Les troupes soviétiques libèrent le camp d’Oswiescim (Auschwitz)

01 janvier 1945
03m 13s
Réf. 07033

Notice

Résumé :
Ce reportage monté par les opérateurs soviétiques, offre une vision très scénarisée de la libération du camp d’Auschwitz, mêlant prises de vue réelles et scènes reconstituées. Le commentaire très narratif permet également de mieux cerner le regard alors porté par les Soviétiques sur l’évènement.
Type de média :
Date de diffusion :
01 janvier 1945
Source :
AF (Collection: Non Utilisés )

Contexte historique

Le camp d’Auschwitz est décrit dans le reportage comme étant "un gigantesque complexe de mise à mort". Il s’agit à la fois d’un camp d’extermination (où la majorité des Juifs et des Tsiganes sont gazés avant leur entrée dans l’enceinte du camp) et d’un camp de concentration (où les déportés meurent très rapidement, épuisés par des cadences de travail infernales, la faim, le froid et le manque d’hygiène déclencheurs d’épidémies).

Situé à 60 km de Cracovie, Auschwitz se compose de trois sous-camps :

- Auschwitz I qui fonctionne dès mai 1940 comme un camp de concentration qui peut accueillir plus de 10 000 détenus, majoritairement des déportés politiques et des prisonniers de guerre soviétiques. Les déportés y sont exploités jusqu’à épuisement. Certains sont victimes d’exécutions sommaires et d’expériences pseudo-médicales pratiquées par le docteur SS Josef Mengele. Une chambre à gaz y est également  installée pour éliminer les détenus devenus trop faibles : dès septembre 1941, le Zyklon B y est testé.

- Auschwitz II (Auschwitz-Birkenau) , dont la construction en octobre 1941 coûte la vie à des dizaines de milliers de détenus.  C’est à la fois un centre de mise à mort abritant quatre chambres à gaz et un camp de concentration pouvant abriter dix fois plus de détenus qu’à Auschwitz I. Il est divisé en plus d’une douzaine de sections réservées à certaines catégories de populations (hommes, femmes, tsiganes, juifs venus de certains ghettos).

- Auschwitz III (Monowitz) est un camp annexe construit en octobre 1942 où plusieurs dizaines de milliers de déportés sont exploités au service de la Buna, usine de caoutchouc synthétique de l’entreprise allemande IG-Farben.

A leur descente du train, les trois quarts des déportés sont "sélectionnés": les femmes, les personnes âgées et les enfants en bas âge sont dirigés vers les chambres à gaz. Pour les survivants, l’espérance de vie ne dépasse pas quelques semaines, et exceptionnellement quelques mois selon l’affectation du déporté. Entre 1942 et 1944, des convois de Juifs venant de l’ensemble des pays occupés arrivent à Auschwitz II. Le rythme des convois et de l’extermination s’accélère d’avril à juillet 1944 avec l’arrivée de plus de 400 000 Juifs Hongrois dont les trois quarts sont immédiatement envoyés dans les chambres à gaz.

Au total, 1,3 millions de personnes trouvent la mort à Auschwitz dont près d’un million de juifs et quelques dizaines de milliers de Tsiganes.

A l’approche des soldats soviétiques, les autorités nazies ont cherché à anéantir les preuves du génocide : près de 60 000 détenus sont évacués, soumis aux "marches de la mort" , les chambres à gaz et crématoires sont détruites et les archives brûlées. Le 27 janvier 1945, lorsque les soldats soviétiques pénètrent au sein du camp d'Auschwitz, ils découvrent un peu plus de 7 000 déportés encore en vie et près de 600 corps massacrés.
Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Ce reportage soviétique, filmé peu après la libération du camp, n’a pas été diffusé en France. Ces images commentées en russe permettent d’analyser le regard porté par les Soviétiques à la découverte de ce camp, qui a joué un rôle central dans le génocide des Juifs et des Tsiganes.

