Double prise d'otages terroriste dans le magasin Hyper Cacher à Paris et à Dammartin-en-Goële

09 janvier 2015
04m 17s
Réf. 07047

Notice

Résumé :
Le 9 janvier 2015, le RAID et la BRI mettent fin à la prise d’otages organisée par le terroriste Amedy Coulibaly dans le magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes à Paris. Peu avant, le GIGN avait également lancé un assaut victorieux contre les frères Kouachi, auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo, retranchés dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële.
Date de diffusion :
09 janvier 2015
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Au début du mois de janvier 2015, la France subit une vague d'attentats sans précédent : du 7 au 9 janvier, dix-sept personnes sont tuées par trois terroristes djihadistes. Tout débute le 7 janvier 2015. Ce jour-là, la France est saisie d'effroi par une attaque contre Charlie Hebdo. Deux terroristes, les frères Chérif et Saïd Kouachi, se revendiquant d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique, font irruption au siège de l'hebdomadaire satirique, dans le onzième arrondissement de Paris (voir Attentat contre le journal Charlie Hebdo). Ils assassinent douze personnes qui participaient à la conférence de rédaction de Charlie Hebdo. Parmi les victimes figurent notamment les dessinateurs emblématiques Cabu, Charb, Wolinski, Honoré et Tignous. Les frères Kouachi prennent ensuite la fuite.

Le lendemain 8 janvier 2015, une jeune policière municipale est également assassinée à Montrouge (Hauts-de-Seine), alors qu'elle intervenait sur un accident de la circulation, Clarissa Jean-Philippe est abattue d'une balle dans le dos par Amedy Coulibaly, délinquant multirécidiviste converti à l'islam radical. Amedy Coulibaly est proche des frères Kouachi : il a rencontré Chérif Kouachi en prison en 2005.

Le 9 janvier 2015, au moment même où Chérif et Saïd Kouachi se trouvent assiégés par les forces de l'ordre depuis plusieurs heures dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), Amedy Coulibaly commet à son tour un attentat. Lourdement armé, il pénètre un peu après 13 heures dans le magasin Hyper Cacher, supermarché casher situé avenue de la porte de Vincennes, à Paris. Le terroriste tue immédiatement trois personnes avant d'en prendre en otage dix-sept. Pendant la prise d'otages, il en abat une quatrième qui avait tenté de s'emparer d'une de ses armes. Un employé de l'Hyper Cacher, Lassana Bathily, parvient cependant à dissimuler un groupe de clients dans une chambre froide. Au cours de la prise d'otages, Amedy Coulibaly contacte de lui-même la chaîne d'information BFM TV: il se réclame de l'Etat islamique et dit s'être "synchronisé" avec les frères Kouachi. Il menace de tuer tous les otages si l'assaut est donné contre lui.

Vers 17 h, alors que le GIGN, le groupe d'intervention de la gendarmerie, se prépare à intervenir contre l'imprimerie de Dammartin-en-Goële, les frères Kouachi sortent de leur position retranchée et font feu sur les forces de l'ordre. Ces dernières ripostent et les tuent. Peu après, vers 17h15, plus de quatre heures après le début de la prise d'otages dans l'Hyper Cacher, le RAID et la BRI, forces d'intervention policières, donnent l'assaut contre Amedy Coulibaly. Le terroriste est abattu sans qu'aucun otage supplémentaire ne soit tué.

Le soir de ce double assaut qui met fin aux attentats qui ont endeuillé la France durant trois jours, le président de la République François Hollande fait une allocution : il qualifie la prise d'otages de l'Hyper Cacher d'"acte antisémite effroyable". C'est en effet la communauté juive française qui a été visée par Amedy Coulibaly. L'émotion qui la touche alors est d'autant plus forte que cette tuerie s'inscrit dans un contexte de recrudescence des violences antisémites (assassinat d'Ilan Halimi en 2006 - voir ce document - et tuerie commise par Mohamed Merah à Toulouse en 2012 - voir ce document).

