La propagation de la maladie à virus Ebola en Sierra Leone

12 août 2014
02m 05s
Réf. 07019

Notice

Résumé :
Dans la région de Kailahun, en Sierra Leone, la maladie à virus Ebola se propage très vite en raison des traditions locales. Médecins sans frontières a ouvert un centre de traitement des malades. Des mesures de protection très strictes sont prises pour combattre l’épidémie qui fait de très nombreuses victimes.
Date de diffusion :
12 août 2014
Source :
A2 (Collection: 13 heures )

Contexte historique

La maladie à virus Ebola est apparue pour la première fois en 1976 en Afrique centrale, à Yambuku, village du nord de la République démocratique du Congo (RDC). La proximité de Yambuku de la rivière Ebola a donné son nom à la maladie. La maladie à virus Ebola est souvent mortelle chez l’homme : elle cause des fièvres hémorragiques. Très contagieuse, elle se transmet après un contact direct avec des liquides corporels infectés (sang, sécrétions, organes ou liquides biologiques).

Entre 1976 et 2012, le virus Ebola touche la RDC, le Congo, le Gabon, l’Ouganda et le Soudan. Au cours de cette période, quelques 2 200 personnes en seraient mortes. Mais à partir de 2013 une épidémie de grande ampleur, la plus grave depuis l’identification du virus, se développe en Afrique de l’ouest. Elle débute officiellement en Guinée forestière, dans le sud du pays, le 23 mars 2014 après un premier cas recensé le 6 décembre 2013. L’épidémie d’Ebola se propage ensuite dans deux pays limitrophes : le Liberia le 29 mars 2014 puis la Sierra Leone le 25 mai suivant. En tout, 28 616 cas d’infection sont recensés dont 14 122 en Sierra Leone, 10 666 au Liberia et 3 814 en Guinée. Le Nigeria, le Mali, le Sénégal, les États-Unis, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Italie sont également touchés mais dans une bien moindre mesure (de 1 à 20 cas selon les pays).

Contrairement aux premières épidémies d’Ebola survenues entre 1976 et 2012, l’épidémie ne concerne alors pas seulement des villages isolés mais gagne aussi des villes. Ebola se propage rapidement en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia essentiellement en raison de la proximité traditionnelle des familles avec les malades. Le contact direct avec les dépouilles lors des soins donnés au défunt pendant des rites funéraires joue également un grand rôle dans la contamination massive. En outre, des personnels de santé travaillant dans des centres de traitement d’Ebola contractent cette maladie à virus en raison d’une application insuffisante des précautions anti-infectieuses. Par ailleurs, la communauté internationale tarde à réagir à l’épidémie. C’est l’ONG Médecins sans frontières qui alerte la première, en juin 2014, sur une épidémie « totalement hors de contrôle » et qui s’efforce de lutter contre son extension. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) attend le 7 août 2014 pour qualifier l’épidémie d’« urgence sanitaire de portée internationale ».

L’épidémie n’est endiguée qu’au bout de deux ans. Faute de vaccin, la lutte contre le virus Ebola consiste surtout à apporter des traitements symptomatiques aux malades et à les isoler du reste de la population. Des mesures de prévention strictes sont par ailleurs mises en place, concernant notamment les contacts des personnes infectées avec leur famille et les inhumations.

À plusieurs reprises, les trois pays les plus touchés ont pensé en avoir fini avec l’épidémie. Le Liberia avait ainsi annoncé être libéré de l’Ebola en janvier 2015, la Sierra Leone en novembre 2015 et la Guinée en décembre 2015. Ils avaient chacun atteint le délai de 42 jours déterminé par l’OMS, soit deux fois la durée d’incubation depuis le second test négatif sur le dernier patient infecté dans le pays. Cependant, les trois pays ont été confrontés à plusieurs reprises à la résurgence de l’épidémie début 2016. Ces résurgences ont pris fin après quelques mois. Ainsi, la Sierra Leone a été déclaré exempte de la maladie à virus Ebola le 17 mars 2016, la Guinée le 1er juin 2016 et le Liberia le 9 juin suivant. Toutefois, l’OMS met en garde ces trois pays contre un risque de nouvelle résurgence de la maladie, principalement en raison de la persistance du virus chez certains survivants.

Au total, l’épidémie d’Ebola débutée en 2013 a fait 11 310 victimes en deux ans. 4 806 personnes sont mortes au Liberia, 3 990 au Sierra Leone et 2 544 en Guinée. Mais selon l’OMS elle-même ce bilan est sans doute sous-évalué.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Consacré à la propagation de la maladie à virus Ebola, ce reportage a été diffusé dans le journal de 13 heures de France 2 le 12 août 2014, au moment même du pic de l’épidémie. De fait, cinq jours auparavant, l’Organisation mondiale de la santé avait qualifié cette dernière d’« urgence sanitaire de portée internationale ». Le reportage a été réalisé par une équipe de France 2 dans la province de Kailahun, à l’est de la Sierra Leone, à proximité immédiate de la Guinée. Ces deux pays sont en effet avec le Liberia les plus massivement touchés par l’épidémie débutée en Guinée en décembre 2012. À la fin du reportage, la journaliste Loubna Anaki, envoyée spéciale à Kailahun, présente d’ailleurs un plateau sur place, devant le centre de traitement d’Ebola mis en place par l’ONG Médecins sans frontières (MSF).

