Jean Daligault, prêtre, peintre et résistant

13 mars 2002
02m 52s
Réf. 06406

Contexte historique

Né en 1899 à Caen, Jean Daligault est prêtre dans un village normand, atypique, déjà artiste peintre et sculpteur lorsque la guerre éclate. En 1940, avec des amis, il rejoint l'Armée volontaire, un des premiers réseaux de résistance. Il est arrêté en août 1941, déporté à Dachau, puis dans le camp d'internement allemand de Trèves, sous la classification de Nacht und Nebel (Nuit et Brouillard, ou NN), c'est-à-dire personne représentant « un danger pour la sécurité de l'armée allemande » (saboteurs, résistants, opposants ou réfractaires à la politique ou aux méthodes du Troisième Reich, à faire disparaître en secret, sans donner aucune information sur leur sort), comme les autres déportés de son réseau. Il y réalise la part majeure de son œuvre en utilisant tous les supports à sa disposition : planches de lit, lambeaux de papiers journaux... Il emploie comme couleurs des fragments de plâtre, de rouille, de moisissures, ou autres matériaux grattés sur les murs de sa cellule, peignant ses geôliers, des scènes de captivité et sa déchéance physique par des autoportraits. Renvoyé à Dachau en 1945, il est abattu d'une balle dans la nuque à la veille de la libération du camp. Son œuvre a échappé au bombardement allié et fut retrouvée dans la maison de l'aumônier de la prison. Une salle lui est consacrée au Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon, dans l'enceinte de la citadelle de Besançon. D'autres pièces sont exposées au Mémorial de Caen.

Anne Doustaly

Éclairage média

Ce reportage, diffusé au journal du soir de France 3 Normandie, présente le livre que Christian Dorrière, professeur de Lettres, poète et éditeur a consacré à Jean Daligault après quinze ans de recherches. Plus de cinquante ans après la fin de la guerre, l'abbé Daligault et son œuvre sortent de l'oubli grâce à cet ouvrage, L'Abbé Jean Daligault : un peintre dans les camps de la mort (Le Cerf, 2001). Dans les années d'après-guerre, ce parcours de résistant normand avait été occulté car la réception de son œuvre pouvait susciter des inquiétudes : le prisonnier avait-il reçu un traitement de faveur pour ainsi peindre et exprimer son art ? Son œuvre ne risquait-elle pas de relativiser l'horreur des camps de concentration ? L'auteur du livre montre comment l'artiste a, non seulement créé les conditions matérielles de son travail, par la récupération des matériaux nécessaires, mais aussi comment il a même obtenu le concours de ses geôliers, fournisseurs des instruments de leur propres portraits. Le témoignage d'Yvonne Guégan, fille du pharmacien du village où il vivait, et artiste elle-même, montre un artiste soucieux de progresser dans son art et de bousculer son classicisme. La captivité et les épreuves, les modifications de son propre visage, ont fait évoluer l'artiste vers des formes moins académiques et plus de liberté.

Anne Doustaly

Transcription

Présentateur
Depuis plus de quinze ans, Christian Dorrière a mené une enquête sur une figure de la résistance du Calvados, qui était aussi un artiste, l’abbé Jean Daligault, mort au camp de concentration de Dachau. L’auteur estime qu’on a trop longtemps occulté l’histoire de ce peintre et sculpteur, qui a réussi à poursuivre une oeuvre en déportation. L’ouvrage publié aux Editions du Cerf est une synthèse de ses recherches.
Journaliste
L’abbé Jean Daligault, vicaire à Villerville a été arrêté par l’occupant en 1941. Comme dans d’autres paroisses, à Vire, puis à Olendon, il laissait ici le souvenir d’un prêtre totalement atypique ; passionné par les questions sociales autant que par son sacerdoce et les activités artistiques. Mais pratiquement rien n’avait filtré de son engagement dans la Résistance. Interné, déporté, il est visé par la directive Nuit et Brouillard, c’est-à-dire «à faire disparaître sans laisser de trace». Il sera abattu en avril 1945, juste avant la libération des camps. En captivité, il a produit une oeuvre étonnante. Et d’abord, il a réinventé les moyens matériels. Sur des lambeaux de papier journal, il a peint et dessiné en prélevant dans sa cellule des poussières de rouille, des fragments de plâtre ou des moisissures, des débris de bois ou de paille. Il réalise entre autres des autoportraits un peu désespérés où il montre sa propre déchéance physique. Confié à l’aumônier ou à d’autres prisonniers, ses oeuvres échappent à la destruction. Quant à ses geôliers, ils avaient préféré laisser faire.
Intervenant
Ils auraient dû, en vertu de l’article 11 des camps et prisons nazis, le lui interdire ; mais comme ils ont découvert le talent de leur prisonnier, ils l’ont mis dans une situation d’artiste esclave qui était obligé d’obtempérer. Et alors, c’est ça le miracle, c’est que ce sont ses gardiens qui vont lui fournir des matériaux pour se faire portraiturer.
Journaliste
Après la guerre, le cas Daligault est encore gênant à cause du qu’en dira-t-on. En parlant de son travail d’artiste, on craignait de relativiser l’horreur des camps ; ou bien de laisser penser que ce prêtre avait pu bénéficier d’un traitement de faveur. Ces frilosités ont valu à l’oeuvre 50 ans de purgatoire après l’enfer vécu par l’artiste. Dans l’épreuve, il avait trouvé la liberté de ton qu’il cherchait depuis longtemps. Auparavant, il se trouvait trop académique, il s’en était ouvert à la fille de son ami Guégan, le pharmacien. Elle avait suivi les Beaux-Arts à Paris, elle pouvait comprendre son souci.
Yvonne Guégan
On discutait aussi bien des différentes techniques depuis l’impressionnisme, le cubisme, l’art classique. Et dans ses toiles, il essayait de démontrer de quelle manière, au point de vue pictural, il fallait prouver cette vision nouvelle.
Journaliste
Destinataire d’une partie des oeuvres de Jean Daligault, Yvonne Guégan en a fait don au Musée de la Résistance à Besançon. D’autres pièces se trouvent au Mémorial de Caen.

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