Révolution en Ukraine : la destitution du président Ianoukovitch

22 février 2014
02m 55s
Réf. 07028

Notice

Résumé :
Le 22 février 2014, à Kharkov, en Ukraine, l’opposante Ioulia Timochenko a été libérée de prison. À Kiev, le président Viktor Ianoukovitch a été destitué par le Parlement. Vitali Klitschko, leader du parti d’opposition UDAR, justifie cette destitution. Viktor Ianoukovitch dénonce un coup d’État.
Date de diffusion :
22 février 2014
Source :

Contexte historique

À partir de novembre 2013, l’Ukraine connaît un mouvement de contestation massif du président Viktor Ianoukovitch. Il débute à la suite de la décision de ce dernier, élu en 2010, d’abandonner le 21 novembre 2013 l’accord d’association avec l’Union européenne (UE) qui devait être signé les 28 et 29 novembre suivant à Vilnius (Lituanie). Craignant de voir l’Ukraine basculer dans la zone d’influence européenne, le président de la Russie Vladimir Poutine a fait pression sur son homologue ukrainien, lui-même pro-russe, pour qu’il ne ratifie pas l’accord avec l’UE.

Des manifestations pro-européennes débutent dès lors à Kiev sur Maïdan, la place de l’Indépendance, lieu emblématique de la révolution orange de 2004 (voir ce document). Au fil des jours, le mouvement Euromaïdan prend de plus en plus d’ampleur. Il se radicalise avec la répression policière. Le 30 novembre 2013, les forces de l’ordre répliquent ainsi violemment aux manifestants et les chassent de Maïdan. Mais dès le lendemain la place est réoccupée et la mairie de Kiev investie. D’autres manifestations réunissent encore des centaines de milliers de pro-Européens les 8 et 15 décembre 2013.

L’opposition organise une nouvelle manifestation massive le 19 janvier 2014 en réaction à l’adoption de lois répressives à l’encontre des manifestants. Les heurts se multiplient. Le 22 janvier 2014, trois personnes sont ainsi tuées. Des affrontements violents éclatent de nouveau à Kiev à partir du 18 février 2014. 28 personnes sont tuées ce jour-là. Deux jours plus tard, le 20 février 2014, Kiev connaît sa journée la plus meurtrière depuis le début des manifestations : quelque 80 personnes sont tuées et 622 sont blessées. Ce bain de sang contraint Viktor Ianoukovitch à des concessions. Le lendemain 21 février, sous l’égide des ministres des Affaires étrangères allemand, français et polonais, un accord est signé entre le pouvoir et l’opposition afin de mettre fin à la crise. Il prévoit le retour immédiat à la Constitution de 2004 qui organisait un régime parlementaire, la formation d’un gouvernement d’union nationale et la tenue d’une élection présidentielle anticipée avant décembre 2014.

Malgré cet accord, l’Ukraine connaît un renversement de régime dès le lendemain. Dans la nuit du 21 au 22 février, Viktor Ianoukovitch fuit en effet Kiev. Dans une dernière allocution télévisée, il annonce son refus de démissionner et dénonce « un coup d’État ». Mais quelques heures plus tard, le Parlement vote sa destitution et fixe une élection présidentielle le 25 mai 2014. Le président du Parlement Oleksandr Tourtchynov devient président par intérim. Par ailleurs, l’ancienne opposante et Premier ministre Ioulia Timochenko est libérée à Kharkov. L’ex-égérie de la révolution orange de 2004 était emprisonnée depuis 2011 pour « abus de pouvoir ».

Cette révolution ravive cependant les tensions séparatistes en Ukraine. En Crimée, région autonome à majorité russophone, les pro-russes se soulèvent le 1er mars 2014 (voir ce document). Ils reçoivent le soutien de Vladimir Poutine qui y envoie des troupes russes. Le 11 mars 2014, le Parlement de Crimée déclare l’indépendance de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol à l’égard de l’Ukraine. Le 16 mars suivant, un référendum plébiscite le rattachement de la Crimée à la Russie par 96,77 %. En outre, à partir d’avril 2014, les tensions séparatistes gagnent la région du Donbass, dans l’Est de l’Ukraine. Les mouvements pro-russes qui rejettent le nouveau gouvernement pro-européen de Kiev se transforment en une insurrection armée séparatiste. En mai 2014, ils proclament l’indépendance des Républiques populaires de Donetsk et de Louhansk. Une guerre civile éclate alors entre les séparatistes, soutenus par des combattants russes, et l’armée ukrainienne. Les combats durent plusieurs mois. Ils s’interrompent après un cessez-le-feu signé en février 2015 à Minsk, en Biélorussie, qui prévoit la reconnaissance par l’Ukraine d’un statut particulier au Donbass.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Consacré à la révolution en Ukraine, ce sujet a été diffusé dans le journal télévisé de France 3, le 19/20, le 22 février 2014. Le jour même, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a été destitué par le Parlement et l’opposante Ioulia Timochenko a été libérée de prison.

Le sujet se présente comme un récit informatif qui vise à rendre compte de cette « journée historique » selon les termes du présentateur du journal télévisé Stéphane Lippert. Sa forme est de fait très classique : il alterne les images factuelles et d’illustration commentées et les interviews filmées à Kiev, la capitale d’Ukraine et épicentre du mouvement Euromaïdan, et à Kharkov, la deuxième ville du pays. Il s’attache surtout à présenter des images des deux principaux événements de la journée du 22 février 2014 : la destitution de Viktor Ianoukovitch et la libération de l’opposante Ioulia Timochenko.

Le sujet met ainsi en valeur trois personnages qui sont autant d’acteurs essentiels de la révolution ukrainienne. Il s’intéresse d’abord à l’ancienne égérie de la révolution orange de 2004 Ioulia Timochenko. Elle est montrée à sa sortie de prison à Kharkov à la fois par des plans filmés et des photographies. Le deuxième acteur de la révolution ukrainienne de 2014 mis en valeur dans le sujet est Vitali Klitschko, interviewé au sein du bâtiment de la Rada, le Parlement ukrainien. L’ancien boxeur, champion du monde des poids lourds, est en effet devenu l’un des chefs de file du mouvement pro-européen Maïdan et le leader du parti d’opposition Oudar. La troisième figure mise au premier plan dans ce sujet est celui par lequel la révolution est arrivée, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch. Il est d’abord l’objet d’un vote de destitution à la Rada. On le voit faire également en personne une déclaration dénonçant « un coup d’État » sur la chaîne satellite UBR.

Le sujet donne également à voir l’atmosphère proprement révolutionnaire qui règne en Ukraine, à Kiev comme à Kharkov. La liesse des opposants à Viktor Ianoukovitch apparaît manifeste à l’écran, tant au moment de la libération de Ioulia Timochenko que lors de la célébration de sa destitution à Maïdan.

Enfin, il faut constater que cette actualité, la plus importante de la journée du 22 février 2014, n’est pourtant pas celle qui ouvre le journal télévisé de France 3. Ce dernier débute en effet avec un duplex depuis le Parc des Expositions à Paris où est inauguré le Salon de l’Agriculture suivi d’un reportage consacré au premier jour du Salon. Cela atteste de la place souvent prédominante des actualités nationales sur les actualités internationales dans les journaux télévisés français.
Christophe Gracieux

Transcription

Stéphane Lippert
L’actualité de ce samedi, effectivement, c’est d’abord après trois mois de crise, une journée historique en Ukraine. Le Président Ianoukovitch a été destitué par le Parlement, il dénonce un coup d’État. Et dans le même temps, l’opposante emprisonnée depuis trois ans, Ioulia Timochenko a été libérée, Olivier Martin.
Olivier Martin
La voiture se fraie péniblement un chemin au milieu de la foule en liesse. À bord, Ioulia Timochenko salue ses partisans, l’opposante détenue depuis très de trois ans sort de prison. Voici les premiers clichés de sa libération, c’est l’un des symboles d’une journée marquée par un bouleversement politique. Quelques heures plus tôt, ils sont des milliers, massés aux abords du Parlement. Les policiers se sont retirés, ce sont les manifestants eux-mêmes qui assurent la sécurité. Dans l’hémicycle, l’opposition s’est emparée des principaux leviers du pouvoir, une résolution est adoptée, Viktor Ianoukovitch est destitué. Des élections présidentielles anticipées auront lieu en mai prochain.
Vitali Klitchko
Le Président ne répond plus aux exigences du peuple, il s’est retiré de lui-même, personne ne sait où il est au moment où je vous parle.
Olivier Martin
À la télévision, Viktor Ianoukovitch réagit aussitôt, il dénonce un coup d’État.
Vicktor Ianoukovitch
On me menace avec des ultimatums, mais je ne quitterai pas le pays, je ne démissionnerai pas, je suis un Président démocratiquement élu.
(Bruit)
Olivier Martin
À Kiev, les lieux symboliques du pouvoir sont peu à peu investis, un tournant au coeur de la capitale ukrainienne.
Stéphane Lippert
Luc Lagun-Bouchet, bonsoir, vous êtes notre envoyé spécial en Ukraine, comment les événements de ces dernières heures ont-ils été accueillis par les manifestants à Kiev. Est-ce qu’après cette victoire, ils vont quitter la Place de l’Indépendance qu’ils occupent depuis des mois ?
Luc Lagun-Bouchet
Eh bien, écoutez, depuis trois mois, je pense que c’est probablement la première fois qu’il y a des sourires sur les visages de ces gens qui occupent, vous le disiez, cette place depuis, depuis maintenant trois mois. Il faut dire qu’hier, c’était l’abattement, ils avaient le sentiment d’avoir été trahis par les leaders de l’opposition qui avaient signé cet accord avec le Président Ianoukovitch ; mais aujourd’hui, ce n’est pas l’euphorie mais c’est l’impression de vivre quand même un moment historique. Le Président Ianoukovitch vient d’être destitué, Ioulia Timochenko va venir ici, sur cette place, dans quelques minutes pour les voir et elle était en prison, elle incarne une autre Ukraine. Donc, ils ont vraiment l’impression, quand même, d’avoir gagné quelque chose et ils se disent que tous ces gens qui sont morts ne sont pas morts pour rien, c’est d’ailleurs la déclaration qu’a faite Ioulia Timochenko juste à sa sortie de prison.
Stéphane Lippert
Merci Luc.