Histoire et mémoire du camp de Mauthausen

14 mai 2007
02m 04s
Réf. 07036

Notice

Résumé :
Ce reportage, diffusé en mai 2007, retrace le parcours de Jean-Baptiste Nobilet, déporté à 16 ans et qui survécut un an à l’enfer du camp de Mauthausen. Il est interrogé ici dans l’enceinte du Parlement de Bretagne, en marge de l’exposition itinérante La part visible des camps. Les photographies du camp de Mauthausen, réalisée par l’Amicale de Mauthausen.
Type de média :
Date de diffusion :
14 mai 2007
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Contexte historique

Le reportage est diffusé à l’occasion de l’inauguration par le Parlement de Bretagne de l’exposition itinérante réalisée par l’Amicale de Mauthausen autour des photographies prises au camp. Dans cette forteresse et ses 80 kommandos annexes dispersés sur le territoire autrichien, plus de 190 000 sont déportés entre août 1938 et mai 1945 et près de la moitié périssent.

Les déportés, affamés et affaiblis, travaillent dans des carrières de granit ou pour les usines d'armement du Reich. Soumis à des cadences de travail infernales et portant de lourds blocs de pierres, ils doivent par exemple pour se rendre à la carrière de granit, emprunter un escalier de 186 marches irrégulières, surnommé l'"escalier de la mort".

L'exploitation de cette main-d'oeuvre, les sévices infligés, ainsi que l'absence d'hygiène et le manque de nourriture expliquent que le taux de mortalité à Mauthausen ait été particulièrement élevé. Fin 1943, la construction de kommandos (sous-camps) souterrains permet aux nazis de poursuivre la production d'armes et de munitions à l'abri des bombardements alliés. Les déportés y vivent dans des conditions particulièrement éprouvantes.

L'installation de chambres à gaz au sein du camp principal, à Gusen et à l'intérieur du château d'Hartheim conduit au total au gazage de 10 000 déportés de Mauthausen. D'autres sont victimes d'expériences médicales et de nombreux détenus jugés inaptes au travail subissent des injections létales (ou sont exécutés).

Au second semestre de l'année 1944, l'évacuation des camps de l'Est fait croître les effectifs de Mauthausen à un rythme exponentiel : en mars 1945, 84 000 personnes séjournent à Mauthausen dont les trois quarts dans des camps rattachés. La recrudescence des épidémies puis l'évacuation du camp explique qu'un quart des décès de Mauthausen ait eu lieu au cours des quatre derniers mois de déportation.

Libéré par les Américains le 5 mai 1945, le camp de Mauthausen est devenu un Mémorial en 1949. Dans les années 60, un cimetière y a été aménagé et 14 000 dépouilles ont pu être inhumées. Un musée, construit dans les années 70, abrite depuis 2013 deux expositions permanentes. Un Espace des Noms permet depuis quelques années de retrouver le nom des 81 000 déportés morts dans l'enfer de Mauthausen et ayant été identifiés.
Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Ce reportage a été diffusé le 14 mai 2007 dans l’édition du soir de France 3 Haute Bretagne.

 La journaliste rencontre l’ancien déporté Jean-Baptiste Nobilet, à l’occasion de la présentation d’une exposition consacrée à Mauthausen au sein du Parlement de Bretagne.

Déporté à 16 ans avec son père, son oncle et son frère, il est le seul homme de sa famille à avoir survécu aux cadences infernales, à la faim, au froid et aux différentes épidémies. Jean-Baptiste Nobilet évoque avec émotion son quotidien à l’intérieur du camp et son retour : sa mère ne parvient pas à le reconnaître alors qu’il ne pèse plus que 35 kg.

L’exposition itinérante, à laquelle ce reportage fait référence, a été réalisée en 2005 à l’occasion du 60e anniversaire de la libération des camps. A l’initiative de l’Amicale de Mauthausen et en partenariat avec le ministère de l’Intérieur autrichien, cette exposition, intitulée La part visible des camps. Les photographies du camp de Mauthausen, est le fruit d’un travail d’analyse historique et critique de nombreux clichés. Certains clichés ont été pris par les SS eux-mêmes puis détruits mais les négatifs ont pu être cachés, sortis du camp et conservés en France. D’autres ont été réalisés après la libération du camp par des déportés espagnols ou par les soldats américains.

En France, depuis la libération du camp, l’Amicale de Mauthausen oeuvre au maintien de la solidarité entre les anciens déportés et à la transmission de la mémoire du camp. Ainsi, dès 1949, un monument français est inauguré à Mauthausen puis en 1958 au cimetière du Père-Lachaise. Depuis 2008, un monument virtuel permet de mieux connaître le parcours des 10 000 déportés français du camp.
Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
Jean-Baptiste avait 18 ans quand il est rentré de Mauthausen. Pour retrouver sa mère, il a monté les marches de la gare Montparnasse à quatre pattes, il pesait 37 kilos.
Nobilet Jean-Baptiste
Lorsque ma mère est descendue de la voiture, c’est moi qui l’ai accueillie, elle n’a pas bougé. Elle était médusée par le spectacle. Elle ne reconnaissait plus son fils.
Journaliste
Mauthausen, c’est une belle forteresse en granit bleu, raconte Jean-Baptiste, entièrement faite à la main de déportés. Pendant un an là-bas, il a juste essayé de ne pas mourir.
Nobilet Jean-Baptiste
Et survivre, c’est un souci permanent, toutes les minutes. Il n’y avait pas un instant à perdre, à surveiller les coups qui allaient nous tomber. C’était infernal, infernal et on n’a même le temps de penser. Moi, j’ai honte de le dire, mais je n’avais pas le temps de penser à ma famille.
Journaliste
Son frère, son père, sont restés là-bas, morts de faim, d’épuisement ou de coups. À Mauthausen, 120 000 hommes et femmes ont péri.
Nobilet Jean-Baptiste
J’ai eu l’occasion de, d’assister des mourants, des mourants, bien sûr, qui parlaient la même langue que moi. Eh ben, ils mouraient heureux. Heureux, parce que libérés. Libérés et ils savaient qu’ils n’allaient plus avoir à subir le régime que l’on avait dans les camps de concentration. Ils étaient libérés, c’était une évasion pour eux, la mort.
Journaliste
Pendant que des hommes tuaient, d’autres photographiaient. Les résistants espagnols, prisonniers du camp, voulaient qu’il y ait des traces.
Intervenante
Ils avaient la certitude qu’ils disparaîtraient dans cette tourmente, et que c’était le seul témoignage de l’indicible, d’une horreur absolument indicible. C’est pourquoi ils voulaient sauver à tout prix le témoignage de ces gens.
Journaliste
Au camp, ceux qui mouraient imploraient les autres de dire. Jean-Baptiste et ces photos témoignent pour eux tous.