Un hommage est rendu le 10 janvier 2015 aux victimes de l'Hyper Cacher, devant le magasin, en présence de nombreux anonymes mais également de personnalités politiques (voir Hommage aux victimes de la prise d’otages du magasin Hyper Cacher). En outre, les 10 et 11 janvier, des marches républicaines sont organisées pour s'opposer au terrorisme et défendre la liberté d'expression. Le 11 janvier 2015, près de 4 millions de personnes dont 1,5 million à Paris (voir La marche républicaine du 11 janvier 2015 contre le terrorisme), défilent dans la rue.
Christophe Gracieux

Éclairage média

La vague inédite d'attentats commis par des terroristes djihadistes qui a ensanglanté et bouleversé la France entre le 7 et le 9 janvier 2015 a fait l'objet d'une très grande couverture médiatique. Les chaînes d'information en continu (BFM TV, I-Télé, LCI) y ont dédié toute leur antenne. De même, les chaînes de télévision généralistes y ont consacré l'intégralité de leurs journaux télévisés et de longues éditions spéciales réalisées en direct.

Ainsi, le 9 janvier 2015, journée extrêmement dense en événements puisque marquée par deux prises d'otages terroristes puis deux assauts victorieux des forces de l'ordre à Dammartin-en-Goële et dans le magasin Hyper Cacher de l'avenue de la porte de Vincennes à Paris, France 2 transforme ses deux journaux télévisés en éditions spéciales. La première, celle de treize heures, est entièrement consacrée à la prise d'otages qui se déroule alors au même moment dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële, commise par les frères Chérif et Saïd Kouachi. La deuxième, celle du vingt heures, revient sur les événements de la journée, à Dammartin-en-Goële et à la porte de Vincennes. Cette édition spéciale se compose de reportages mais également de duplex avec des journalistes présents sur les deux lieux des prises d'otages, d'interviews par téléphone de témoins et de spécialistes ainsi que d'analyses en plateau par des invités.

L'édition spéciale du journal télévisé de vingt heures de France 2 s'ouvre sur un long reportage qui résume "l'incroyable journée", selon les mots du présentateur Laurent Delahousse, qu'a vécu la France le 9 janvier 2015. Il s'agit d'un sujet purement factuel, sans dimension analytique : il vise uniquement à raconter les événements de la journée. L'auteur du sujet, le journaliste Claude Sempère, se contente le plus souvent de décrire les images.

La construction du reportage ne respecte pas la chronologie des faits. Il débute en effet par leur fin, c'est-à-dire l'assaut des forces de l'ordre et la libération des otages, à Dammartin-en-Goële et à la porte de Vincennes. Le sujet s'ouvre même sur le dernier événement de la journée, l'assaut donné par la BRI et le RAID contre le magasin Hyper Cacher. Le parti pris de Claude Sempère est de montrer immédiatement aux téléspectateurs l'opération qui a mis fin à une journée de terreur. L'assaut donné par le GIGN contre les frères Kouachi, pourtant antérieur d'une quinzaine de minutes à celui de l'Hyper Cacher, n'est présenté que dans la deuxième séquence. Le début puis le déroulement des deux prises d'otages ne sont ainsi visibles que dans la dernière partie du reportage, au sein des troisième, quatrième et cinquième séquences. Des images factuelles montrent des forces de l'ordre positionnées autour des deux bâtiments dans lesquels les terroristes sont retranchés. Des photographies et des cartes permettent à Claude Sempère de compenser l'absence d'images des prises d'otages elles-mêmes. Désireux de faire un récit des événements comme s'ils se passaient en direct, le journaliste recourt régulièrement au conditionnel et avoue parfois son ignorance sur le déroulement précis des événements. A propos des otages retenus dans l'Hyper Cacher, il déclare ainsi : "On ne sait pas par qui et à quel moment ils ont été tués". Il prend de même des précautions à propos des frères Kouachi : "Apparemment les deux preneurs d'otages sont sortis en tirant".
Christophe Gracieux

