachions ce qu’elles vivent qui est atteint.
Journaliste
Faute d’équipe sur place, les rédactions utilisent les images amateurs ou celles de journalistes locaux. Depuis le début du conflit, il y a près de trois ans, une vingtaine de journalistes professionnels ont perdu la vie en Syrie dont notre confrère Gilles Jacquier.

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