A l’arrivée des Soviétiques à Auschwitz, les conditions techniques et l’urgence de la prise en charge des déportés rendent la réalisation de prises de vue particulièrement difficile. Les opérateurs soviétiques ont donc recours à des scènes reconstituées.

Plusieurs versions ont donc été tournées, dont certaines mettent l’accent sur la liesse des déportés à l'arrivée des troupes soviétiques, alors qu’en réalité, les regards des déportés étaient craintifs face à des soldats inconnus dont ils ne connaissaient pas les intentions.

Dans ce reportage, les femmes sortant des baraquements sont en réalité des Polonaises, habitant les villages voisins. Leur aspect physique contraste d’ailleurs avec d’autres plans, constitués par des prises de vue réelles (notamment la vue des déportés en pleurs montrant leur matricule à travers les barbelés du camp et les plans rapprochés montrant les tas de cadavres gisant à même le sol).

Le ton de la voix off et l’habillage sonore renforcent la dramaturgie des scènes reconstituées : le commentaire très narratif s’attarde sur plusieurs personnages jugés emblématiques dont les paroles sont rapportées au style indirect. Il s’agit ici de dénoncer les exactions commises à l’égard des populations issues d’Europe de l’Est (hommes et de femmes russes ou yougoslaves), sans aucune évocation du sort réservé aux Juifs et aux Tsiganes.

Certaines prises de vue réelles de ce reportage immortalisent la barbarie à l’oeuvre à l’intérieur de ce camp d’extermination : amoncellement des corps de femmes, d’enfants et de nourrissons ; vêtements gisant sur la rampe d’accès au camp.

Les autorités soviétiques et polonaises ont très rapidement décidé de collecter toutes les preuves non détruites par les nazis en créant dès juillet 1947, le musée national Auschwitz-Birkenau. Ce lieu de mémoire permet aujourd’hui aux visiteurs de reconstituer le parcours des déportés depuis leur arrivée au camp. Pour témoigner de la sélection opérée dès la sortie des convois, une partie des effets personnels des déportés exterminés (près de 110 000 chaussures,  3800 valises, 12 000 ustensiles de cuisine) ont été conservés et sont en partie exposés. Depuis l’effondrement du bloc soviétique, les guides polonais mettent davantage l’accent sur les spécificités du camp d’Auschwitz, qui joua un rôle considérable dans le génocide des Juifs et des Tsiganes.
Emeline Vanthuyne

Transcription

[Russe]
C’était le camp de concentration allemand le plus grand, un gigantesque complexe de mort. Chaque mètre est gorgé de sang humain… Ici les Allemands amenaient leurs victimes de toute l’Europe par 5 à 8 convois, par jour. Ici, on a massacré chaque jour des milliers de gens, un ancien ingénieur yougoslave Miroslav raconte que ce sont des centaines de milliers de victimes qui ont construit l’usine chimique.
(Musique)
[Russe]
Chacun de ceux qui avait échoué dans le camp savait que la mort l’attendait tôt ou tard.
(Musique)
[Russe]
Maria Dmitrievna Kabolès, de Voronej raconte : Certains mouraient de faim, d’autres rassemblés en troupeau étaient gazés ou fusillés. On leur prenait toutes leurs affaires jusqu’à la dernière harde.
(Musique)
[Russe]
Elle a vu de ses propres yeux comment on chargeait les haillons pour les transporter dans les convois.
(Musique)
[Russe]
Milka Roujet, yougoslave emprisonnée parce que son mari était un partisan dit que les gens n’ayant pas la force de travailler mouraient d’exténuement et d’inanition, on tuait les mères avec les enfants dans les bras, les jeunes et les vieillards. Les plus affaiblis, incapables de bouger mouraient de froid dans les baraquements Vera [incompris] raconte c’est même effrayant de dire combien on a tué de gens ici, combien ont été torturés ou sont morts de froid et de faim.
(Musique)
[Russe]
Les Allemands les ont traités comme du bétail, chacun avait un numéro tatoué sur le bras. Voilà les témoins de l’accusation de l’Allemagne. Le jugement est proche.