La réforme des hôpitaux de Paris

03 avril 2010
02m 50s
Réf. 06503

Notice

Résumé :
En 2010, l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris met en place un plan de réforme des centres hospitaliers parisiens. À l’hôpital Trousseau, les personnels de santé interrogés se montrent très réservés. À l’hôpital Cochin où la nouvelle organisation est déjà en place, la réforme est favorablement accueillie.
Date de diffusion :
03 avril 2010
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Les hôpitaux français connaissent à partir des années 1990 un déficit budgétaire qui ne cesse de s’aggraver malgré différentes réformes. Leur déficit cumulé atteint ainsi huit cents millions d’euros en 2009. Les hôpitaux parisiens et franciliens sont plus particulièrement touchés : leur déficit culmine à 96 millions d’euros. C’est pour réduire ce déficit et parvenir à l’équilibre budgétaire qu’en janvier 2010 l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) met en place un plan de restructuration. Cet établissement public de santé qui remplit la fonction de centre hospitalier universitaire (CHU) pour Paris et l’Île-de-France compte alors trente-sept hôpitaux avec un personnel composé de près de 92 000 personnes dont 20 660 médecins.

Le plan de l’AP-HP prévoit le passage de 37 hôpitaux à 12 groupes hospitaliers. Il s’agit de mutualiser les moyens. L’objectif est d’économiser entre 90 et 100 millions d’euros chaque année, sur un budget de 6 milliards. Cela passe notamment par la diminution des hospitalisations longues au bénéfice d’une prise en charge à la journée mais aussi par fermeture de certains services et le rapprochement d’autres.

Ce plan suscite toutefois une vague de contestations et d’inquiétudes de la part des personnels de santé, y compris des médecins. Ils s’opposent aux suppressions d’emplois provoquées par la baisse du nombre de lits : entre 3 000 et 4 000 emplois doivent être supprimés dans les hôpitaux de l’AP-HP d’ici à 2012, dont la moitié pour le personnel soignant et les praticiens hospitaliers. Les personnels de santé redoutent en outre les pressions financières aboutissant à une dégradation des conditions de prise en charge des patients. Des syndicalistes vont jusqu’à manifester leur opposition à la réforme en séquestrant en mars 2010 des membres de la direction d’hôpitaux, tels que la directrice de l’hôpital Charles-Foix à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) ou son homologue de Joffre-Dupuytren à Draveil (Essonne).

Malgré cette contestation importante, le plan de restructuration entre en vigueur. 39 hôpitaux sont regroupés en 12 groupes hospitaliers. Le nombre de lits est réduit de 22 474 en 2009 à 20 704 en 2014. Cela permet de diminuer le déficit de l’AP-HP : il n’est plus que 10 millions d’euros en 2014, sur un budget de 7 milliards d’euros.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le 3 avril 2010 dans le journal télévisé de vingt heures de France 2, ce sujet est consacré à la réforme des hôpitaux parisiens. Un plan de restructuration a en effet été lancé en janvier 2010 par l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), suscitant l’opposition d’une majorité de personnels de santé. C’est précisément aux réactions de ces derniers face à la réforme de l’AP-HP que s’intéresse le reportage de France 2 alors que la contestation dure depuis plusieurs semaines.

Il a été tourné dans deux établissements hospitaliers parisiens, les hôpitaux Trousseau et Cochin, auxquels sont consacrées deux séquences distinctes. Le choix de ces deux établissements ne doit rien au hasard. Principalement tourné vers les soins pédiatriques, le premier, à l’instar de la plupart des autres hôpitaux franciliens, est directement concerné par le plan de restructuration et va être touché par des regroupements de services. Le second a quant à lui déjà expérimenté la nouvelle organisation.

Le reportage propose des images factuelles et d’illustration filmées au sein des deux centres hospitaliers. La plupart de ces plans donnent à voir les personnels de santé soignant des patients : une infirmière auprès d’un enfant malade, une autre injectant un produit dans une seringue, des chirurgiens procédant à une opération de la cataracte, des infirmières annotant un dossier dans la chambre d’un patient, un médecin en entretien avec une patiente ou un médecin ophtalmologiste auscultant l’œil d’un patient. Les deux séquences tournées dans les hôpitaux Trousseau et Cochin sont par ailleurs séparées par une infographie qui présente une carte sur le futur regroupement des hôpitaux de l’AP-HP.

