Historique du Panthéon à l'occasion de l'investiture de François Mitterrand

20 mai 1981
03m 15s
Réf. 06108

Notice

Résumé :

En mai 1981, à l'occasion de son investiture en tant que président de la République, François Mitterrand choisit de rendre hommage à trois grands hommes du Panthéon : Jean Jaurès, Victor Schoelcher et Jean Moulin. A cette occasion, le journal télévisé revient sur l'histoire de l'édifice.

Date de diffusion :
20 mai 1981
Source :
A2 (Collection: JA2 20H )

Contexte historique

Le 12 mai 1981, deux jours après sa victoire à l'élection présidentielle, François Mitterrand conviait à son domicile parisien, rue de Bièvre, Jack Lang et André Rousselet, son ancien directeur de cabinet sous la IVe République. Il leur aurait alors exprimé sa décision de réfléchir aux cérémonies d'entrée en fonction, pour mieux renouveler la sienne. Alors que certains, à gauche, auraient préféré une certaine modestie, François Mitterrand entendait unir le peuple et l'Histoire et faire du 21 mai 1981 un sacre laïc et républicain.

Concernant la prise de fonction du président de la République nouvellement élu, la constitution de 1958 n'a pas établi de protocole précis pour ce moment d'affirmation de l'exécutif et n'impose, contrairement à bien d'autres républiques, aucune prestation de serment. La cérémonie se déroule en général une dizaine de jours après les élections présidentielles et une passation de pouvoir entre président sortant et président élu précède l'investiture proprement dite. Le président reçoit ensuite les honneurs militaires à l'Elysée. Il se rend à l'Arc de Triomphe pour raviver la flamme et déposer une gerbe au soldat inconnu et à l'Hôtel de Ville. Le 21 mai, François Mitterrand y est d'ailleurs accueilli par le maire de la capitale, Jacques Chirac, futur chef de l'opposition.

Depuis 1981, chaque président choisit ensuite de présenter des hommages particuliers - une nouveauté justement introduite par François Mitterrand. En effet, après avoir traversé la Seine jusqu'au Quartier latin, il décide de quitter son véhicule rue Soufflot pour aller seul à pied jusqu'au Panthéon, afin de s'incliner sur les tombes de Jean Jaurès, de Jean Moulin et de Victor Schoelcher. Il devient ainsi le premier président à inscrire le Panthéon dans une journée de prise de fonction. Il honore d'abord le père du socialisme, assassiné à la veille de la Première Guerre mondiale, et dont le corps fut transféré en 1924, événement mis en scène de façon magistrale par l'Etat au moment de la victoire du Cartel des Gauches. Il commémore aussi Jean Moulin, dont les cendres ont été accueillies au Panthéon par le fameux discours d'André Malraux en 1964 (voir ce document). Enfin, et surtout, il met en lumière la figure de Victor Schoelcher, abolitionniste et républicain, dont le corps avait été transféré avec celui de Félix Eboué au Panthéon en 1949 [1] et que, depuis, la république avait un peu oublié. Du reste, tout au long de ses deux mandats, François Mitterrand accordera une place éminente au Panthéon, en usant de sa prérogative présidentielle de choisir qui peut y entrer, à sept reprises : René Cassin en 1987, Jean Monnet en 1988, Nicolas de Condorcet, Gaspard Monge et l'abbé Grégoire en 1989 à l'occasion du bicentenaire de la Révolution, enfin Pierre Curie et Marie Curie en 1995... Soit bien plus que tous les autres présidents de la Ve République.

A leur tour, les successeurs de François Mitterrand ont souhaité apposer leur marque sur cette journée particulière que constitue l'investiture. Mais cette fois-ci ce n'était plus au Panthéon : en 1995, Jacques Chirac se rendait à Colombey-les-deux-Eglises pour un hommage au Général de Gaulle, en 2007 Nicolas Sarkozy au Bois de Boulogne pour un hommage à des jeunes résistants fusillés en août 1944 et en 2012, François Hollande dans le Jardin des Tuileries pour un hommage à Jules Ferry puis à Marie Curie (à l'Institut Curie), en une volonté affirmée de ne pas oublier les femmes qui ont fait l'Histoire.

[1] Voir sur Ina.fr le document "Transfert des cendres de Félix Eboué et de Victor Schoelcher au Panthéon".

