Violents affrontements interconfessionnels en Centrafrique

05 décembre 2013
03m 06s
Réf. 07027

Notice

Résumé :
Le 5 décembre 2013, de violents affrontements interconfessionnels gagnent la capitale de la Centrafrique Bangui : des miliciens anti-balaka tuent des musulmans et les ex-Seleka ripostent. Les violences ont débuté après la prise du pouvoir de la Seleka en mars 2013.
Date de diffusion :
05 décembre 2013
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Depuis son indépendance en 1960, la République centrafricaine, souvent dénommée Centrafrique, connaît une grande instabilité. À partir de 2012, le pays connaît un nouvel accès de fièvre : il est déchiré par de très violents affrontements interconfessionnels.

La Seleka, « alliance » en sango, est créée en août 2012 : il s’agit d’une union de mouvements rebelles du nord du pays majoritairement musulmans opposés au président de la République François Bozizé, dans un pays peuplé de 80 % de chrétiens. Le 24 mars 2013, la Seleka prend la capitale Bangui. Elle renverse François Bozizé, lui-même arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2003, et installe au pouvoir Michel Djotodia.

Les tensions s’accroissent encore en Centrafrique à partir de septembre 2013, prenant de plus en plus la forme d’affrontements interconfessionnels. Des milices chrétiennes d’autodéfense, les anti-balaka, ce qui signifie « anti-machette » en sango, se constituent. Elles réunissent des opposants très divers à la Seleka. S’ouvre alors un long cycle de violences. Les anti-balaka s’en prennent aux habitants de confession musulmane en raison de leur supposé soutien aux nouveaux tenants du pouvoir. De leur côté, les ex-Seleka (la coalition a été dissoute en septembre 2013) prennent pour cible la population chrétienne. Les 8 et 9 septembre 2013, des affrontements font près d’une centaine de morts autour de Bossangoa, dans le Nord-Ouest du pays. Les massacres continuent pendant plusieurs semaines. Ils entraînent une crise humanitaire qui affecte la moitié de la population centrafricaine.

Le 5 décembre 2013, des combats violents éclatent à Bangui à la suite d’une offensive des membres des milices anti-balaka contre les ex-Seleka. Plus d’une centaine de civils sont tués. Le même jour, le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) adopte à l’unanimité la résolution 2127 proposée par la France : elle autorise une intervention militaire française. Elle vise à aider les troupes de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca) à restaurer la sécurité dans le pays déchiré par les affrontements interconfessionnels. Le président de la République française François Hollande justifie cette intervention, la septième de la France en Centrafrique depuis son indépendance, par l’urgence de la situation humanitaire. L’opération Sangaris, du nom d’un petit papillon rouge, débute ainsi dès le 5 décembre 2013. Fortes d’abord de 1 200 soldats puis de 2 000, les troupes françaises sécurisent d’abord l’aéroport de Bangui et les principales routes du pays. Elles tentent également de désarmer les combattants des deux camps.

L’opération Sangaris permet effectivement de stopper les massacres de masse. Toutefois, les opérations de désarmement visent dans un premier temps surtout les ex-Seleka, ce qui favorise des représailles des anti-balaka contre la minorité musulmane. Les violences ne s’arrêtent donc pas subitement malgré le déploiement de 12 000 casques bleus à partir de septembre 2014.

Un processus de transition politique et de réconciliation est par ailleurs initié. Un gouvernement de transition, comprenant à la fois des membres des ex-Seleka et des anti-balaka, est constitué en janvier 2014. Un cessez-le-feu est ensuite signé en juillet 2014 lors d’un Forum de réconciliation à Brazzaville, au Congo. Puis en mai 2015 un accord de désarmement, de démobilisation et de réinsertion est signé entre les représentants des deux camps. En février 2016, une élection présidentielle est organisée dans des conditions démocratiques. Elle voit la victoire de l’ancien Premier ministre Faustin-Archange Touadéra. Son investiture le 30 mars 2016 marque la fin de la période de transition. François Hollande annonce alors la fin de l’opération Sangaris, à l’occasion d’une visite officielle à Bangui le 13 mai 2016.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage a été diffusé en ouverture du journal télévisé de 20 heures de France 2 le 5 décembre 2013, peu après l’adoption par le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies d’une résolution autorisant la France à intervenir en Centrafrique et à lancer l’opération Sangaris. Toute la première partie du journal télévisé de ce soir-là est consacrée à la situation en Centrafrique. Outre le présent sujet, la rédaction de France 2 propose plusieurs plateaux : un réalisé à Bangui même, un autre par le directeur adjoint de l’information Étienne Leenhardt et un dernier depuis le palais de l’Élysée. Un extrait de la déclaration du président de la République François Hollande annonçant le lancement de l’opération Sangaris est enfin inséré en fin de séquence.

