Les combats de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, de la Résistance à ATD-Quart monde

15 février 2002
02m 10s
Réf. 06100

Notice

Résumé :

Décédée en 2002, à l'âge de 81 ans, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, nièce du général de Gaulle, fut tout au long de sa vie une femme engagée. Résistante précoce en 1940, déportée en 1944, elle mena après la guerre un combat contre la misère et la pauvreté.

Date de diffusion :
15 février 2002
Source :

Contexte historique

Derrière le nom célèbre porté par Geneviève de Gaulle Anthonioz, nièce du général, se cache une femme qui fut tout au long de sa vie discrète, refusant la gloire et la médiatisation, mais dont les engagements sont intimement liés aux grands combats du XXe siècle : la Résistance, la déportation, la guerre d'Algérie, la lutte contre la misère et la pauvreté. Le général de Gaulle lui dédicaça ainsi ses Mémoires de guerre, soulignant l'importance de son rôle entre 1940 et 1944 : « A ma chère nièce Geneviève, qui fut, tout de suite, jusqu'au bout, au bord de la mort, un soldat de la France libre et dont l'exemple m'a servi ».

Née en 1920, fille de Xavier, le frère aîné de Charles de Gaulle, élevée dans une foi catholique ardente, Geneviève de Gaulle connaît une jeunesse difficile en raison du décès de sa mère et de sa sœur. Antifasciste en raison de son engagement chrétien et humaniste, elle est en 1938 antimunichoise. Après la défaite de 1940, s'opposant à l'idéologie du régime de Vichy et à l'occupation allemande, Geneviève de Gaulle fait partie des « Résistants de la première heure ». Si sa jeunesse et sa condition féminine l'empêchent de pouvoir exercer des fonctions de direction importantes dans la Résistance, elle n'en apparaît pas moins comme une militante infatigable et exerce de nombreuses actions et missions en faveur de plusieurs mouvements. Elle participe tout d'abord, à la fin 1940 et en 1941, au réseau du Musée de l'Homme, l'une des premières organisations résistantes en zone nord, réalisant de nombreuses actions de renseignement, diffusant sous le manteau des tracts ou photos du chef de la France libre. Au printemps 1943, sous le nom de « Gallia », elle entre à Défense de la France, mouvement d'obédience chrétienne, et participe à la diffusion du journal. Geneviève de Gaulle favorise la conversion au gaullisme de certains dirigeants de ce mouvement, notamment Philippe Viannay.

Arrêtée le 20 juillet 1943 à la suite d'une trahison tendue aux membres de Défense de la France par la Gestapo française de la rue Lauriston (Henri Lafont et Pierre Bony), Geneviève de Gaulle est d'abord emprisonnée à Fresnes puis déportée le 31 janvier 1944 au camp de Ravensbrück. Elle connaît les conditions inhumaines de l'univers concentrationnaire nazi, subissant la violence des gardiens, le froid et la faim. Elle se lie au cours de cette période avec d'autres déportées, notamment Germaine Tillion. En octobre 1944, à la suite d'une décision d'Himmler, le commandant du camp l'isole de ses camarades en raison de son nom, car elle était susceptible de servir de monnaie d'échange dès lors que le général de Gaulle était devenu le chef du gouvernement provisoire en France. Jusqu'à sa libération par l'Armée Rouge en février 1945, Geneviève de Gaulle subit ainsi l'enfer du cachot et de la solitude. Elle devient presqu'aveugle et ne pèse plus que 44 kg.

Après la guerre, Geneviève, qui s'appelle désormais Anthonioz en raison de son mariage en 1946 avec le jeune éditeur d'art Bernard Anthonioz, cherche à transmettre son expérience du camp de Ravensbrück en militant dans l'Association des déportés et internées de la Résistance. En 1987, elle témoigne sur la barbarie nazie lors du procès Barbie. En 1998, elle publie un ouvrage, La Traversée de la nuit, sur ce qu'a été sa vie à Ravensbrück.