Isabelle Chalier

Éclairage média

Le reportage, diffusé la veille de l'investiture de François Mitterrand (voir le reportage sur cette journée), démarre sur l'air de L'Hymne à la joie de Beethoven au violoncelle, qui sera interprété le 21 mai devant le Panthéon par l'Orchestre et les Chœurs de Paris dirigés par Daniel Barenboïm. Le déroulé précis de la journée est à l'évidence connu des journalistes. Le reportage s'ouvre ainsi sur une vue de la rue Soufflot, du nom de l'architecte du Panthéon, au cœur du Paris étudiant, à quelques pas de la Sorbonne et où est annoncée pour le lendemain la venue à pied de François Mitterrand. Le journaliste reprend ensuite, avec une certaine grandiloquence, des éléments de langage communs à la fois aux discours de Jaurès et de Mitterrand, « la jeunesse vivante » et « les forces de l'espoir ».

Il dresse ensuite un rapide historique de l'édifice, en insistant sur le caractère ancien et fondateur du lieu. Il rappelle que Clovis, premier roi franc et chrétien, y aurait fait le vœu de construire une basilique dédiée à sainte Geneviève, patronne de la ville de Paris. Il insiste sur le rôle de la monarchie absolue et de Louis XV, qui, se relevant d'une maladie éprouvante, avait promis de reconstruire l'édifice ruiné. Il vient ainsi rappeler la relation étroite et ambiguë qu'entretiennent d'un côté Ancien Régime et République, et de l'autre cérémonies religieuses et rituels républicains. Il faut à ce sujet rappeler l'événement fondateur que furent les grandioses funérailles nationales et le transfert au Panthéon de Victor Hugo en 1885. En effet, c'est avec cet événement de communion républicaine - quelques années avant les déchirements de l'Affaire Dreyfus - que la IIIe République, l'archive le souligne, a rendu définitivement le monument à la nation et à la République.

Isabelle Chalier

Transcription

(Musique)
Journaliste
C’est par la rue Soufflot que le Président de la République se rendra au Panthéon. Une rue du Paris étudiant que François Mitterrand empruntera à pied ; pour rallier symboliquement dans son hommage la jeunesse vivante, les forces de l’espoir aux souvenirs des grands hommes de la liberté qui habitent ce lieu, témoins de l’histoire de la France depuis quinze siècles. Un premier vœu, celui de Clovis au début du VIe siècle aboutit à la construction sur cet emplacement d’une basilique Sainte-Geneviève, patronne de la ville de Paris. Cet édifice connaîtra des fortunes diverses et tombera en ruine au début du XVIIIe siècle. Louis XV, alors gravement malade, se mit sous la protection de Sainte Geneviève et fit le vœu de reconstruire l’église abbatiale. A l’instigation de la Pompadour, il confia cette œuvre à l’architecte Jacques-Germain Soufflot. Celui-ci réussit à harmoniser trois influences diverses, l’Antiquité, le Gothique, et la Renaissance Italienne.
(Musique)
Journaliste
Pour l’anecdote, ce sont les bénéfices de la Loterie Nationale de l’époque qui permirent la construction de ce monument qui ne s’appellera le Panthéon que sous la Convention nationale qui décréta le 4 avril 1791 qu’il deviendrait le temple laïc et perdrait ses fonctions religieuses.
(Musique)
Journaliste
Voltaire, philosophe dénonciateur du fanatisme et de l’intolérance, fut le premier à y entrer. Son cortège suivit le Chemin de la Liberté, de la Bastille au Panthéon, en passant par la Concorde. Ce n’est qu’en 1885, à l’occasion des funérailles de Victor Hugo, que la Troisième République en fit ce que nous connaissons de nos jours, un Panthéon au culte uniquement patriotique.
(Musique)
Journaliste
Des hommes comme Zola y avaient tout naturellement leur place et Jaurès y entra entre deux haies de mineurs de Carmaux dont il était le député. En s’inclinant devant le tombeau de Jaurès, le Président Mitterrand rendra hommage au père français du socialisme ; et peut-être aura-t-il en mémoire ces quelques mots de l’humaniste qu’il fut : "Ce n’est pas seulement par la force des choses que s’accomplira la révolution sociale, c’est par la force des hommes, par l’énergie des consciences et des volontés". François Mitterrand se recueillera également devant le tombeau de Jean Moulin qui fut le dernier grand homme accueilli au Panthéon en 1964. André Malraux, souvenez-vous, prononça à cette occasion l’un de ses plus illustres discours.
André Malraux
Entre ici Jean Moulin, avec ton terrible cortège ! Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé comme toi, et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé. Ecoute aujourd’hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le chant du malheur. C’est la marche funèbre des cendres que voici à côté de celles de Carnot avec les soldats de l’an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu’elles reposent avec leur long cortège d’ombres défigurées.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque