Mobilisation internationale pour les lycéennes enlevées par Boko Haram

10 mai 2014
02m 03s
Réf. 07017

Notice

Résumé :
L’enlèvement de lycéennes à Chibok au Nigeria par la secte Boko Haram, revendiqué par son chef Abubakar Shekau, suscite une mobilisation internationale, notamment à Londres. La « Première dame » des États-Unis Michelle Obama et l’actrice Angelina Jolie se mobilisent pour les lycéennes. L’islamologue Mathieu Guidère est interviewé et l’ambassadeur sud-coréen à l’Onu Oh Joon fait une déclaration.
Date de diffusion :
10 mai 2014
Source :
A2 (Collection: 13 heures )

Contexte historique

Boko Haram voit le jour en 2002, à Maiduguri, capitale de l’État de Borno, dans le Nord-Est du Nigeria. Cette secte islamiste, dont le nom en haoussa signifie « l’éducation occidentale est un péché », est fondée par Mohamed Yusuf, prédicateur formé en Arabie Saoudite. Prônant un islam radical, Mohamed Yusuf dénonce la corruption de l’État nigérian et l’abandon du Nord du pays, majoritairement musulman, au profit du Sud, riche en pétrole et à majorité chrétienne.

À partir de 2009, Boko Haram se radicalise et se transforme en un groupe djihadiste. En juillet 2009, la secte mène ainsi une grande attaque dans le Nord du Nigeria, ce qui provoque une forte répression policière. Mohamed Yusuf est arrêté et exécuté. Avec Abubakar Shekau, qui prend sa succession en 2010, Boko Haram se lance alors dans la violence terroriste. La secte vise les forces de l’ordre comme les civils. Elle commet de nombreux attentats kamikazes et des attaques contre des commissariats, des écoles, des bars ou des églises. En août 2011, Boko Haram vise le siège des Nations unies, à Abuja, la capitale. En janvier 2012, une attaque contre la police à Kano, deuxième ville du Nigéria, fait 194 morts. Le président nigérian Goodluck Jonathan décide alors en 2013 d’instaurer l’état d’urgence dans le Nord-Est du pays. Mais cela n’empêche pas les attaques meurtrières quotidiennes de Boko Haram. Devenue une véritable armée forte de quelque 15 000 hommes, la secte lance aussi des raids au Cameroun. En tout, ces attaques font des milliers de morts et contraignent plus de 2,5 millions d’habitants à fuir leur foyer.

L’action violente de Boko Haram prend une résonnance mondiale au printemps 2014. Des hommes armés du groupe djihadiste enlèvent 276 lycéennes à Chibok dans la nuit du 14 au 15 avril 2015. Certaines parviennent à s’enfuir mais 219 restent aux mains de Boko Haram selon la police nigériane. Abubakar Shekau revendique dans deux vidéos le rapt de ces lycéennes qu’il annonce vouloir « vendre » comme « esclaves » et « marier de force » après les avoir converties à l’islam. Cet enlèvement provoque une indignation mondiale : une campagne baptisée #BringBackOurGirls (« Ramenez-nous nos filles ») est lancée sur les réseaux sociaux avec notamment le soutien de la « Première dame » des États-Unis, Michelle Obama.

Cette campagne force l’État nigérian à intensifier la lutte contre Boko Haram et pousse la communauté internationale à s’engager à ses côtés. La France organise ainsi le 17 mai 2014 un sommet spécial à Paris sur la sécurité du Nigeria au cours duquel les chefs d’État du Nigeria, du Cameroun, du Niger, du Tchad et du Bénin adoptent un plan de « guerre » contre Boko Haram. Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France leur offrent leur aide.

La grande offensive lancée par la secte contre Baga et sa base militaire puis contre les villages situés aux environs sur les rives du lac Tchad, début janvier 2015, qui tue des centaines de civils, accélère la mise en place d’une Force multinationale mixte. Celle-ci, composée de 8 500 soldats venus du Nigeria, du Cameroun, du Niger, du Bénin et du Tchad, parvient à remporter une série de victoires contre les djihadistes et à leur reprendre des villes. Affaibli par ces défaites, Boko Haram se replie dans la forêt de Sambisa, les Monts Mandara et les îles du Lac Tchad. Le groupe fait alors allégeance à l’État islamique en mars 2015, prenant le nom de « Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique ».

Malgré son recul, Boko Haram continue à mener de grandes attaques sous l’impulsion de son nouveau chef, le Camerounais Bana Blachera, notamment au Niger et au Cameroun. Ainsi, le 3 juin 2016, lors d’un raid éclair massif commis à Bosso, au Sud-Est du Niger, par des centaines d’assaillants djihadistes, 32 soldats (30 nigériens et 2 nigérians), sont tués. Un deuxième sommet spécial pour coordonner la lutte internationale contre Boko Haram avait du resté été organisé à Abuja le 14 mai 2016.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé en ouverture du journal télévisé de 13 heures de France 2 le 10 mai 2014, ce sujet prend la forme d’un montage de séquences filmées à Londres, Chibok, Paris et New York. Il ne traite pas spécifiquement de l’enlèvement des lycéennes nigérianes par Boko Haram. Seule une courte rétrospective revient sur ce rapt. Les plans de Chibok visent à illustrer l’absence des jeunes filles dans la ville. Le plan du lycée déserté et ravagé ainsi que le gros plan sur une sandale abandonnée sont également des indices du kidnapping et du vide laissé par les lycéennes enlevées. L’extrait de la déclaration d’Abubakar Shekau diffusée le 5 mai 2014 témoigne quant à elle de la dimension violente du groupe djihadiste : son chef est filmé en armes, en compagnie d’autres combattants lourdement armés.

