Historique des retraites en France

26 mai 2010
02m 29s
Réf. 06504

Notice

Résumé :
Le système de retraite français est mis en place en 1945 avec la création de la Sécurité sociale. Mais les pensions demeurent pendant longtemps faibles. En 1983, l’âge de la retraite passe à 60 ans. Différentes réformes sont ensuite adoptées en raison du déséquilibre croissant du système : la durée de cotisation est augmentée en 1993 par Édouard Balladur puis en 2003 par François Fillon.
Date de diffusion :
26 mai 2010
Source :

Contexte historique

Le système de retraite français est mis en place à la Libération. Les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 qui instituent la Sécurité sociale créent une assurance vieillesse à laquelle tous les salariés sont obligatoirement assujettis. Ce système des retraite est fondé sur le régime par répartition : les pensions de retraite sont payées directement par les cotisations des actifs, qui se constituent eux-mêmes par leurs cotisations des droits futurs à la retraite.

Cependant, jusqu’au début des années 1960, le montant des retraites demeure faible (voir le documentOnze mille francs par mois) : la durée de cotisation n’est pas suffisante pour percevoir une pension de retraite décente. Des mesures sont alors prises dans les années 1970 afin d’améliorer leur montant. La durée de cotisation est notamment allongée et les dix meilleures années de salaire sont désormais prises en compte au lieu des dix dernières précédemment.

À la suite de l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République en 1981, le gouvernement de Pierre Mauroy abaisse l’âge légal de départ à la retraite de 65 à 60 ans (voir les documents Adoption de la retraite à soixante ans par le gouvernement Mauroy etNicole Questiaux : la retraite à 60 ans) : une ordonnance du 26 mars 1982 fixe la retraite à 60 ans à partir du 1er avril 1983 moyennant 37,5 ans de cotisations. Puis le 4 février 1983 les partenaires sociaux signent un accord qui place les retraites complémentaires au même niveau que le régime général. Cette réforme très symbolique, revendiquée par la gauche de longue date, représente un tournant majeur. Elle provoque un allongement de la durée des retraites. La catégorie des « retraités » occupe désormais une place importante au sein de la société française. L’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans pèse également sur la Sécurité sociale : il faut financer les années de retraite supplémentaires.

La réforme des retraites devient dès lors une question centrale qui préoccupe tous les gouvernements. En 1991, le Premier ministre Michel Rocard tire le signal d’alarme dans le Livre blanc sur les retraites. Le déficit de l’assurance vieillesse ne cesse en effet de se creuser en raison d’un déséquilibre croissant entre cotisants et retraités. D’une part, le nombre des premiers diminue fortement en raison de la hausse du chômage. D’autre part, celui des retraités augmente considérablement en raison de l’allongement continu de l’espérance de vie. Celle-ci était de 79 ans pour les hommes et de 85 ans pour les femmes en 2015 contre respectivement 61,2 ans et 66,7 ans en 1946. Près d’un quart de la population française est désormais âgé de plus de 60 ans.

Plusieurs réformes des retraites successives sont ainsi adoptées. En 1993, la réforme Balladur augmente la durée de cotisation nécessaire à l’obtention d’une retraite à taux plein de 37,5 ans à 40 ans (voir le document Réforme des retraites de 1993 : durcissement des paramètres de calcul). Puis en 2003 la réforme Fillon la fait passer à 41 ans et aligne la durée de cotisation des fonctionnaires sur celle des salariés du secteur privé (voir les documents sur La réforme des retraites en 2003 et surL'adoption de la réforme des retraites à l'Assemblée ou “Loi Fillon”). En 2007, les régimes de spéciaux de retraite dont bénéficient les agent de grandes entreprises publiques (SNCF, RATP ou EDF) sont eux aussi réformés : la durée de leur cotisation est alignée sur celle des salariés du privé. Malgré ces différentes réformes, les régimes de retraites français demeurent déficitaires.

Une nouvelle réforme est alors conduite en 2010 par Éric Woerth : elle prévoit le relèvement progressif de l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans d’ici à 2018 et reporte le départ en retraite à taux plein de 65 à 67 ans (voir le  document sur La réforme de 2010 d'Eric Woerth). Comme en 2003 et 2007, cette réforme suscite l’opposition des syndicats qui organisent grèves et manifestations (voir le document Les Manifestations contre la réforme des retraites présentée par le gouvernement Fillon). Entre 1,23 million de personnes selon la police et 3,5 millions selon les syndicats manifestent le 12 octobre 2010 contre la fin de la retraite à 60 ans, perçue comme un recul social. Cette mobilisation massive n’empêche toutefois pas l’entrée en vigueur de la réforme Woerth.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet est consacré à l’histoire des retraites en France depuis la Libération. Il a été diffusé dans le 12/13, le journal télévisé de la mi-journée de France 3, le 26 mai 2010, pour tenir compte de l’actualité : le lendemain une troisième journée de manifestation nationale est organisée par les syndicats contre la réforme des retraites présentée par le gouvernement de François Fillon. Comme l’indique le présentateur du 12/13, cette réforme prévoit « la fin de la retraite à 60 ans », l’âge légal de départ à la retraite étant relevé progressivement à 62 ans.