Mais le principal combat de Geneviève Anthonioz-de Gaulle au cours de la dernière partie de sa vie sera surtout son engagement contre la misère et la pauvreté. En 1958, travaillant au cabinet de Malraux, elle rencontre le père Wresinski, aumônier au bidonville de Noisy-le-Grand. De cette rencontre naît l'organisation ATD-Quart monde, dont elle sera la présidente de 1964 à 1988. Nommée en 1988 au Conseil économique et social, elle favorise l'adoption d'une loi d'orientation contre la grande pauvreté. Geneviève de Gaulle-Anthonioz est décédée le 14 février 2002 à Paris. Sur décision du président François Hollande, elle entre au Panthéon le 27 mai 2015.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Le reportage diffusé par le Journal télévisé de France 2 pour rendre hommage à Geneviève de Gaulle-Anthonioz, décédée à l'âge de 81 ans, revient sur les deux grandes périodes qui ont marqué sa vie : celle de la Résistance et de la déportation entre 1940 et 1944, puis l'engagement de la nièce du général contre la misère et la pauvreté, à travers notamment son rôle au sein de l'organisation ATD-Quart monde ou son action au Conseil économique et social pour que soit adoptée une loi relative à l'exclusion et la lutte contre la grande pauvreté. La trajectoire de Geneviève de Gaulle Anthonioz est en réalité d'une très grande cohérence, comme permet de le montrer le reportage qui juxtapose des images de l'univers concentrationnaire nazi en 1943-1944 et des bidonvilles qui se développent en France dans les années 1950-1960. Si les deux phénomènes sont bien sûr d'une nature totalement différente et ne peuvent être comparés, Geneviève de Gaulle-Anthonioz n'en fut pas moins bouleversée lors de sa visite du bidonville de Noisy-le-Grand, en compagnie du père Joseph Wresinski, de voir dans ce « camp des sans logis » des visages, des humiliations ou des souffrances (faim, froid, absence d'hygiène) ressemblant à ce qu'elle avait vu à Ravensbrück. C'est ce « choc » qui l'amena ensuite à consacrer le reste de sa vie pour combattre la misère et l'exclusion et permettre le respect en toute circonstance de la dignité et de la personne humaine. Le nom d'ATD (aide à toute détresse) Quart monde fut donné à l'organisation dont elle prit la tête en référence à l'expression « Quart Etat » ou « Quatrième ordre », utilisée par les députés lors de la Révolution française pour désigner le peuple des indigents et des infortunés, qui n'avait aucune représentation.

Le reportage ne le mentionne pas, mais l'engagement précoce de Geneviève de Gaulle-Anthonioz contre le nazisme et dans la Résistance s'explique par une jeunesse passée dans la Sarre puis en Alsace, en raison de la carrière militaire de son père, ce qui l'amena très tôt à prendre conscience des dangers d'une idéologie totalement contraire à ses valeurs chrétiennes (elle a lu Mein Kampf à l'âge de 13 ans seulement). Lors de son arrestation le 20 juillet 1943, pour ses activités en faveur de "Défense de la France", Geneviève aurait pu essayer de cacher un nom particulièrement compromettant aux yeux des Allemands et de Vichy. Elle n'en fit rien et a tenu au contraire à reprendre sa véritable identité afin que l'on sache en France qu'une personne de la famille de Gaulle avait été arrêtée, alors que la thématique de la propagande vichyste consistait à présenter l'auteur de l'appel du 18 juin comme un lâche et un déserteur qui aurait fui la France au moment de la défaite.

Un extrait du reportage est enfin particulièrement intéressant pour illustrer la difficulté pour les déportés de faire part de l'indicible à leur retour des camps. Comme l'explique elle-même Geneviève Anthonioz-de Gaulle, cela tenait à la difficulté d'en parler, pour ceux qui avaient fait l'expérience de l'univers concentrationnaire, mais s'expliquait aussi par la faible réception de la population qui n'était pas prête à entendre ces récits insoutenables, au lendemain de la Libération.

Bibliographie

- Frédérique Néau-Dufour, Geneviève de Gaulle Anthonioz : l'autre de Gaulle, Paris, Cerf, 2004.

- Geneviève Anthonioz-de Gaulle, La Traversée de la nuit, Paris, Seuil, 2001.

Fabrice Grenard

Transcription

(Silence)

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