Tournées à Bangui, la capitale de la Centrafrique, les images que commente la journaliste et grand reporter Dorothée Olliéric ont été fournies par France 24, la chaîne de télévision française d’information internationale en continu lancée en 2006. Nicolas Bertrand, l’envoyé spécial de France 2 propose ensuite un plateau extérieur filmé à Bangui. Il est équipé d’un gilet pare-balles marqué « Press » comme tout journaliste opérant sur un théâtre de conflits : il s’agit à la fois de le protéger des balles mais également de signaler aux deux camps, les ex-Seleka et les anti-balaka, qu’il travaille comme reporter de guerre. Il ne doit par conséquent pas être pris pour cible. Il se déplace au milieu des pick-up remplis de miliciens ex-Seleka armés. Tout indique que les violences en Centrafrique ont pris la forme d’une guerre civile.

C’est d’ailleurs ce que montre aussi le reportage. On y voit également plusieurs plans de miliciens armés à bord de pick-up. Les sons de rafales d’armes automatiques audibles au début du sujet attestent de même de l’escalade du conflit. Plus encore, les images de cadavres regroupés dans la grande mosquée de Bangui et dont le visage a été flouté témoignent de l’ampleur des violences interconfessionnelles.
Christophe Gracieux

Transcription

(Bruit)
Journaliste
Des rafales d’armes automatiques retentissent dans plusieurs quartiers de Bangui, la capitale centrafricaine est en état de siège.
(Bruit)
Journaliste
Des miliciens chrétiens auraient infiltré le nord de la ville, les hommes de la Seleka, des musulmans qui contrôlent Bangui ont violemment riposté. Autour de la mosquée, l’ambiance est électrique.
(Bruit)
Journaliste
Les habitants brandissent machettes et fusils et appellent à la vengeance. À l’intérieur, des corps mutilés à l’arme blanche, des hommes, des femmes, des enfants, leurs corps lacérés par les coups de machettes.
(Bruit)
Inconnu
Y en a marre, y en a marre de tout ça, nous sommes des musulmans, c’est une question de religion. Ce n’est pas une question d’ethnie ou quoi que ce soit, la Centrafrique nous appartient, ça nous appartient à tous.
(Bruit)
Journaliste
Réfugiées de l’autre côté de la rue, plusieurs femmes disent avoir survécu à l’attaque.
Inconnue
Ils ont enlevé ma sœur et son bébé et ils sont partis avec. Moi, ils m’ont blessée à la jambe avec un couteau. Ensuite, ils ont attaché puis tué mon frère et son fils sous mes yeux et ils les ont brûlés.
Journaliste
Depuis plusieurs mois, le pays bascule dans le chaos. Tout a commencé en mars dernier, quand cet homme a pris le pouvoir par les armes, il est le premier musulman à la tête de ce pays où vivent plus de 80% de chrétiens. Depuis son arrivée, les mercenaires qui l’ont porté au pouvoir multiplient les exactions. Dans ce pays grand comme la France et la Belgique, ils ont d’abord sévi à Bouca et à Bossangoa, au nord de Bangui, puis se sont rapprochés de la capitale. En réponse, des milices chrétiennes d’autodéfense se sont donc constituées et à leur tour, commettent nombre d’exactions. La population, prise au piège, fuit les violences et ils sont nombreux à s’être réfugiés dans la brousse où la situation humanitaire est devenue catastrophique.
Présentateur
Bonsoir Étienne Leenhardt, dans un instant vous nous direz quelle sera la tâche exacte des soldats français. D’abord, nous venons de joindre notre envoyé spécial à Bangui, Nicolas Bertrand, écoutez son témoignage sur la situation sur place ce soir.
Nicolas Bertrand
Alors que la nuit est en train de tomber ce soir à Bangui, les habitants, eux, sont en train de ressortir de leur maison après une journée de combat, on les voit sortir les bras chargés de provisions. Ils vont, probablement, s’enfermer chez eux alors que le couvre-feu, ici, est décrété pour 18 heures. Alors, tout autour, vous voyez aussi ces pick-up chargés d’hommes lourdement armés, ici, une mitrailleuse de très gros calibre, eh bien, ces hommes, ce sont ceux qu’on appelle les ex-Seleka. Ce sont eux qui ont amené l’actuel Président au pouvoir, ici à Bangui, ce sont eux qui se sont battus toute la journée avec d’autres rebelles. Ils sont, bien sûr, très lourdement armés et ce soir, ils s’attendent à de nouvelles violences dans les prochaines heures.

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