La déclaration de politique générale de Manuel Valls

08 avril 2014
03m 34s
Réf. 07029

Notice

Résumé :
Le 8 avril 2014, le nouveau Premier ministre Manuel Valls prononce son discours de politique générale à l’Assemblée nationale. Il rappelle notamment son attachement à la France et ne cache pas la difficulté de la situation. Les députés votent ensuite la confiance à son gouvernement.
Date de diffusion :
08 avril 2014
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

À la suite de la déroute de la gauche lors du second tour des élections municipales du 30 mars 2014 (voir ce document), le président de la République François Hollande annonce la nomination de Manuel Valls comme Premier ministre après avoir été ministre de l'Intérieur. Manuel Valls remplace Jean-Marc Ayrault qui dirigeait le gouvernement depuis le 15 mai 2012 (voir ce document).

Né le 13 août 1962 à Barcelone, en Espagne, il adhère dès 1980 au Mouvement des jeunes socialistes. Maire d’Évry de 2001 à 2012, il est également député de la première circonscription de l’Essonne de 2002 à 2012. Il adopte des positions assez iconoclastes au sein du Parti socialiste (PS) qui le placent à la droite du parti. Il préconise notamment à plusieurs reprises l’abandon du mot « socialiste », le jugeant « dépassé ».

Candidat à la primaire socialiste à l’élection présidentielle de 2012, il ne réunit que 5,63 % des voix lors du premier tour le 9 octobre 2011 (voir ce document). Il ne se place qu’en cinquième position mais a profité de la campagne pour se faire connaître. Le soir même du premier tour de la primaire, il apporte son soutien à François Hollande. Désigné candidat du PS à l’issue du second tour, celui-ci fait de Manuel Valls son directeur de la communication pour la campagne présidentielle. Après son élection à la présidence de la République le 6 mai 2012 (voir ce document), François Hollande le nomme ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Place Beauvau, Manuel Valls mène une politique ferme qui confirme son positionnement à l’aile droite du PS. Il fait également interdire les spectacles de l’humoriste Dieudonné en janvier 2014 au nom de la lutte contre l’antisémitisme (voir ce document).

Devenue la personnalité politique la plus populaire de France, il est choisi par François Hollande comme Premier ministre le 31 mars 2014, au lendemain de la déroute de la gauche aux élections municipales. Sa nomination suscite d’emblée l’hostilité de l’aile gauche du PS. Manuel Valls constitue son gouvernement le 2 avril 2014. Il comporte 16 ministres, à parité de femmes et d’hommes. 9 ministres du gouvernement Ayrault conservent leur portefeuille, dont Laurent Fabius aux Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian à la Défense, Christiane Taubira à la Justice, Marisol Touraine aux Affaires sociales et à la Santé ou Aurélie Filippetti à la Culture et à la Communication. Plusieurs ministres changent d’attributions ou de ministères, parmi lesquels Michel Sapin qui reçoit la charge des Finances et des Comptes publics, Bernard Cazeneuve celle de l’Intérieur ou Arnaud Montebourg celle de l’Économie, du Redressement productif et du Numérique. Le gouvernement Valls compte par ailleurs deux entrants, Ségolène Royal à l’Écologie, au Développement durable et à l’Énergie, et François Rebsamen au Travail et à l’Emploi.

Le 8 avril 2014, Manuel Valls fait son discours de politique générale à l’Assemblée nationale. Cet exercice est un rituel inscrit dans la Constitution de la Ve République à l’article 49-1 : « Le Premier ministre, après délibération du conseil des ministres, engage devant l’Assemblée nationale la responsabilité du Gouvernement sur son programme ou éventuellement sur une déclaration de politique générale ». Cette dernière n’est donc pas obligatoire mais elle est devenue un passage obligé pour tout nouveau chef de gouvernement. Ainsi, tous les Premiers ministres depuis 1993 ont sollicité la confiance des députés à la suite de leur nomination (voir notamment celle de François Fillon en 2007). À cette occasion, Manuel Valls présente les grandes orientations de son gouvernement et les principales réformes envisagées. L’Assemblée nationale vote ensuite la confiance à son gouvernement par 306 voix contre 239 et 26 abstentions dont 11 députés socialistes.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet qui ouvre le journal télévisé de 20 heures de France 2 le 8 avril 2014 est consacré à la déclaration de politique générale prononcée par le nouveau Premier ministre Manuel Valls à l’Assemblée nationale le jour même. Il est très majoritairement constitué d’extraits de son discours sélectionnés comme les plus significatifs. Ce discours a été filmé par les services de l’Assemblée nationale comme l’indique le logo figurant le Palais Bourbon situé en haut à droite de l’image . En effet, ce sont ces services qui filment toutes les séances publiques de l’Assemblée nationale, de même que l’ensemble des réunions des commissions parlementaires. Libres de droit, leurs images sont fournies à La Chaîne parlementaire ou autres chaînes de télévision demandeuses. C’est ici le cas pour les extraits du discours de Manuel Valls repris par France 2 dans son journal télévisé.

De facture classique, ce sujet donne à voir le rituel que constitue le discours de politique générale pour tout nouveau chef de gouvernement. Manuel Valls prononce ainsi son allocution à la tribune située juste sous le perchoir où siège le président de l’Assemblée nationale. C’est également de là que lui répondent les présidents des différents groupes parlementaires. Aucun extrait de leurs interventions n’est proposé dans le sujet. Seul le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Christian Jacob, est montré dans cet exercice mais le commentaire de la journaliste recouvre sa voix. Par la suite, on peut constater que le nouveau Premier ministre répond aux présidents des groupes parlementaires depuis le banc du gouvernement où il prend place avec les membres de son équipe : il s’exprime au micro devant les autres ministres, tout comme lors des réponses aux questions orales lors de la séance hebdomadaire du mercredi. Le rituel de la déclaration de la politique générale se clôt par l’annonce du résultat du scrutin. Dans le cas présent, il est présenté dès le début du sujet. Tel un maître de cérémonie, le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone livre depuis « le perchoir » le résultat positif pour Manuel Valls (306 voix pour contre 239) et déclare solennellement : « L’Assemblée nationale a approuvé la déclaration de politique générale du gouvernement ».

