Inauguration du Mémorial ACTe consacré à la mémoire de l'esclavage

10 mai 2015
02m 11s
Réf. 07050

Notice

Résumé :
Le 10 mai 2015, à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), François Hollande inaugure le Mémorial ACTe consacré à la mémoire de l'esclavage en présence de trois chefs d'Etat africains et du président haïtien. Il prononce un discours dans lequel il dénonce les formes d'esclavages modernes.
Date de diffusion :
10 mai 2015
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Le Mémorial ACTe, ou Centre caribéen d'expressions et de mémoire de la traite et de l'esclavage, a été inauguré en 2015 à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Né de l'initiative du Comité international des peuples noirs, présidé par l'indépendantiste guadeloupéen Luc Reinette, il a ensuite été porté par le président socialiste de la région Guadeloupe, Victorin Lurel.

Le Mémorial ACTe a été édifié à un emplacement stratégique : il est établi à l'entrée de la baie de Pointe-à-Pitre, ce qui en fait le premier édifice visible lorsqu'on arrive en bateau. Son site est en outre éminemment symbolique puisqu'il est établi sur l'emplacement de l'ancienne usine sucrière Darboussier qui a longtemps recouru au travail forcé.

Long de 260 mètres, le Mémorial se constitue de deux édifices en granit noir, surmontés d'une résille argentée. Ses façades sont couvertes d'éclats de quartz noir : elles représentent les millions de victimes de la traite négrière et de l'esclavage. La structure est reliée par une passerelle longue de 275 mètres et culminant à 11,5 mètres de hauteur à un jardin panoramique, le Morne Mémoire. Ce dernier est conçu comme un lieu de recueillement en mémoire des esclaves.

Le Mémorial lui-même présente une exposition permanente dédiée à l'histoire et à la mémoire de l'esclavage. Cette exposition n'envisage pas uniquement la traite négrière transatlantique et l'esclavage dans les Caraïbes et en Amérique. Sa visée est beaucoup plus large puisqu'elle couvre toute l'histoire de l'esclavage de l'Antiquité jusqu'à nos jours et traite tous ses aspects. Le parcours s'organise ainsi autour de 39 "îles" regroupées en 6 archipels (les Amériques, l'esclavage et la traite négrière, le temps de l'esclavage, le temps des abolitions, le temps d'après et aujourd'hui). Cette exposition permanente présente 500 objets patrimoniaux mais réserve également une place importante à l'art contemporain : 25 œuvres contemporaines figurent dans le parcours. Enfin, un espace d'exposition temporaire est aussi consacré à la création artistique.

Le Mémorial ACTe a été inauguré par le président de la République François Hollande le 10 mai 2015, journée de commémoration de la traite, de l'esclavage et de leur abolition, instituée en 2006. A cette inauguration officielle assistaient plusieurs chefs d'Etat africains (les présidents du Mali Ibrahim Boubacar Keita, du Sénégal Macky Sall et du Niger Mahamadou Issoufou) ainsi que le président d'Haïti Michel Martelly. François Hollande était également accompagné par cinq ministres du gouvernement de Manuel Valls. Parmi ceux-ci figurait Christiane Taubira, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, auteur de la loi du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité.

Le Mémorial a ensuite ouvert ses portes au public le 7 juillet 2015. Si son coût, d'un montant total de 83 millions d'euros, a suscité d'importantes critiques, il connaît un grand succès : il reçoit 110 000 visiteurs lors de sa première année. Il se voit décerner en 2017 le Prix du Musée du Conseil de l'Europe.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet consacré à l'inauguration du Mémorial ACTe, à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), par le président de la République François Hollande a fait l'ouverture du journal télévisé de France 2 de vingt heures le 10 mai 2015.

Cette inauguration s'inscrit dans un contexte précis rappelé par le présentateur Laurent Delahousse dans son lancement plateau. Le jour choisi n'a rien d'anodin : c'est celui de la commémoration annuelle du souvenir de l'esclavage et de son abolition. L'inauguration prend également place au sein d'un voyage de cinq jours effectué par François Hollande dans les Antilles (Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Guadeloupe, Martinique, Cuba et Haïti).