Transcription

Laurent Delahousse
Mais d’abord, on revient sur cette journée, incroyable journée avec Claude Sempere, Nicolas Auer et Julien Pelletier.
Journaliste
Il est 17 heures 15, les policiers d’élite s’apprêtent à intervenir sur la prise d’otages à Vincennes. Tout de suite, les premiers coups de feu.
(Bruit)
Journaliste
La fusillade est intense.
(Bruit)
Journaliste
L’assaut va durer moins de 30 secondes. Le preneur d’otages est abattu. Plusieurs policiers sont blessés. On en voit un ici à terre, derrière la voiture. Ses collègues arrivent pour le protéger et sur la gauche de l’image, on voit les premiers otages qui sortent en courant et en criant.
(Bruit)
Journaliste
Il y a plusieurs femmes. Un homme porte dans ses bras un bébé. Les policiers le protègent. Il court se réfugier derrière le camion blindé de la BRI, la brigade de recherche et d’intervention. Pour eux, c’est la fin du cauchemar. Depuis plus de 4 heures, ils étaient retenus en otage par un homme armé et dangereux qui menaçait de les exécuter. Le bilan est lourd : il y aurait quatre civils tués dans le magasin Cacher où avait lieu la prise d’otages. On ne sait pas par qui et à quel moment ils ont été tués. Quatre policiers sont également blessés.
(Bruit)
Journaliste
15 minutes plus tôt, en Seine-et-Marne.
(Bruit)
Journaliste
Une explosion retentit sur le lieu d’une autre prise d’otages. Sur le toit, un gendarme s’écroule. On entend des coups de feu.
(Bruit)
Journaliste
L’assaut est déclenché. De la fumée s’échappe du bâtiment.
Inconnu 1
Ça tire un peu. Et là c'est des rafales hein !  
Journaliste
Apparemment, les deux preneurs d’otages sont sortis en tirant. Les gendarmes ont dû intervenir dans la seconde : ils les ont abattus. Dans l’imprimerie, une personne cachée dans un bureau est récupérée saine et sauve. Cette journée sans précédent avec deux prises d’otages commence vers 9 heures du matin. Nous sommes en Seine-et-Marne : les gendarmes du GIGN appuyés par les policiers du RAID prennent position. Dans le ciel, plusieurs hélicoptères, des Super Puma de l’armée ou de la gendarmerie, avec à bord, des tireurs d’élite. Dans cette petite imprimerie familiale, les tueurs de Charlie Hebdo viennent de se retrancher : les frères Kouachi. Ils étaient traqués par toutes les polices de France depuis deux jours. Ils sont fatigués, déterminés et se retrouvent coincés ici, complètement cernés. Les heures passent, les policiers tentent d’établir un contact. Autour de l’imprimerie, tout le périmètre est bouclé. À 40 kilomètres de là, il est 13 heures Porte de Vincennes à Paris. Des coups de feu viennent de retentir.
Policier
Là-bas, sur la gauche, je m'avance un peu, comme ça tu montes. Là-Bas, tu vois là-bas là ?
Journaliste
Un policier demande aux gens de se mettre à l’abri. Sur un talus, d’autres policiers en civil ont pris position, ils avancent prudemment. Une deuxième prise d’otages est en cours dans un supermarché Cacher. Cette fois-ci, le preneur d’otage s’appelle Amedy Coulibaly : c’est lui qui a tué une policière municipale hier à Montrouge. En quelques minutes, des renforts de police arrivent. Ils sont casqués, équipés de boucliers, tous avec un armement lourd. Dans le supermarché, il y aurait plusieurs blessés et plusieurs otages. Leur nombre est incertain. Il y aurait peut-être même des enfants. L’après-midi se passe sans aucune avancée de part et d’autre. En Seine-et-Marne, c’est le statu quo. À Vincennes, le terroriste menace d’exécuter ses otages si le siège n’est pas levé en Seine-et-Marne : on est dans l’impasse. À 17 heures, tout se précipite : les policiers, les gendarmes de chaque côté vont donner l’assaut. Les preneurs d’otages sont abattus et les otages libérés.