Mais c’est aux interviews que le reportage accorde le plus de place. L’objectif premier de l’équipe de France 2 est en effet de laisser la parole aux personnels de santé. Le sujet confronte ainsi des avis différents sur le plan de restructuration de l’AP-HP. À Trousseau, une infirmière et un médecin expriment leurs inquiétudes : ils déplorent le manque de moyens et d’effectifs qui nuisent aux conditions de soins des patients. À l’inverse, à Cochin, le médecin interrogé se montre favorable à la réforme au regard de son expérience.
Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
Autre conflit, au sein cette fois de l’Assistance publique et des hôpitaux de Paris, qui est toujours endettée à hauteur de plus d’un milliard d’euros. C’est pourquoi un plan de réorganisation a été lancé afin d’assainir les dépenses. Seulement, cette réforme conduit à un regroupement des services qui, selon les syndicats, met en danger l’emploi et les soins, les soins pardon. Coup de projecteur sur ce bras de fer qui est engagé depuis plusieurs semaines avec Juliette Guérin et Antoine Husser.
Journaliste
L’hôpital Trousseau au coeur de la tourmente. Ici, on soigne des enfants gravement malades,
Stéphanie Buchon
Salut ma Louloute,
Journaliste
Et les infirmières sont déjà surchargées de travail.
Stéphanie Buchon
Ça va ma beauté ? Tu es coquine, hein, tu sais ? Ici, au deuxième étage, on a une possibilité de faire 13 malades et parfois, on n’est que deux ou trois. Donc, quand on a des enfants qui sont très lourds, on n’a pas la possibilité de faire les soins infirmiers dans toute leur splendeur.
Journaliste
Pourtant, l’assistance publique prévoit de déménager ces services de pointe. Il n’y aura plus à Paris que deux hôpitaux pédiatriques spécialisés au lieu de trois.
Judith Landman-Parker
A l’heure actuelle, nous appelons les familles la veille pour des chimiothérapies en leur disant «ces chimiothérapies seront décalées». Donc, il ne s’agit pas de dire vous allez être mieux, ce sera plus simple, des transports plus faciles ; il s’agit de faire tenir ce qui tient déjà avec une certaine difficulté dans moins. Il n’y aura pas, on ne va pas rebâtir un troisième Trousseau.
Journaliste
Car le projet de l’Assistance publique, le voici. Réunir 37 hôpitaux autour de 12 groupes hospitaliers pour mutualiser les moyens humains et techniques. L’objectif, bien sûr, dépenser moins. Une mission périlleuse qui peut, à condition d’investir, offrir de bons résultats.
Antoine Brezin
Regardez tout droit la lumière, voilà, et puis ne bougez plus du tout.
Journaliste
C’est apparemment le cas à l’hôpital Cochin. Ici, les problèmes de cataracte sont désormais traités en quelques heures. Alors qu’auparavant, les patients étaient obligés d’être hospitalisés. Le docteur Brezin, qui opère trois fois plus qu’avant, n’y voit que des avantages.
Antoine Brezin
Il y a un effet de volume en fait quand…, on fait bien ce qu’on fait beaucoup. Donc, quand on fait beaucoup un acte chirurgical, on finit par le faire avec une certaine excellence, avec une certaine habitude.
Journaliste
Avec d’autant plus d’excellence que le matériel et les locaux sont flambant neufs. La nouvelle organisation a même permis d’économiser 16 emplois.
Antoine Brezin
On libère des infirmières qui, autrefois, étaient forcées de rester la nuit pour surveiller des patients. Donc, ces infirmières sont chez elles ou…, donc la nuit, ou bien déployées dans d’autres services où il y a réellement besoin d’infirmières pendant la nuit.
Journaliste
Pour faire de ce service un si bon élève, l’Assistance publique a déboursé près de 7 millions d’euros. Sa réforme ne prévoit, pour le moment, aucun nouvel investissement.