Boris Taslitzky, résistant et peintre de la déportation

01 novembre 1995
02m 11s
Réf. 06402

Notice

Résumé :

Évocation de Boris Taslitzky, sa déportation et son œuvre.

Date de diffusion :
01 novembre 1995
Source :
FR3 (Collection: SOIR 3 )
Personnalité(s) :

Contexte historique

Boris Taslitzky (1911-2005) est né de parents russes émigrés après l'échec de la Révolution de 1905. Son père, ingénieur, meurt durant la Première Guerre mondiale ; le jeune Boris est donc pupille de la nation. Il commence à peindre à l'âge de quinze ans et fréquente les académies de Montparnasse puis entre en 1928 à l'École des Beaux-Arts de Paris. En 1935 il adhère au Parti communiste français.

Mobilisé à Meaux, Boris Taslitzky est fait prisonnier en juin 1940, s'évade en août et s'engage dans la Résistance au sein du Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France (groupe de la Résistance intérieure créé par le Parti communiste français). Arrêté en novembre 1941, condamné à deux ans de prison, il est transféré dans les prisons de Riom et Mauzac (Auvergne), puis au centre de Saint-Sulpice-la-Pointe (camp d'internement français, dans le Tarn), et le 31 juillet 1944 déporté en Allemagne, à Buchenwald. Il a réalisé environ deux cents dessins qui témoignent de sa captivité dans les camps. « Si je vais en enfer, j'y ferai des croquis. D'ailleurs, j'ai l'expérience, j'y suis déjà allé et j'y ai dessiné !... », dira plus tard Taslitzky. Sa mère meurt à Auschwitz.

Après-guerre, Aragon fait en 1946 éditer une centaine de ses dessins de Buchenwald. Boris Taslitzky expose en 1946 ses œuvres inspirées par la Résistance et la déportation. De 1971 à 1980, Boris Taslitzky enseigne le dessin à l'École nationale supérieure des arts décoratifs. Il reçoit en 1997 les insignes de chevalier de la légion d'honneur au titre de la Résistance et de la déportation. Son parcours est fortement marqué par les grands bouleversements de l'histoire du XXe siècle. À la fois témoin et acteur de cette histoire, il a montré par ses engagements artistiques et politiques une conscience particulière de sa responsabilité d'homme et d'artiste.

Anne Doustaly

Éclairage média

Le reportage diffusé dans le journal du soir de France 3 a été réalisé à l'occasion d'une exposition du musée des Beaux-Arts de Reims, consacrée en 1995 aux dessins et peintures réalisés dans les camps de concentration par différents artistes. Parmi eux, Boris Taslitzky : le peintre explique dans l'interview que dessiner et peindre était un combat. Les matériaux étaient récupérés ou volés, par l'artiste ou ses camarades, au péril de leur vie. Il voit a posteriori ses dessins comme une forme de lutte pour survivre, éviter le danger d'une fuite hors de la réalité. Dessiner, ou peindre, c'était pour lui voir en face le réel et l'affronter. D'après Taslitzky, ils étaient douze artistes à Buchenwald, de diverses nationalités. Les œuvres exposées montrent les lieux, les personnages et les scènes de la vie au camp : barbelés, baraques, chambres, charniers, geôliers, soldats, chiens, appel, cohortes en marche, pendaisons, corps décharnés. Les œuvres sont surtout des dessins en noir et blanc, et quelques peintures en couleurs (aquarelles).

Documentation

-Œuvre de Taslitzky au Musée national d'art moderne (Centre Georges Pompidou), Paris : Le petit camp à Buchenwald, 300 x 500 cm (1945) ; nombreux dessins conservés au Cabinet d'art graphique de ce musée.

-Site officiel de Boris Taslitzky

Anne Doustaly

Transcription

Présentateur
Il y a cinquante ans, les alliés libéraient les camps de concentration en Allemagne. Aujourd’hui, le musée des Beaux-Arts de Reims expose ce qui fut, pour certains déportés, la seule façon de survivre et de garder espoir, la peinture et le dessin. Parmi ces artistes, Boris Taslitzky, rencontré par Nicole Bappel et Jean-Bernard Heyer.
(Musique)
(Bruit)
Boris Taslitzky
Dans les circonstances où nous avons vécu, il n’y avait rien de plus dangereux et de plus mortel que de vouloir s’évader de la réalité. La lutte pour la survie, et bien, le dessin en fait partie. A l’exposition de Reims, il y a des œuvres de tous les camps. A Buchenwald, nous étions une douzaine d’artistes de différentes nationalités.
(Musique)
Boris Taslitzky
Ça fait cinquante ans qu’on me pose la même question : Ah, vous aviez donc du papier ! C’était une question à double tranchant. Vous n’étiez pas si malheureux que ça puisque vous pouviez dessiner.
(Musique)
Boris Taslitzky
Nous nous sommes tous entraidés. L’un d’eux travaillait dans le bureau de dessin SS et un jour, il m’a apporté quatre feuilles de papier Ingres. Il venait de risquer sa vie.
(Musique)
Boris Taslitzky
Jamais nous n’avons laissé un des nôtres se laisser aller. Nous l’avons immédiatement entouré, aidé, réconforté avec les moyens du bord, hein ! Ça ne peut être que des mots, ça peut être aussi une poésie.
(Musique)
Boris Taslitzky
Vous savez, tout se passe en même temps dans la vie. Il y un coin où on massacre et il y a un coin où il y a deux amoureux.
(Musique)

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque