L’interdiction du spectacle de Dieudonné Le Mur

06 janvier 2014
01m 54s
Réf. 06707

Notice

Résumé :
Le 6 janvier 2014, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a adressé une circulaire aux préfets visant à interdire le spectacle de Dieudonné dont la première doit avoir lieu à Nantes trois plus tard. Le polémiste a annoncé son intention de saisir un juge en référé en cas d’interdiction de son spectacle.
Date de diffusion :
06 janvier 2014
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Le 6 janvier 2014, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls envoie une circulaire à tous les préfets dans laquelle il donne des instructions en vue d’interdire le spectacle Le Mur que doit donner Dieudonné M’Bala M’Bala dans plusieurs villes de France. Il met en avant les propos antisémites et racistes que tient le polémiste proche des milieux d’extrême droite dans ce spectacle, ainsi que « les atteintes virulentes et choquantes à la mémoire des victimes de la Shoah. » Manuel Valls rappelle aussi les neuf précédentes condamnations de Dieudonné pour « diffamation, injure et provocation à la haine raciale ». Si, aux yeux du ministre de l’Intérieur, la réponse à de tels propos antisémites « doit avant tout être d’ordre pénal », il estime que « l’autorité administrative dispose également de pouvoirs lui permettant de faire cesser les troubles à l’ordre public. » Jugeant que le spectacle est de nature à provoquer de tels troubles, il expose les arguments légaux qui permettent de l’interdire.

Le préfet de Loire-Atlantique prend ainsi dès le 7 janvier 2014 un arrêté qui interdit le spectacle de Dieudonné prévu deux jours après au Zénith de Nantes. Dieudonné saisit alors le tribunal administratif de Nantes. Ce dernier annule l’arrêté préfectoral le 9 janvier en début d’après-midi et autorise la tenue du spectacle le soir même. Le juge des référés du tribunal administratif de Nantes estime que l’interdiction de la représentation du Mur constituerait « une atteinte grave à la liberté d’expression ». Il juge également que le motif tiré de « l’atteinte à la dignité humaine » mis en avant par le préfet ne peut justifier la mesure attaquée.

Aussitôt, le ministre de l’Intérieur fait appel de cette ordonnance devant le juge des référés du Conseil d’État. Ce dernier statue dans des délais extrêmement brefs dans l’après-midi du 9 janvier 2014. Ainsi, moins de deux heures avant le début de la représentation, le Conseil d’État annule l’ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Nantes et valide l’arrêté du préfet de Loire-Atlantique. Le spectacle que Dieudonné devait donner au Zénith de Nantes est donc interdit. Le juge des référés du Conseil d’État considère que les « risques de troubles à l’ordre public » sont réels et graves. Il met également en avant les « graves atteintes au respect des valeurs et principes consacrés par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et par la tradition républicaine » contenues dans certains passages du spectacle. Il insiste enfin sur le fait que le jugement porte spécifiquement sur le spectacle de Dieudonné en raison de ses sept précédentes condamnations pour des propos de même nature.

Cette décision encadre de manière exceptionnelle la liberté d’expression. C’est précisément parce qu’elle porte atteinte à cette dernière que la Ligue des droits de l’homme la critique : à ses yeux, il ne fallait pas interdire le spectacle de Dieudonné mais déférer ce dernier devant la justice. Au contraire, Manuel Valls estime qu’avec cette décision « la République a gagné » et qu’« on ne peut pas tolérer la haine de l’autre, le racisme, l’antisémitisme, le négationnisme. » De fait, plusieurs arrêtés d’interdiction du spectacle de Dieudonné sont pris, ce qui conduit le polémiste à renoncer à l’annuler.

Dieudonné ne cesse pourtant pas ses provocations. Le 18 mars 2015, il est condamné à deux mois de prison avec sursis pour « apologie du terrorisme » par le tribunal correctionnel de Paris. Il avait en effet écrit sur son compte Facebook le 11 janvier 2015, au soir de la marche républicaine en hommage aux victimes des attentats des 7-9 janvier précédent : « Sachez que ce soir je me sens Charlie Coulibaly ». Il avait ainsi détourné le slogan « Je suis Charlie » en référence au terroriste Amedy Coulibaly, auteur de la tuerie dans le supermarché Hyper Cacher.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé dans le journal télévisé de 20 heures de France 2 le 6 janvier 2014, ce sujet est consacré à la circulaire de Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, qui vise à interdire le spectacle de Dieudonné Le Mur. Cette circulaire a en effet été envoyée le jour même aux préfets.

