La "zone grise" de Primo Levi

06 mars 1999
02m 32s
Réf. 07035

Notice

Résumé :
L’exposition présentée au musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon en mars 1999 met en valeur les oeuvres de Primo Levi et sa réflexion sur le fonctionnement de l’univers concentrationnaire. L’écrivain italien a notamment mis en évidence l’existence d’une "zone grise" séparant victimes et bourreaux, qui peut être franchie par certains déportés afin d’assurer leur survie au sein du camp.
Date de diffusion :
06 mars 1999
Source :

Contexte historique

Le premier ouvrage de Primo Levi, Si c'est un homme, publié en 1947, d'abord refusé par de nombreux éditeurs, est devenu un classique de la littérature italienne et un témoignage incontournable pour comprendre la lutte quotidienne des déportés contre la déshumanisation au sein du camp.

Jeune chimiste turinois de 24 ans, réfugié dans le Val d’Aoste, Primo Levi s’engage en 1943 dans une organisation antifasciste et résistante. Les membres du groupe, inexpérimentés, sont arrêtés par la milice italienne en décembre 1943. Interné au camp de Carpi-Fossoli, Primo Levi, d’origine juive, est déporté vers le camp d'Auschwitz en février 1944.

Une série de circonstances favorables va lui permettre d’assurer sa survie au sein du camp. A son arrivée, ses qualités de chimiste le conduisent à intégrer le camp Auschwitz III (Monowitz) et à travailler à l'usine de caoutchouc de Buna (appartenant au groupe industriel IG-Farben). Il doit alors résister aux cadences de travail, à la faim, au froid et aux punitions arbitraires mais bénéficie d’un traitement plus favorable que d’autres déportés du camp. La solidarité d’un autre déporté italien lui permet en outre de bénéficier d’une ration journalière supplémentaire (pain, soupe).

La survie de Primo Levi tient également aux circonstances favorables qui lui ont permis d’échapper aux "marches de la mort" imposées aux 60 000 déportés survivants : évacués vers d’autres camps à pied puis en convois, dans des conditions climatiques extrêmement rigoureuses, plus d’un tiers succomba.

 Primo Levi, quant à lui, atteint par la scarlatine et jugé intransportable, reste à l’intérieur du camp jusqu’à sa libération par les Soviétiques le 27 janvier 1945. Il fait partie des 88 Italiens survivants (sur 7500 Italiens déportés à Auschwitz).

 Commence alors pour lui un long périple pour rejoindre son pays natal et Turin qu’il ne revoit que dix mois plus tard. En 1963, son ouvrage La Trêve raconte les conditions de ce retour qui l’entraîne à travers l’Europe. 

Après guerre, il s’affirme comme un écrivain reconnu, non seulement en publiant témoignage et réflexions sur la Shoah mais aussi en s’illustrant, parfois sous pseudonyme, dans d’autres genres littéraires (poèmes, science fiction). Il poursuit en parallèle sa carrière de chimiste. Supportant de plus en plus difficilement la culpabilité du survivant, il ne cesse pourtant pas de témoigner jusqu’à son suicide survenu le 11 avril 1987.
Emeline Vanthuyne

Éclairage média

En mars 1999, France 3 Franche Comté consacre un de ses reportages à l'exposition « La zone grise » visible au musée de la résistance et de la déportation situé dans la citadelle de Besançon. Cette installation met moins l’accent sur le récit de la déportation de Primo Levi que sur son travail littéraire ainsi que sur sa réflexion autour de l’univers concentrationnaire.

Le reportage insiste, grâce à une série de plans rapprochés, sur quelques détails d’une scénographie moderne et originale, qui permet aux visiteurs de découvrir de longs extraits des ouvrages de l’écrivain italien, dans un décor très épuré.

Les commissaires d'exposition reviennent sur la notion de « zone grise » développée par Primo Levi dans son dernier ouvrage Les Naufragés et les rescapés paru en 1986, dans lequel l’auteur italien s’interroge sur le prix de la survie au sein des camps et la frontière poreuse entre victimes et bourreaux.

L'organisation du camp repose en effet sur la pression exercée par les nazis et sur la désignation d'auxiliaires choisis parmi les détenus : ils sont alors en charge de la surveillance des autres déportés. Certaines victimes sont ainsi amenées à exercer leur autorité sur les autres et à leur infliger de sévères punitions.

Les pouvoirs ainsi accordés aux chefs de blocks et aux kapos leur confèrent des privilèges nécessaires à leur survie. A l’inverse de ces "rescapés", les "naufragés", qui n’ont pas survécu à l’enfer d’Auschwitz, sont ceux qui, selon Primo Levi, n’ont pas compris assez vite le fonctionnement du système concentrationnaire et ont refusé tout compromis.

L’exposition présentée permet ainsi de faire le lien entre le devoir de mémoire et l’analyse des relations nouées entre êtres humains dans des situations d'oppression extrême, lorsque les conditions de survie sont limitées.
Emeline Vanthuyne

Transcription

(Musique)
Journaliste
La Zone Grise, région psychologique entre le bien et le mal, la résistance et la collaboration, la résignation et la pugnacité, le désir de mort et la lutte pour la vie.
(Musique)
Journaliste
C’est le premier repère donné aux visiteurs qui entament ce parcours proposé autour de l’oeuvre d’un homme qui, par son témoignage vital, a choisi de combattre le révisionnisme.
Frédéric Kapala
Dans la notion de zone grise, c’est la notion de, c’est l’interrogation, c’est la notion de doute qui me semblait importante, c’est la question posée sur notre appartenance ou pas à cette zone grise. Par-delà, d’ailleurs, cette interrogation, il y a aussi interrogation sur l’existence du bien ou du mal. Tout ça, évidemment, sans donner de réponse mais peut-être en posant, en essayant de poser les bonnes questions pour que les gens essaient de faire un petit peu un voyage intérieur ; pour se dire, cette zone grise, est-ce qu’elle existe, est-ce que j’en fais partie ? De quel côté je vais pencher si jamais j’ai à pencher ?
(Musique)
Journaliste
Primo Levi nous renvoie à nos doutes, à nos responsabilités, à nos fragilités, loin de tout manichéisme. Il nous renvoie aussi à nos comportements d’aujourd’hui, à la portée de la mémoire.
(Musique)
Elisabeth Pastwa
On ne peut pas, heu, nous qui n’avons pas vécu la période, être le témoin à la place du témoin. Nul ne peut témoigner qui n’aurait été témoin lui-même, ça, c’est sûr. Donc, il va falloir trouver d’autres formes pour faire passer la mémoire. L’aspect, euh, mémoire, je pense, ne peut être traduit que par ce type d’installations qui sont des installations où le sentiment est éminemment présent. Alors que l’histoire, puisque le Musée de la Résistance est aussi un musée d’histoire, lui, continuera à traiter, l’histoire continuera à traiter la partie factuelle, hein. Et c’est, et là, bon, on a un registre à deux voix.
(Musique)

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