La vente d’églises en France

29 mai 2014
04m 38s
Réf. 06606

Notice

Résumé :

La maire de Buironfosse (Aisne) fait visiter un presbytère à un acquéreur potentiel : elle souhaite le vendre afin de financer les travaux de restauration de la toiture de l’église du village. À Becquincourt (Somme), un particulier a racheté l’église et la rénove. Certaines communes revendent en effet des églises qui ne sont plus utilisées pour le culte.

Date de diffusion :
29 mai 2014
Source :
A2 (Collection: 13 heures )

Contexte historique

La France compte quelque 45 000 églises catholiques. 40 000, construites avant la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905, sont la propriété des communes. Les églises ont en effet été affectées aux communes et les cathédrales à l’État par la loi du 2 janvier 1907 concernant l’exercice public des cultes. Cette loi a été adoptée pour résoudre le problème de propriété des édifices catholiques à la suite du refus du pape Pie X d’accepter la formation des associations cultuelles prévues par loi de 1905. Son article 5 stipule que tous les édifices catholiques deviennent propriété publique mais qu’ils sont « laissés à la disposition des fidèles et des ministres du culte pour la pratique de leur religion. » La Ville de Paris est par exemple propriétaire de 85 églises auxquelles s’ajoutent 9 temples et 2 synagogues. Quant aux édifices cultuels construits après 1905, ils sont la propriété des associations cultuelles ou diocésaines qui les ont construits. 

Cependant, les communes éprouvent des difficultés croissantes pour payer l’entretien et les travaux de restauration des églises dont elles ont la charge. En outre, en raison de la baisse de la pratique religieuse catholique, des lieux de culte ne sont plus utilisés. Le pourcentage des messalisants, c’est-à-dire ceux qui assistent à la messe dominicale, est en effet passé de 27 % en 1952 à 4,5 % en 2006 selon une enquête conduite par l’IFOP pour La Croix en 2006 (citée par Olivier Wieviorka (dir), La France en chiffres de 1870 à nos jours, Paris, Perrin, 2015, p. 232).

Certaines communes souhaitent donc vendre leur église. Néanmoins, les conditions pour désaffecter un lieu de culte, prévues par l’article 13 de la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905, sont strictes. Il faut notamment que le culte n’y ait pas été célébré pendant plus de six mois consécutifs, que la conservation de l’édifice religieux soit « compromise par insuffisance d’entretien » ou que cet édifice soit détourné de sa destination. D’après l’Observatoire du patrimoine religieux en France 20 églises qui n’étaient plus utilisées sont vendues chaque année puis conservées ou transformées. À l’inverse, de nouvelles églises sortent de terre. Environ 2 500 ont été construites au cours du XXe siècle. Deux cathédrales ont même été inaugurées en banlieue parisienne, à Évry (Essonne) en 1996 et à Créteil (Val-de-Marne) en 2015.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage a été diffusé dans le journal télévisé de France 2 de 13 heures le 29 mai 2014, jour de l’Ascension, fête catholique célébrant l’élévation miraculeuse de Jésus-Christ dans le ciel. Cette fête est brièvement évoquée immédiatement avant la diffusion du sujet par quelques images d’une messe célébrée dans la cathédrale d’Antibes (Alpes-Maritimes). Pourtant ce n’est pas à la fête de l’Ascension qu’est consacré le reportage mais à la vente de certaines églises. Les fêtes religieuses constituent en effet souvent l’occasion pour les rédactions des chaînes de télévision de réaliser des sujets concernant certains aspects d’une religion. 

Tourné en Picardie, ce reportage se veut très concret : il vise à présenter les questions pratiques liées à l’entretien d’églises et à leur vente par le biais de deux exemples spécifiques. Ainsi, une première séquence, filmée dans le village de Buironfosse, dans l’Aisne, vise d’abord à évoquer les ventes d’édifices religieux. Mais elle permet également d’aborder les difficultés d’entretien des églises que rencontrent les communes. La maire de Buironfosse souhaite en effet vendre le presbytère pour pouvoir financer la rénovation de la toiture de l’église du village. Une deuxième séquence, tournée à Becquincourt, dans la Somme, présente quant à elle le cas d’une église déjà vendue à un particulier qui la rénove et prévoit sa transformation.