Ce reportage a pour but de présenter un exemple concret des ravages de la maladie à virus Ebola et des moyens mis en place pour lutter contre l’épidémie. Alternant les images factuelles et les interviews, il se compose ainsi de deux séquences. La première vise à expliquer les raisons de la rapidité de la propagation d’Ebola en Sierra Leone et dans les deux autres pays voisins. Filmée dans un village de la province de Kailahun, elle comprend surtout des interviews de trois villageois. Ceux-ci expliquent les traditions locales liées à la mort et à la maladie, traditions qui ont joué un rôle décisif la propagation de l’épidémie. Les images tournées dans le village mettent d’ailleurs en évidence des scènes de la vie quotidienne : différents plans montrent des enfants, des poules ou des femmes bêchant la terre.

La deuxième séquence s’intéresse à la lutte contre l’épidémie et plus particulièrement au travail de Médecins sans frontières. Elle a été filmée dans le centre de traitement des malades mis en place par l’ONG à Kailahun. MSF s’est en effet trouvé en première ligne dans la lutte contre Ebola. Cette association humanitaire d’aide internationale fondée en 1971 a été la première à alerter dès le 21 juin 2014 sur une épidémie « totalement hors de contrôle ». Elle a ainsi mis en place des centres de prise en charge des malades au Liberia, en Guinée et au Sierra Leone, de même que des centres de transit et des centres de formation des agents de santé. Lors du pic de l’épidémie, au moment de la réalisation du reportage de France 2, quelques 4 000 membres de MSF étaient présents pour lutter contre Ebola en Afrique de l’ouest. En tout, du printemps 2014 à janvier 2016, plus de 10 000 patients ont été pris en charge par l’ONG. MSF a du reste reçu en 2015 le prix Lasker en récompense de son action contre l’épidémie d’Ebola.

L’action de MSF présentée dans le reportage porte sur deux domaines, la protection de ses personnels de santé et la gestion des victimes. Le périmètre de sécurité qui a été établi autour du centre est ainsi montré à l’écran. Plusieurs plans donnent également à voir l’équipement de protection porté par les personnels de santés de MSF : une combinaison intégrale, des gants, des lunettes de protection, un masque facial, un tablier en plastique et des bottes en caoutchouc. Ebola se transmet en effet par les fluides corporels infectés. Les différents équipements sont par conséquents indispensables pour protéger au maximum les personnels de santé de MSF au contact de patients infectés par Ebola. Gabriel Fitzpatrick, épidémiologiste, justifie précisément le recours à ces tenues. On constate que celles-ci sont même désinfectées. Le sujet insiste en outre sur la gestion des morts. Une infirmière de MSF est ainsi interviewée à propos de la morgue du centre. La gestion des inhumations de personnes mortes de maladie à virus Ebola confirmée ou suspectée est en effet essentielle pour limiter sa propagation. Selon l’OMS, au moins 20 % des nouvelles infections par le virus sont contractées lors de l’inhumation en raison de la manipulation non protégée des corps des défunts qui étaient infectés.
Christophe Gracieux

Transcription

Présentatrice
Libéria, le virus progresse très rapidement, les contaminations sont notamment favorisées par des traditions de vie locales, sur place, en Afrique de l’Ouest, Loubna Anaki, Olivier Martinez et Ludovic Lavieille nous expliquent pourquoi.
Loubna Anaki
C’est dans un village comme celui-ci que les premiers cas d’Ebola sont apparus en Sierra Leone. Très vite, l’épidémie s’est propagée, principalement à cause des traditions locales.
Inconnu 1
Ici, la famille, c’est très important pour nous.
Inconnu 2
Quand quelqu’un est malade, on prend soin de lui pendant plusieurs jours, on l’emmène à l’hôpital. Et s’il meurt, on lave son corps et on l’enterre nous-mêmes.
Loubna Anaki
Mais depuis quelques mois, les villageois essaient d’éviter ces contacts prolongés avec les malades.
Inconnu 3
Je n’ai pas envie de tomber malade, je sais que je mourrai.
Loubna Anaki
La peur, désormais omniprésente. Ici, dans la province de Kailahun, l’on sait qu’il s’agit d’une épidémie sans précédent. Il suffit de voir toutes les mesures de sécurité au centre de traitement de Médecins Sans Frontières. Gants et combinaison obligatoires, désinfection méthodique de tout le matériel utilisé sur le camp.
Gabriel Fitzpatrick
C’est effrayant pour les patients de nous voir habillés comme des pingouins, mais c’est nécessaire parce que cette maladie est dangereuse et effrayante pour nous aussi.
Loubna Anaki
Avec un taux de mortalité de plus de 70%, Ebola laisse très peu de chance, la mort fait partie du quotidien des médecins.
Géraldine Begue
Ça, c’est la morgue, elle est vraiment à proximité des patients, donc c’est vrai que, on la voit quoi, et certaines journées, on la sent, malheureusement aussi, donc….
Loubna Anaki
En deux mois, Ebola a fait près de 300 morts ici, à Kailahun et tous les jours, de nouveaux cas sont confirmés. Il y a deux semaines, Médecins Sans Frontières a augmenté sa capacité d’accueil pour pouvoir accueillir jusqu’à 80 personnes, c’est leur capacité maximum, au-delà, ils seraient dépassés.