Par ailleurs, ce sujet donne à voir la traditionnelle répartition des rôles entre majorité et opposition dans le système parlementaire français. D’un côté, les députés socialistes applaudissent debout à plusieurs reprises Manuel Valls, et ce dès sa montée à la tribune, pendant son discours et à l’annonce du vote de la confiance à son gouvernement. De l’autre côté, l’opposition de droite laisse entendre ses protestations dans un brouhaha, comme des d’écoliers indociles chahutant en classe. Ces réactions antagonistes sont des images classiques des séances à l’Assemblée nationale, en particulier lors des questions au gouvernement les mardi et mercredi après-midis diffusées par France 3.

Il faut enfin noter que ce sujet fait la part belle au « lyrisme » du nouveau Premier ministre. Tant la journaliste que le présentateur du journal télévisé David Pujadas y font référence. Trois des extraits du discours sélectionnés mettent du reste en avant ces « envolées » de Manuel Valls. Le premier est une séquence émotion sur sa fierté d’être Français et son attachement à la France. Cette évocation n’est pas anodine de la part d’un homme né en Espagne, alors qu’une semaine auparavant le Front national a connu un succès historique en remportant 11 mairies aux élections municipales. Les second et troisième extraits s’intéressent au lexique du discours : il donne à entendre la première phrase du discours « tout en rimes » (« Trop de souffrance, pas assez d’espérance, telle est la situation de la France »), puis met en évidence le mot « vérité » prononcé à plusieurs reprises par Manuel Valls.
Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
Bienvenue à tous, imprimer sa marque, afficher sa méthode et son programme, on dit souvent qu’un discours de politique générale est un acte fondateur. De Manuel Valls, on retiendra sans doute les annonces économiques, on va y venir, mais aussi ces quelques phrases de conclusion, écoutez.
Manuel Valls
J’ai voulu devenir Français et être Premier ministre du Gouvernement de la France est un immense honneur pour moi. Et je me dis qu’il y a peu de pays au monde qui permettent à des citoyens nés à l’étranger, qui ont appris les valeurs de la République, de prendre les plus hautes fonctions de l’État. C’est pour ça que j’aime profondément ce pays et c’est pour ça que je suis fier de m’adresser à sa représentation nationale.
David Pujadas
Quelques envolées donc, plus globalement, que faut-il retenir de ces 47 minutes de discours, Sophie Brunn, Matthieu Régnier.
Claude Bartolone
Pour l’approbation, 306, contre 239, l’Assemblée Nationale a approuvé la déclaration de politique générale du Gouvernement.
Sophie Brunn
C’est une très large majorité, à 19 heures, Manuel Valls obtient la confiance des députés, il a réussi son grand oral. Quatre heures plus tôt, l’hémicycle était plein à craquer quand le Premier ministre est monté à la tribune pour attaquer son discours, il ose une première phrase toute en rimes.
Manuel Valls
Trop de souffrance, pas assez d’espérance, telle est la situation de la France !
Sophie Brunn
C’est un diagnostic très sombre que livre Manuel Valls, avec un certain lyrisme, il affirme avoir entendu le message envoyé aux municipales.
Manuel Valls
J’ai vu ces visages fermés, ces gorges nouées, ces lèvres serrées, disons les choses simplement, beaucoup de nos compatriotes n’y croient plus et ils ne nous entendent plus. La parole publique est devenue pour eux une langue morte.
Sophie Brunn
Ce discours, la Droite l’attendait de pied ferme, alors, elle chahute régulièrement le Premier ministre, comme lorsque celui-ci reconnaît une erreur.
Manuel Valls
Et puis, il y a aussi cette exaspération quand à la feuille de paie déjà trop faible s’ajoute la feuille d’impôts trop lourde.
(Bruit)
Manuel Valls
Enfin, enfin…
Sophie Brunn
Pour répondre à la colère des Français, Manuel Valls prend des engagements, il invoque d’abord Pierre Mendès France et son mot d’ordre, la vérité.
Manuel Valls
Dire la vérité, il faut dire la vérité, voilà la vérité, je dirais donc la vérité aux Français, je la leur dois.
(Bruit)
Sophie Brunn
Au moment de conclure, un nouveau Manuel Valls se fait lyrique, il fend enfin l’armure.
Manuel Valls
Et je vous demande, le coeur battant pour la France, de m’accorder votre confiance pour qu’ensemble, cette confiance, nous la rendions aux Français.
(Bruit)
Sophie Brunn
48 minutes de discours et l’ovation des Socialistes, ainsi que de certains députés Verts, mais Manuel Valls n’en a pas fini, après avoir écouté les groupes parlementaires, il tend la main à l’opposition, sans notes et sur un ton inhabituel dans cette enceinte.
Manuel Valls
Et si on travaillait autrement, si on était capables de s’écouter, si on était capables de sortir de nos ornières et de nos caricatures. Alors moi, je ne suis pas là pour dire que c’est facile, mais je veux vous dire uniquement, Mesdames et Messieurs de l’opposition que la responsabilité est collective parce que le fossé, il se creuse entre les Français et les responsables politiques.
Sophie Brunn
Un appel qui n’a pas été entendu par les députés UMP, un seul s’est abstenu, tous les autres ont voté contre.

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