Le sujet comprend quatre séquences bien distinctes. La première présente l’objet de l’interdiction, le premier spectacle de la tournée de Dieudonné, prévu trois jours après, le 9 janvier 2014, au Zénith de Nantes. Elle se constitue uniquement d’images d’illustration commentées par le journaliste Franck Genauzeau relatives au spectacle : elles donnent à voir le Zénith de Nantes, une affiche du spectacle et la vente en ligne de billets.

La seconde séquence est centrée sur Manuel Valls, le protagoniste principal de cette affaire avec Dieudonné. Elle a été tournée dans l’après-midi même de la diffusion du sujet, lors du déplacement du ministre de l’Intérieur à Livry-Gargan, en Seine-Saint-Denis. On voit ainsi Manuel Valls sortir des locaux du commissariat de Livry-Gargan qu’il a visités. On le voit faire ensuite une déclaration depuis la mairie de la ville, aux côtés du premier magistrat Alain Calmat et du député de la 12e circonscription de Seine-Saint-Denis, Pascal Popelin. La visite du ministre de l’Intérieur n’avait rien à voir avec sa volonté d’interdire le spectacle de Dieudonné mais l’actualité le contraint à évoquer cette question devant les médias.

La troisième séquence est consacrée à la circulaire de Manuel Valls adressée aux préfets. Ce document est montré à l’écran et ses passages les plus significatifs sont lus. La visée est clairement pédagogique : il s’agit de dévoiler aux téléspectateurs l’essentiel du contenu de la circulaire du ministre de l’Intérieur.

La quatrième et dernière séquence est quant à elle composée d’images d’archives. Celles-ci montrent Dieudonné entouré de journalistes et de photographes à la sortie du tribunal devant lequel il comparaissait. Aucune indication chronologique incrustée sur les images ni aucune précision dans le commentaire ne permettent de savoir lors de quel procès ces plans ont été tournés. Or, Dieudonné a été poursuivi à de nombreuses reprises par la justice pour ses propos. Seul le dernier plan, qui donne à voir la cour du Palais de Justice de Paris, renseigne sur le lieu du procès. Ces images de Dieudonné ont une fonction unique : illustrer le commentaire en montrant le polémiste dans un cadre judiciaire.
Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
Dieudonné démarre sa tournée jeudi à Nantes. D’ores et déjà, l’ex-maire de la ville et aujourd’hui Premier ministre, Jean-Marc Ayrault indique qu’il n’a - je cite - "aucun un doute sur l’arrêté qui sera pris par le préfet pour interdire le spectacle". Alain Juppé dans la foulée annonce son souhait de faire interdire la représentation prévue à Bordeaux. Le polémiste lui indique qu’il contestera devant la justice toute décision d’interdiction. Alors, que dit précisément cette circulaire ? L’interdiction est-elle imparable juridiquement ? Franck Genauzeau.
Journaliste
5 000 places vendues, la première date d’une longue tournée en province. Le spectacle de Dieudonné jeudi soir au zénith de Nantes sera-t-il finalement interdit ? C’est ce que souhaite Manuel Valls. Le ministre de l’Intérieur considère désormais que le contenu du spectacle en lui-même constitue une menace de trouble à l’ordre public.
Manuel Valls
Ces spectacles ne relèvent en rien de la création artistique. Il s’agit en fait de rassemblements politiques où il déverse sa haine.
Journaliste
Cet après-midi, il a donc transmis à tous les préfets de France cette circulaire de trois pages, on peut y lire : "l’interdiction d’un spectacle peut être justifiée, si elle s’inscrit dans la suite de spectacles ayant déjà donné lieu à des infractions pénales. Si ces dernières ne peuvent être regardées comme un dérapage ponctuel, mais sont délibérées et réitérées. Enfin, si ces infractions sont susceptibles d’affecter le respect dû à la dignité de la personne humaine." Le ministère rappelle que Dieudonné a déjà été condamné à de multiples reprises pour injures raciales et antisémitisme. Mais la décision d’interdire reviendra aux maires et aux préfets. Ce soir, Dieudonné fait savoir par la voie de son avocat qu’il saisira un juge en référé en cas d’interdiction de son spectacle. Dans le passé, il a déjà gagné une quinzaine de recours de ce type devant les tribunaux administratifs au nom de la liberté d’expression.

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