L’histoire de la laïcité en France

29 janvier 2015
04m 09s
Réf. 06607

Notice

Résumé :

Rétrospective des grandes étapes de la laïcité en France depuis la loi de Jules Ferry laïcisant l’école en 1882 jusqu’à la loi interdisant le port des signes religieux à l’école en 2004, en passant par la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 initiée par Émile Combes, mais aussi par les polémiques sur l’entretien des églises par les communes ou le port du voile islamique à l’école.

Date de diffusion :
29 janvier 2015
Source :
A2 (Collection: 13 heures )

Contexte historique

La laïcité est un principe républicain fondamental. Elle a été affirmée dès la Révolution française, notamment dans l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 qui stipule que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par loi. » Mais c’est sous la IIIe République que la laïcité s’est réellement définie et enracinée. Elle s’est inscrite dès les années 1880 dans une lutte entre le nouvel État républicain et l’Église catholique. Aux yeux des républicains, la laïcité est en effet le moyen de soustraire les Français à la tutelle de l’Église. La laïcisation de l’école constitue donc pour eux un enjeu fondamental. La loi Ferry du 28 mars 1882 remplace ainsi l’instruction morale et religieuse par l’instruction morale et civique et donne congé un jour par semaine aux élèves pour « permettre aux parents de faire donner, s’ils le souhaitent, à leurs enfants l’instruction religieuse en dehors des édifices scolaires ». Puis la loi Goblet du 30 octobre 1886 laïcise l’ensemble du personnel de l’enseignement primaire.

La laïcité est ensuite institutionnalisée avec la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Églises et de l’État. Cette loi proclame en effet la neutralité de l’État à l’égard des différentes religions : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte (…) » (article 2). La laïcité ne se réduit toutefois pas à l’exigence de la neutralité de l’État. Elle se fonde aussi sur la liberté de conscience ainsi que sur celle de culte, affirmées dès l’article 1er de la loi du 9 décembre 1905 : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes (…). »Puis en 1946 la laïcité est érigée en principe constitutionnel : l’article 1er de la Constitution de la IVe République dispose que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » (voir La Laïcite, principe constitutionnel républicain). La Constitution du 4 octobre 1958 reprend cette disposition dans son article 1er et ajoute : « Elle [La République] assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »

L’application du principe de laïcité suscite cependant de plus en plus de tensions à la fin du XXe siècle. C’est autour de la question du voile islamique porté dans les établissements scolaires que les controverses sont les plus vives. Une première affaire éclate en octobre 1989 lorsque trois élèves sont exclues d’un collège de Creil (Oise) après avoir refusé d’ôter leur foulard en classe (voir L'affaire du foulard islamique en 1989). Les atteintes à la laïcité sont par la suite plus fréquentes dans les services publics et l’espace public. Le président de la République Jacques Chirac crée alors en 2003 une commission de réflexion chargée de réfléchir à l’application du principe de laïcité dans la République, placée sous la présidence de Bernard Stasi. À la suite de la publication de son rapport, une loi encadrant le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les établissements scolaires publics est promulguée le 15 mars 2004. Elle stipule que « dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. » (voir L'application de la loi sur la laïcité dans les établissements scolaires). Des Chartes de la laïcité sont par ailleurs adoptées, en 2007 dans les services publics et en 2013 à l’école. 

Bibliographie :

  • BAUBÉROT Jean, Histoire de la laïcité en France, Paris, Seuil, 2013.
  • BAUBÉROT Jean, Laïcité 1905-2005, entre passion et raison, Paris, Seuil, 2004.
  • MAYEUR Jean-Marie, La Question laïque (XIXe-XXe siècles), Paris, Fayard, 1997.
  • RÉMOND René, Religion et société en Europe. La sécularisation aux XIXe et XXe siècles, Paris, Seuil, 2001.
  • WEIL Patrick (dir.), Politiques de la laïcité au XXe siècle, Paris, PUF, 2007.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Consacré à l’histoire de la laïcité en France, ce sujet a été diffusé le 29 janvier 2015 dans le journal télévisé de France 2 de 13 heures dans un contexte très particulier. En effet, trois semaines auparavant, le 7 janvier 2015, un attentat terroriste a visé le siège de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo à Paris. Douze personnes dont huit collaborateurs du journal, parmi lesquels les dessinateurs Cabu, Wolinski, Tignous et Honoré ainsi que le directeur de la publication Charb, ont été assassinés par deux terroristes djihadistes, les frères Kouachi. Puis, deux jours après, une prise d’otages sanglante a été perpétrée par un autre terroriste islamiste, Amedy Coulibaly, au magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris. Quatre otages, tous de religion juive, périssent sous les balles d’Amedy Coulibaly. Après ces attentats, le président de la République François Hollande et le gouvernement de Manuel Valls appellent à la mobilisation en faveur de la laïcité, visée par les terroristes au même titre que la liberté d’expression. Ils engagent une « grande mobilisation » de l’école pour transmettre les « valeurs de la République ». Le 22 janvier 2015, la ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem annonce un ensemble de mesures pour redonner une place essentielle au principe de la laïcité. Parmi ces mesures figurent la célébration d’une Journée de la laïcité chaque 9 décembre, date anniversaire de la loi de séparation des Églises et de l’État, et la mise en place d’un nouvel enseignement moral et civique. 

En outre, le matin même du 29 janvier 2015, François Hollande a reçu différents membres de la communauté éducative pour discuter de la laïcité. C’est pour cette raison que la rédaction de France 2 a choisi de consacrer un sujet à l’histoire de cette dernière. Du reste, ce sujet est immédiatement précédé par la diffusion de quelques plans de personnalités sortant dans la cour de l’Élysée, dont Najat Vallaud-Belkacem, simplement commentés par la présentatrice du journal télévisé Élise Lucet.

Le sujet prend quant à lui la forme d’une rétrospective des grandes étapes de la laïcité en France depuis les lois de Jules Ferry de 1881-1882 jusqu’à la loi du 15 mars 2004 interdisant les signes religieux à l’école. De manière classique, le sujet se compose uniquement d’images d’archives présentées selon un ordre principalement chronologique. Des images factuelles et d’illustration alternent avec des témoignages. Ceux-ci, obtenus entre 1981 et 2006, émanent de personnes qui ont toutes été confrontés d’une manière ou d’une autre à la laïcité. Témoignent notamment des instituteurs, un prêtre, un maire, une élève voilée et un chef d’établissement. Cependant, la dimension étatique de la laïcité est également perceptible dans le sujet à travers différentes représentations d’hommes politiques (gravures, photographies, caricatures et images filmées). Les hommes politiques (Jules Ferry, Émile Combes, Léon Blum et Jacques Chirac) mis en avant dans le sujet ont tous joué un rôle décisif dans l’histoire de la laïcité française. 

C’est à l’école que la majorité des images sont consacrées, à commencer par les premiers plans non datés mais sans doute filmés sous la IIIe République. Cette prédominance atteste bien de la place essentielle qu’occupe l’école dans la question laïque. Il s’agit même du lieu des principales controverses. Des gravures non datées illustrent ainsi le conflit entre l’Église et la République aux débuts de la IIIe République : elles montrent successivement un policier décrochant un crucifix d’une salle de classe et des policiers raccompagnant des religieuses hors d’une école. Le plan d’une caricature non datée d’un instituteur et d’un curé écartelant un élève illustre particulièrement bien le conflit scolaire. De même, les polémiques sur le port du voile islamique dans les établissements scolaires survenues à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle sont illustrées par des images d’archives et des interviews.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentatrice
La laïcité, c’est vraiment une valeur héritée de la Révolution française, mais elle a mis du temps à prendre corps. C’est Jules Ferry pendant la IIIe République qui rendra l’école laïque obligatoire avant une autre étape déterminante, la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État. Retour sur ces décennies qui ont fondé un principe français. C’est la séquence archive du 13 heures, elle est signée Nicolas Lemarignier.
musique
(musique)
Nicolas Lemarignier
C’est sur les bancs de l’école de la IIIe République que la laïcité proclamée par la Révolution de 1789 prend toute sa dimension.
musique
(musique)
Nicolas Lemarignier
En 1881, le ministre de l’Instruction publique Jules Ferry fait voter l’école gratuite obligatoire et laïque. On décroche les crucifix, les religieux sont expulsés des établissements scolaires. Ils verront d’un mauvais œil et pendant longtemps les instituteurs laïcs.
Solange Langlois
Pour eux, c’était l’école sans Dieu et sans morale. Sans Dieu bien sûr, parce qu’il n’y avait plus les christs dans l’école, il n’y avait plus la prière, il n’y avait plus tout ça. Mais sans morale, il n’y avait pas la morale, leur morale à eux. Mais il y avait la nôtre, la morale laïque.
Roger Denux
C’est la tolérance l’esprit de la laïcité, c’est véritablement la tolérance. Et l’école laïque est l’école accueillante à tous.
Nicolas Lemarignier
Là où subsistent des écoles privées, on se dispute les élèves.
Journaliste
Combien il y avait d’enfants dans l’école religieuse ?
Intervenante
40 à 50 au moins.
Journaliste
40 à 50 au moins.
Intervenante
Oh oui, parce qu’il y avait un internat.
Journaliste
Et dans l’école laïque ?
Intervenante
Eh ben, il y en avait six ou huit.
Journaliste
Ce n’était pas beaucoup.
Intervenante
Ah non !
Nicolas Lemarignier
Après Jules Ferry, Emile Combes est l’artisan de la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905, on le traite alors de bouffeur de curé.
Journaliste
La droite dénonce en Monsieur Combes l’incarnation du diable.
Nicolas Lemarignier
Pourtant, il s’agit d’une loi d’apaisement sur le principe du chacun chez soi.
Journaliste
La République ne reconnaît, ni ne salarie, ni ne subventionne aucun de ces cultes.
Nicolas Lemarignier
La liberté de conscience est garantie. Les édifices religieux qui appartiennent à l’État sont mis à disposition des cultes. Mais Don Camillo et Peppone, ça n’est pas qu’au cinéma. Au début des années 2000, à Stains, le curé et le maire communiste s’opposent sur la rénovation de l’église.
Daniel Roussière
On réclame un lieu qui soit digne d’un centre-ville et qui permette à l’église de jouer, non pas simplement un lieu de culte, mais un rôle dans le lien social.
Michel Beaumale
Le patrimoine communal, c’est l’église, mais c’est aussi les écoles, des gymnases, la voirie, eh bon, il faut faire des choix. On ne peut pas tout réaliser.
Nicolas Lemarignier
La loi autorise, mais n’oblige pas les communes à entretenir les églises. En 1937, une circulaire du gouvernement Blum proscrit le prosélytisme à l’école, mais n’interdit pas les signes religieux. 70 ans plus tard, le voile islamique va amener à repenser la loi et la laïcité.
Inconnue
J’ai essayé de rentrer dans le collège avec mon foulard ; mais quand j’arrive à la récré, ben, il y a ou le principal ou le principal adjoint qui me demande de le retirer, donc ça me dérange, oui. Non moi, si ce n’était pas par rapport à mes études, je ne le retirerais pas.
Nicolas Lemarignier
Jusqu’à quel point peut-on afficher son appartenance religieuse dans un établissement scolaire laïc ?
Michel Parcollet
Mettre un foulard plus court que le vrai foulard et tout ça, ce sont des compromis qui finalement instaurent des situations très ambigües et très confuses. Et moi, je suis plutôt partisan d’une situation claire.
Nicolas Lemarignier
En 2004, le président Jacques Chirac tranche par la loi.
Jacques Chirac
Les signes qui manifestent ostensiblement l’appartenance religieuse doivent être proscrits dans les écoles, les collèges et les lycées publics.
Nicolas Lemarignier
L’État doit-il financer la construction des mosquées ? Peut-on installer une crèche de Noël dans une mairie ? Aujourd’hui, les questions et les défis qui se posent au principe de la laïcité ne manquent pas.