C’est en fait bien davantage à la mobilisation internationale en faveur des otages que le sujet s’intéresse, comme le suggère son titre. Il donne à voir une mobilisation multiforme organisée autour du hashtag (mot-clé) #BringBackOurGirls (« Ramenez-nous nos filles »). Elle prend la forme classique de manifestations, comme celle de Londres. Elle passe aussi par un soutien diplomatique, comme en témoigne la déclaration de l’ambassadeur sud-coréen Oh Joon au siège de l’Organisation des Nations unies à New York. Mais c’est surtout le soutien de personnalités féminines qui semble avoir déclenché une mobilisation massive en faveur des lycéennes de Chibok. Le sujet présente ainsi des captures d’écran du compte Twitter officiel de Michelle Obama. On peut y lire un message de soutien aux lycéennes accompagné d’une photographie de l’épouse du président des États-Unis tenant elle-même un message avec le hashtag #BringBackOurGirls posté le 7 mai 2014. Cette image est devenue très rapidement le symbole même de la campagne intense menée sur les réseaux sociaux en faveur des lycéennes nigérianes. Le gros plan de l’actrice américaine Angelina Jolie signant des autographes illustre également l’engagement de personnalités médiatiques pour cette cause.

Cette mobilisation internationale impressionnante apparaît toutefois surprenante à double titre. D’une part, c’est sa chronologie qui étonne : elle n’intervient que plusieurs semaines après le rapt. C’est ce que suggère le présentateur du journal télévisé de France 2 Laurent Delahousse lorsqu’il dit que les lycéennes « avaient d’abord été presque oubliées » et que « soudainement la prise de conscience est intervenue ». La diffusion du sujet intervient du reste presque un mois après l’événement, survenu dans la nuit du 14 au 15 avril 2014. Comme s’il avait fallu que certaines personnalités se saisissent de ce crime pour le transformer en cause mondiale, alors que pendant plusieurs semaines, l’enlèvement des lycéennes n’avait guère suscité l’émotion.

D’autre part des voix se sont alors élevées pour critiquer cette mobilisation, estimant que celle-ci participait d’une « indignation sélective ». En effet, Boko Haram avait perpétré bien d’autres crimes avant ce rapt, sans qu’ils ne suscitent le même élan de solidarité mondiale. Par exemple, le 25 février 2015, deux mois avant le rapt, 59 lycéens avaient été tués lors de l’attaque de leur dortoir par Boko Haram à Buni Yadi. Ce massacre n’avait pourtant déclenché aucune mobilisation internationale.
Christophe Gracieux

Transcription

(Musique)
Laurent Delahousse
Voilà pour les titres, bonjour à tous. Elles avaient d’abord été presque oubliées, plus de 200 lycéennes enlevées mi-avril par des islamistes de Boko Haram au Nigeria. Et puis, soudainement, la prise de conscience est intervenue, quelques grands noms, l’épouse du Président Obama, plusieurs personnalités, les réseaux sociaux, et voilà que le sort de ces jeunes filles promises à l’esclavage devient, eh bien, l’objet d’une mobilisation planétaire. Arnaud Comte, Daniel Wolfromm et Philippe Turpaud.
(Bruit)
Journaliste
"Bring back our girls", ramenez-nous nos filles. À Washington, Niamey, ou ici, à Londres, l’enlèvement des lycéennes nigérianes suscite l’indignation collective.
(Bruit)
Inconnue
Il ne s’agit plus de discuter, il faut une action radicale, parce qu’ils ne peuvent pas éradiquer l’espère féminine.
Journaliste
La volonté d’agir est planétaire, le message est même porté en personne par Michelle Obama, la Première Dame Américaine. De la Maison Blanche au tapis rouge des stars de cinéma, comme ici, avec Angelina Jolie, tous dénoncent les agissements des terroristes de Boko Haram qui, le 14 avril dernier, font irruption dans cette école au Nord du Nigeria pour enlever plus de 200 adolescentes. Dans un communiqué, leur leader affirme vouloir les marier de force et les vendre comme esclaves sexuelles.
Mathieu Guidère
Boko Haram, aujourd’hui, innove sur une partie que les autres groupes islamistes armés n’ont pas fait, c’est la connexion entre terrorisme et proxénétisme. Il est devenu, avec cet enlèvement des, massif de jeunes filles un sous-traitant de, des réseaux et des filières de prostitution nigériane.
Journaliste
Le Conseil de Sécurité de l’ONU parle de crime contre l’humanité et affirme suivre la situation de près.
Oh Joon
Nous demandons la libération immédiate et sans condition de toutes les jeunes filles encore détenues.
Journaliste
Pour prêter main forte à l’armée nigériane dans leurs recherches, des experts américains et britanniques sont arrivés ce matin au Nigeria. Les services de renseignement français sont également sollicités dans cette région où ils ont déjà opéré.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque