La déroute de la gauche aux élections municipales

31 mars 2014
03m 41s
Réf. 07016

Notice

Résumé :
À Brive-la-Gaillarde, Limoges, Quimper, Saint-Étienne, Hayange et Roubaix, la gauche a été battue lors des élections municipales de mars 2014. Des électeurs expriment leur déception à l’égard de la gauche.
Date de diffusion :
31 mars 2014
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Lors des élections municipales des 23 et 30 mars 2014 en France, la gauche a connu une cuisante défaite, la plus importante à l’occasion d’un scrutin local sous la Ve République. Elle a ainsi perdu 151 villes peuplées de plus de 10 000 habitants. À l’inverse, la droite en a conquis 162. Elle a également repris à la gauche 10 villes de plus de 100 000 habitants : Toulouse, Saint-Étienne, Angers, Reims, Caen, Tours, Limoges, Argenteuil, Amiens et Saint-Paul à La Réunion. À Toulouse, le maire socialiste sortant Pierre Cohen est par exemple battu par Jean-Luc Moudenc : il ne réunit que 47,93 % des suffrages exprimés contre 52,06 % à la tête de liste UMP-UDI. À Limoges, bastion historique de gauche depuis 1912, le candidat UMP-UDI Émile-Roger Lombertie défait le maire socialiste sortant Alain Rodet avec 45,07 % des voix contre 43,81 %.

À l’issue de ces élections municipales, la droite détient 23 des 42 villes de plus de 100 000 habitants contre 19 pour la gauche. Le rapport de forces s’est totalement inversé par rapport au précédent scrutin de mars 2008 (voir ce document). Depuis ces élections, la gauche dirigeait en effet 29 villes de plus de 100 000 habitants contre 13 seulement pour la droite.

La gauche parvient certes à conserver Paris : la socialiste Anne Hidalgo succède à Bertrand Delanoë et devient la première femme à occuper l’Hôtel de Ville parisien. Lyon, Strasbourg et Metz restent également à gauche. Celle-ci a par ailleurs enlevé des villes ancrées à droite telles qu’Avignon (Vaucluse), Douai (Nord) et Saumur (Maine-et-Loire). Cependant, la déroute apparaît très large pour la gauche et tout particulièrement pour le Parti socialiste. Le socialisme municipal semble balayé.

De son côté, le Front national (FN) confirme ses progrès électoraux en obtenant ses meilleurs résultats à des élections municipales. Le parti d’extrême droite remporte dix mairies : Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), Beaucaire (Gard), Fréjus, Cogolin, Le Luc (Var), Hayange (Moselle), Le Pontet (Vaucluse), Mantes-la-Ville (Yvelines), Villers-Cotterêts (Aisne) et le septième secteur de Marseille (Bouches-du-Rhône). Robert Ménard est quant à lui élu à Béziers (Hérault) avec le soutien du FN.

Au soir du second tour, le Premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault déclare reconnaître « une défaite pour le gouvernement et la majorité » au pouvoir depuis mai 2012 et l’élection à la présidence de la République de François Hollande. L’ampleur de cette défaite conduit ce dernier à remanier le gouvernement : le 31 mars 2014, il nomme Manuel Valls Premier ministre à la place de Jean-Marc Ayrault (voir document 07029).
Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet a été diffusé dans le journal télévisé de 20 heures de France 2 le 31 mars 2013, au lendemain du second tour des élections municipales. Il est précédé d’un lancement plateau qui vise à éclairer les résultats de ce scrutin, marqué par une déroute sans précédent de la gauche : le présentateur David Pujadas commente des infographies, notamment des cartes établissant une comparaison éclairante de la différence entre le nombre de villes gagnées par la gauche et par la droite aux élections municipales de 2008 et de 2014.

Le sujet lui-même prend la forme d’un montage de séquences filmées par plusieurs équipes régionales de France 2 dans six villes différentes : Brive-la-Gaillarde (Corrèze), Limoges (Haute-Vienne), Quimper (Finistère), Saint-Étienne (Loire), Hayange (Moselle) et Roubaix (Nord). Ces villes ont été choisies car il s’agit de bastions emblématiques de la gauche que celle-ci a perdus la veille. Limoges avait par exemple un maire de gauche depuis 1912. De fait, le sujet est entièrement consacré à la défaite de la gauche aux élections municipales. Il ne présente ainsi pas les résultats nationaux, déjà annoncés dans le lancement plateau. Il ne comporte pas non plus les plans traditionnellement filmés au sein des quartiers généraux des partis politiques à Paris ni ne donne à entendre la réaction de leurs leaders. Seule exception : une infographie présente rapidement les photographies des six membres du gouvernement Ayrault battus aux élections municipales dont le ministre de l’Economie et des Finances Pierre Moscovici à Valentigney (Doubs), celui de la Ville François Lamy à Palaiseau (Essonne) et le ministre délégué à l’Agroalimentaire Guillaume Garot à Laval (Mayenne).

Pour traiter de la déroute électorale de la gauche, les journalistes de France 2 ont choisi de s’intéresser uniquement à l’échelon local. Aucun des maires sortants battus n’est néanmoins interrogé. On en voit certes quelques-uns à l’écran, tels que celui de Brive-la-Gaillarde, Philippe Nauche, qui essuie quelques larmes, ou celui de Quimper, Bernard Poignant, mais on ne les entend pas. Le parti pris du sujet est de laisser une large place à la parole d’électeurs. Sept électeurs, votant sans doute tous habituellement à gauche, sont ainsi interrogés à Limoges, Quimper, Saint-Étienne et Hayange selon la technique du micro-trottoir. Tous expriment leur déception à l’égard de la gauche et leur volonté d’un changement à l’échelon municipal, à commencer par ses électeurs traditionnels. Ces différents témoignages saisis sur le vif ont pour but de proposer une explication à la sévère défaite de la gauche aux élections municipales de la veille.
Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
On revient maintenant sur ce qui a provoqué ce changement dont on parle depuis 30 minutes maintenant, à savoir ces résultats du second tour qui ont marqué un basculement à Droite. Regardez d’abord cette carte, c’est celle des grandes villes, les villes de plus de 100 000 habitants en 2008, la Gauche en dirigeait 29 contre 12 pour la Droite. Renversement de tendance, désormais, la Gauche ne dirige plus que 19 villes contre 22 pour la Droite. Autre élément à prendre en compte, les mairies pour les villes de plus de 10 000 habitants, la Gauche était à la tête de 509 communes contre 433 pour la Droite, aujourd’hui, la Gauche est à la tête de 349 communes contre 572 à Droite, 14 pour le Front National ou les autres formations d’extrême droite. Voici quelques-uns des résultats les plus marquants, Laurent Desbonnets avec nos bureaux en régions.
(Bruit)
Laurent Desbonnets
Un candidat socialiste en larmes, à Brive-la-Gaillarde, des militants PS effondrés à Toulouse, ou abasourdis à Saint-Étienne. Dans 171 villes de plus de 9 000 habitants, des élus PS doivent quitter les mairies. Une défaite historique, notamment à Limoges où les électeurs ont mis fin à 102 ans de règne de la Gauche.
Inconnu 1
102 ans, ça suffisait, quoi, je suis limougeaud depuis une trentaine d’années, mais bon, ça ne bouge pas beaucoup et je suis content qu’il y ait un bon changement, chacun son tour.
Journaliste 1
Vous avez toujours voté à Droite ?
Inconnue 1
Pas tout le temps mais là, depuis ces élections-là, oui, j’ai voté à Droite.
Journaliste 1
Avant, vous votiez à Gauche ?
Inconnue 1
Oui.
Journaliste 1
Et pourquoi ce changement ?
Inconnue 1
Parce que je pense que Limoges en avait besoin, il y a besoin d’un changement depuis pas mal d’années. C’est resté toujours à Gauche, donc je pense que à Droite, on va voir, on va avoir du changement en tout cas.
Laurent Desbonnets
Un vote sanction également contre le Gouvernement dont ont fait les frais six ministres qui figuraient sur des listes, donc Guillaume Garot, Pierre Moscovici et François Lamy. Défaite cinglante également à Quimper pour un conseiller de François Hollande, Bernard Poignant, certains électeurs lui reprochent sa proximité avec le Président de la République.
(Bruit)
Inconnue 2
Il aurait fallu qu’il soit plus présent pour les Quimpérois, vraiment, qu’il soit, qu’on le voie, ce n’est pas à Rome qu’il fallait qu’il soit, ce n’est pas à l’Élysée, c’était, c’était dans les, sur place.
Inconnu 2
Là-haut, c’est un peu, j’ai l’impression qu’ils sont déconnectés de la réalité, là-haut, ils ne savent pas ce qui se passe, ils ne connaissent pas la base.
Laurent Desbonnets
Enjeux nationaux mais aussi locaux, c’est ce qui a dominé dans ce quartier populaire de Saint-Étienne.
Inconnue 3
D’habitude, je vote la Gauche, et là, ben, j’ai décidé de voter la Droite.
Journaliste 2
Pourquoi ?
Inconnue 3
Parce qu’il y a beaucoup de choses qu’ils nous avaient promis et que ça n’a pas été réalisé.
Journaliste 2
Par exemple ?
Inconnue 3
Donc, j’ai été déçue, ben, ils ont réparé plus l’Hôtel de Ville et tout ça que les quartiers, ils les ont oubliés, quoi.
Laurent Desbonnets
Une colère des électeurs de Gauche également exprimée à Hayange en Lorraine, beaucoup, ici, ne digèrent pas la fermeture des Hauts-fourneaux de Florange, tout proches.
Inconnu 3
Moi, j’étais PS tout le temps, mais maintenant, j’ai changé de casaque, c’est tout.
Journaliste 3
Le PS, qu’est-ce qui vous a déçu, vous trouvez que voilà, ça n’a….
Inconnu 3
Hollande, ah oui, c’est Hollande, il n’y a pas de problème.
Inconnu 4
Regardez la Gauche, regardez ce qu’ils font.
Journaliste 3
Ils font quoi ?
Inconnu 4
Une politique de Gauche, peut-être ? Les ouvriers, ils les ont oubliés, ils sont passés à autre chose, bon, ben nous, on passe à autre chose aussi.
Laurent Desbonnets
Une démobilisation des électeurs de Gauche qui a, ici, permis l’élection du candidat du Front National. Dans de nombreuses communes, comme ici, à Roubaix, les militants PS s’apprêtent donc à rentrer dans l’opposition pour au moins six ans.

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