Les deux séquences se composent principalement d’images factuelles qui donnent à voir de manière très tangible une opération de vente d’un édifice cultuel puis une rénovation d’une église par un particulier qui l’a rachetée. Le reportage ne donne en revanche aucune information générale sur l’entretien des églises par les communes ou leur éventuelle désaffection. Ces explications ne sont fournies qu’après la diffusion du sujet, lors d’un plateau. La journaliste Florence Griffond commente ainsi des images infographiques qui livrent une série d’informations et de données sur la situation des églises en France. Elle s’appuie également sur des photographies d’églises pour évoquer soit leur destruction, soit leur réaffectation à une autre activité.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentatrice
Et justement, nous allons consacrer une grande page à nos églises. Un patrimoine de plus en plus difficile à entretenir, les diocèses manquent en effet d’argent pour assurer les travaux de toiture, d’électricité ou encore de chauffage. Ils sont parfois obligés de se séparer des édifices. Églises ou monastères trouvent alors une nouvelle voie. Emilie Refait et Thierry Breton.
Journaliste
A Buironfosse dans l’Aisne, le presbytère est à vendre. Mise à prix, 65 000 euros, et c’est Madame le maire qui fait la visite.
Marie-Anne Wattier
Donc, c’est une vieille demeure des années 1870 à peu près, murs et briques, briques et pierre je veux dire, authentique.
Journaliste
Fabien Mosin habite les environs, il cherche une maison de caractère pour faire un gîte.
Marie-Anne Wattier
Bon, vous voyez, la pièce est tout en bois, un mur de bois, enfin un mur enfin de chêne, à décaper. C’est authentique.
Fabien Mosin
Il y a longtemps que c’est vide ?
Marie-Anne Wattier
Ah ben, ça fait plus de 20 ans que le curé est mort. Donc, c’est inhabité depuis 20 ans.
Journaliste
La bâtisse est en très mauvais état. En un an, Marie-Anne Wattier a eu une vingtaine de visiteurs, mais à chaque fois, c’est le prix des travaux qui les a fait reculer.
Marie-Anne Wattier
Il y a beaucoup de choses à faire. Il faut compter, je dirais, à peu près 100 000 euros, au moins, une fois et demie.
Fabien Mosin
Une fois et demie le prix demandé.
Journaliste
Mais Madame le maire ne perd pas espoir. Si elle arrive un jour à vendre son presbytère 65 000 euros, cela lui remboursera exactement le prix des travaux du toit de l’église.
Marie-Anne Wattier
Les dégâts du toit, ben, toutes les peintures s’effritent tout en haut.
Journaliste
C’est l’humidité ?
Marie-Anne Wattier
C’est l’humidité, ben, de l’eau qui coule carrément hein. Carrément, de l’eau qui coule dans la chaire.
Journaliste
Les travaux de toiture, urgents, doivent commencer sous peu, l’essentiel pour que l’église ne s’effondre pas. En France, l’entretien de la majorité des églises est à la charge des communes. Un entretien qui coûte cher et qui n’est pas prioritaire sur le budget municipal. A Becquincourt dans la Somme, c’est un habitant qui a refait sonner les cloches d’une des deux églises de son village natal. Luc Parin a racheté l’édifice il y a 10 ans. La petite église était abandonnée depuis 40 ans et servait d’entrepôt à la mairie.
Luc Parin
Une fois que je suis monté dans le clocher et que j’ai vu les cloches, j’avais le cœur qui battait et je me suis dit que j’allais la rénover, j’allais la retaper.
Journaliste
Avec l’aide de ses parents, il rachète alors la petite église pour 50 000 euros. Une bâtisse qu’il rénove entièrement seul. Après la toiture et les gouttières, il s’attaque maintenant aux fenêtres.
Luc Parin
Ah, je suis en train de casser les parpaings qui avaient été mis il y a à peu près une dizaine d’années pour empêcher les gens de rentrer ou les pigeons. Donc là, je vais seulement mettre un plexiglas ou un polycarbonate provisoire.
Journaliste
Luc Parin passe aussi beaucoup de temps à dessiner les plans de l’intérieur de son église. Du restaurant au gîte, il a tout envisagé pour l’aménager et rêve aujourd’hui d’y habiter. Car si pour certains, l’église fait partie du passé, pour ce jeune fils d’agriculteur, elle incarne l’avenir.
Présentatrice
Et Florence Griffon nous a rejoints, bonjour Florence. On a vu dans ce reportage, les églises sont difficiles à vendre, du coup, certaines sont vraiment menacées de destruction.
Florence Griffon
Oui, tout à fait, la menace est réelle, la preuve avec cette photo de l'église de Mont-Saint-Martin en Lorraine. C’est une église qui a été détruite en février dernier. Alors en France, il y a 267 églises menacées sur à peu près 45 000 églises et chapelles. Le problème, on l’a vu dans le reportage, c’est le manque de moyens. Alors, qui doit payer ? Eh bien, pour les bâtiments qui sont construits avant 1905, ce sont les mairies. Pour les bâtiments construits après 1905, c’est l’institution religieuse. Alors parfois, il y a un petit miracle. Par exemple, à Arc-sur-Tille en Bourgogne, eh bien, les habitants, les paroissiens ainsi qu’une fondation pour le patrimoine se sont mobilisés. Ils ont récolté 375 000 euros, c’est une somme importante évidemment pas à la mesure d’une petite commune.
Présentatrice
A la portée de tout le monde. Quand elles trouvent preneur, est-ce que ces églises une fois vendues, que vont-elles devenir exactement ?
Florence Griffon
Alors, il y a beaucoup d’exemples. Par exemple, on pourrait citer dans le centre de Nantes, oui tout à fait, vous voyez, un hôtel luxueux très design. On peut aussi parler d’un bar à Angers, qui a remplacé une église du XVème siècle ; ou alors, à Wattignies dans le nord, eh bien, ce sont des logements sociaux qui ont remplacé l’église. On pourrait aussi citer une bibliothèque, des galeries d’art, ou alors l’atelier d’un charpentier, des conversions pas forcément très spirituelles ; mais qui ont au moins un mérite, préserver de la destruction des bâtiments qui font partie de notre patrimoine.
Présentatrice
Merci Florence pour vos explications.