Il prend uniquement la forme d'un reportage institutionnel, composé d'un commentaire sur images factuelles et d'illustration. Il est de fait principalement centré sur la figure du président de la République, François Hollande. On voit d'abord ce dernier visiter le Mémorial. Il effectue cette visite en compagnie d'autres personnalités politiques qui ne sont cependant jamais nommées dans le commentaire : le président du Conseil régional de la Guadeloupe Victorin Lurel, pourtant acteur décisif de la construction de cet édifice, quatre membres du gouvernement de Manuel Valls (les ministres de la Justice Christiane Taubira, de l'Ecologie Ségolène Royal et des Outre-Mer George Pau-Langevin ainsi que la secrétaire d'Etat chargée de la Francophonie, Annick Girardin) et le président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone. François Hollande est également filmé lors de la cérémonie d'inauguration entre deux chefs d'Etat africains, Macky Sall, le président du Sénégal, et Mahamadou Issoufou, le président du Niger. Puis la plus longue séquence du reportage donne à entendre deux extraits de son discours. Enfin, le sujet se referme encore sur la figure présidentielle : les derniers plans montrent François Hollande se diriger vers la corde à couper pour l'inauguration du Mémorial ACTe.

Centré sur le président de la République, le reportage n'accorde finalement que peu de place et d'intérêt au Mémorial lui-même. Certes quelques plans, intérieurs et extérieurs, donnent un rapide aperçu de son exposition permanente ainsi que de son architecture extérieure. Mais ni l'une ni l'autre ne sont commentées par Jeff Wittenberg. Journaliste au service politique de France 2, ce dernier s'est principalement intéressé à la dimension institutionnelle de cette inauguration. Seule l'interview de Lilian Thuram, champion du monde de football en 1998, devenu membre du Haut Conseil à l'intégration et figure de l'antiracisme en France, rattache le Mémorial ACTe à la mémoire de l'esclavage. Enfin, le sujet ne fait également aucune mention des polémiques sur le projet. Son coût total de 83 millions d'euros alors qu'un fort chômage sévit en Guadeloupe, a pourtant fait l'objet de vives critiques.
Christophe Gracieux

Transcription

Laurent Delahousse
Voilà pour les titres de l’actualité. Bonsoir à tous. Et on prend tout de suite la direction de Pointe-À-Pitre. François Hollande poursuit son déplacement aux Antilles avec aujourd’hui, une inauguration symbolique. Celle d’un lieu de mémoire en cette journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage. Plusieurs Chefs d’États africains étaient également présents. Sur place, Jeff Wittenberg, Nicolas Auer.
Journaliste
Le choc, des êtres humains enchaînés comme des animaux : c’est l’une des pièces les plus impressionnantes du mémorial.
Intervenant 1
On a quatre individus liés par le cou, par quatre tours de coup et sur une chaîne de 5 mètres.
Journaliste
François Hollande arpente les couloirs et les salles volontairement exigus et sombres. Ils rappellent l’enfer de la traite négrière et de l’esclavage qui ont prospéré de la fin du XVIe siècle jusqu’à l’abolition de 1848. Symboliquement, le bâtiment a été érigé à l’emplacement d’une ancienne usine sucrière qui pratiquait le travail forcé. Pour les lointains descendants de ces esclaves, c’est une forme de justice qui leur est rendue.
Lilian Thuram
Il y a enfin un lieu en France où on pourra discuter sereinement du discours qu’a produit l’esclavage, ce discours qui niait l’humanité de certaines personnes selon leur couleur de peau.
Journaliste
Devant François Hollande,
Intervenant 2
Nous sommes un fumier ambulant…
Journaliste
Un comédien guadeloupéen lit un texte sur l’esclavage ponctué par un cri de douleur.
(Bruit)
Journaliste
Symboliquement encore, trois Chefs d’États africains sont venus rappeler que c’est de leur continent que furent arrachés des millions d’hommes et de femmes. François Hollande aborde face à eux la question toujours sensible de la réparation due aux victimes.
François Hollande
Nous avons ici la seule dette qui doit être réglée, c’est de pouvoir faire avancer l’humanité.
Journaliste
Puis il évoque ce qu’il appelle les nouvelles formes de l’esclavage, celui d’aujourd’hui.
François Hollande
De nouveaux négriers monnaient des cargaisons humaines, des passeurs criminels en Méditerranée. Nous devons aller jusqu’au bout contre ces trafiquants, contre ces bandes, contre ces terroristes.
Journaliste
François Hollande évoquera encore la question de l’esclavage en Haïti. La France, a-t-il dit, a une dette morale envers ce pays. Ce sera, mardi, la dernière étape de sa tournée, qui demain, le conduit à Cuba.

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