La rédaction de France 3 a saisi l’occasion de cette réforme et de sa contestation pour proposer un sujet général sur l’histoire des retraites en France. Le présentateur le lance du reste par ces mots : « Les Français et les retraites, c’est une longue histoire ». Ce sujet prend ainsi la forme d’une rétrospective des principales étapes de l’histoire des retraites en France depuis 1945. Il ne suit toutefois pas exactement la chronologie. Il ne s’ouvre pas sur la création du système de retraites à la Libération mais sur l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans en 1983 adopté sous la présidence de François Mitterrand. Cette mesure est placée en ouverture du sujet car la réforme du gouvernement Fillon présentée en 2010 prévoit précisément de relever l’âge de la retraite de 60 à 62 ans. Ce n’est ainsi qu’après cette introduction que le sujet prend la forme d’une rétrospective chronologique de 1945 à 2003.

Il se compose uniquement d’images d’archives commentées. Elles mettent en avant plusieurs hommes politiques pour leur rôle décisif dans l’évolution du système de retraites : François Mitterrand (filmé en 1983 alors qu’il était président de la République), Robert Boulin (filmé en 1971 quand il était ministre de la Santé publique et de la Sécurité sociale), Michel Rocard (filmé en 1991 quand il était Premier ministre), Édouard Balladur (filmé en 1993 quand il était Premier ministre) et François Fillon (filmé en 2003 quand il était ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité). Le sujet s’intéresse également aux retraités anonymes. Plusieurs images d’illustration en montrent à différentes époques, vivant dans la pauvreté avant la Libération, manifestant dans les années 1960 ou profitant de loisirs dans les années 1980. Le sujet donne aussi à en entendre par le biais d’interviews recueillies en 1962 et 1983.

Il montre également que l’histoire des retraites en France depuis 1945 est tout sauf comme un long fleuve tranquille. Le sujet présente ainsi deux séquences de manifestations : en 1962 contre la faiblesse des pensions de retraite et en 2003 contre la réforme prévoyant l’allongement de la durée de cotisation à 41 ans. Il insiste aussi sur la récurrence des réformes, qu’il s’agisse d’augmenter les pensions ou la durée de cotisation.
Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
Oui, Catherine Demongeot, alors effectivement, avec la fin de la retraite à 60 ans, c’est un symbole des années Mitterrand qui disparaît. Elle avait été instaurée, vous vous en souvenez, à l’arrivée de la Gauche au pouvoir, en 1981. Depuis, plusieurs réformes ont été engagées mais sans toucher, jusqu’à aujourd’hui, à l’âge légal de départ. Les Français et les retraites, c’est une longue histoire, sur laquelle revient maintenant Elisabeth Bonnet.
Journaliste
La retraite à 60 ans, la CGT la réclamait depuis des lustres, Mitterrand l’a faite après son arrivée au pouvoir, en 1983. A l’époque, on travaillait encore jusqu’à 65 ans.
Inconnu 1
60 ans, c’est un bel âge pour laisser la place aux jeunes.
Inconnu 2
A 60 ans, on est encore bien, après, ça décline.
Journaliste
Que de progrès depuis le milieu du siècle. A l’époque, être retraité pouvait ressembler à cela.
Commentateur
Pauvre vieux, vanné par une vie de travail, où trouveras-tu le repos des derniers jours ?
Journaliste
1945, la France fête la Libération, la Sécurité sociale naît et avec elle, une assurance vieillesse obligatoire pour tous. Le système est celui de la répartition : les actifs cotisent pour les retraités en place. Mais ces retraites ne permettent pas une vie décente.
Journaliste 2
Et vous arrivez à vivre ?
Inconnu 3
Ouais, vous parlez si j’arrive à vivre, on arrive à vivre comme on peut, vous pensez bien. On ne mange pas de la viande tous les jours !
Inconnue
Ecoutez, moi, je ne peux pas dire ce qui me manque le plus, parce que c’est tout qui vous manque.
Journaliste
A la fin des années 60, il est urgent d’augmenter les pensions.
Robert Boulin
Il faut poursuivre ces efforts, et tout cela coûte cher. Nous allons le prendre sur les gains, sur la substance des travailleurs.
Journaliste
Progressivement, les pensions sont réévaluées. Puis, viennent les retraites complémentaires, en 72. On peut alors être retraité et toucher 70% de son salaire. Commence alors l’âge d’or pour le troisième âge.
(Musique)
Inconnue 2
On s’amuse bien, on ne s’ennuie surtout pas.
Journaliste
Mais le système s’essouffle. En 1991, Michel Rocard tire la sonnette d’alarme. Il y a de moins en moins de cotisants pour de plus en plus de retraités. Alors, comment sauver notre système ? En 93, le gouvernement Balladur allonge la durée de cotisation de 37,5 ans à 40 ans. En 2003, François Fillon va plus loin, ce sera 41 ans. Dans la rue, des milliers de manifestants crient leur colère, les mesures Fillon s’annoncent pourtant déjà comme le prélude à d’autres réformes inévitables.

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