La destruction du temple de Baalshamin à Palmyre par l'Etat islamique

24 août 2015
02m 02s
Réf. 07053

Notice

Résumé :
En août 2015, les djihadistes de l'Etat islamique ont détruit le temple de Baalshamin, à Palmyre. Ce n'est pas le premier fait de ce genre: ils avaient déjà détruit plusieurs monuments et œuvres préislamiques en Irak et en Syrie, notamment à Mossoul et Nimroud.
Date de diffusion :
24 août 2015
Source :
A2 (Collection: 13 heures )

Contexte historique

A partir de 2014, l'Etat islamique (EI) entreprend la destruction de nombreux vestiges antiques en Irak et en Syrie. L'organisation djihadiste, qui a proclamé un califat le 29 juin 2014 dans les territoires qu'elle conquiert, prône la disparition de toute trace des civilisations préislamiques : elle considère celles-ci comme impies. L'EI se livre également au trafic de milliers d'œuvres d'art antiques, ce qui lui apporte une importante ressource financière.

En Irak, en 2015 les djihadistes saccagent les sites archéologiques mésopotamiens de Nimrod, Hatra et Ninive. Des vestiges de la cité assyrienne de Nimrod sont ainsi anéantis à l'explosif et au bulldozer. A Mossoul, en février 2015, les djihadistes détruisent de nombreuses œuvres assyriennes et parthes du musée de la ville. Ils incendient également la bibliothèque riche de quelque 8 000 ouvrages anciens.

Mais ce sont les destructions à Palmyre, dans le désert de Syrie, à l'est de Damas, qui provoquent une indignation mondiale. Surnommée "la perle du désert", inscrite au Patrimoine mondial de l'Unesco, Palmyre est l'un des sites antiques les plus grandioses du Proche-Orient. Cette cité a en effet connu une grande période de prospérité du Ier siècle avant J.-C. et au IIIe après J.-C. grâce au commerce caravanier entre l'Orient et l'Occident. Ses vestiges imposants et très bien conservés témoignent d'un art mêlant les techniques gréco-romaines aux traditions du Proche-Orient.

L'Etat islamique prend Palmyre aux forces gouvernementales syriennes le 21 mai 2015. Les jours suivants, les djihadistes anéantissent plusieurs œuvres emblématiques dont la statue du Lion d'Athéna, datant du Ier siècle av. J.-C. Ils détruisent ensuite à l'explosif en août 2015 deux grands sanctuaires, les temples de Baalshamin et de Bêl. Puis, en octobre 2015, ils anéantissent l'arc de triomphe de Septime Sévère et une dizaine de tours funéraires. Les djihadistes saccagent également les collections du musée archéologique de la ville.

L'anéantissement volontaire d'un patrimoine inestimable suscite une immense émotion internationale, qui rappelle celle causée en 2001 par la destruction des Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan par les talibans (voir La destruction des bouddhas afghans de Bamiyan). L'historien Paul Veyne publie ainsi en 2015 un petit livre dédié à "l'irremplaçable trésor" que constitue à ses yeux Palmyre (Paul Veyne, Palmyre, l'irremplaçable trésor, Albin Michel, 2015).

La communauté internationale est également horrifiée par l'annonce de l'assassinat de Khaled al-Asaad. L'ancien directeur des Antiquités de Palmyre de 1963 à 2003, qui avait organisé l'évacuation vers Damas d’œuvres d'art antiques avant la prise de la ville par l'EI, a été décapité par les djihadistes le 18 août 2015 sur la grande place du marché de la ville après avoir été torturé durant un mois. En outre, l'EI met en scène des exécutions de soldats syriens et rebelles par des mineurs dans le théâtre romain antique.

Palmyre est cependant reprise le 27 mars 2016 par les troupes gouvernementales syriennes, appuyées par l'aviation russe. Pour célébrer cette victoire, la Russie organise le 5 mai suivant dans le théâtre romain antique un concert de musique classique par l'orchestre symphonique du théâtre Marinski de Saint-Pétersbourg. Mais dès le 11 décembre 2016 l'EI reconquiert Palmyre. Les djihadistes reprennent alors leur œuvre d'anéantissement des trésors de "la perle du désert". Des images satellites révèlent en janvier 2017 la destruction d'un des monuments les plus emblématiques de Palmyre : le Trétrapyle, édifice de seize colonnes qui marquait un carrefour le long de la colonnade de la cité. Irina Bokova, directrice générale de l'Unesco, dénonce une "destruction délibérée" qui constitue "un nouveau crime de guerre" et "une immense perte pour le peuple syrien et l'humanité". Palmyre est toutefois de nouveau reprise à l'EI le 2 mars 2017 par les forces syriennes et russes.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le 24 août 2015 dans le journal télévisé de treize heures de France 2, ce sujet traite de la destruction du temple de Baalshamin, à Palmyre, en Syrie, par les djihadistes de l'Etat islamique (EI). La présentatrice Elise Lucet insiste bien dès son lancement plateau sur l'importance de la destruction de cet édifice dédié au dieu du ciel phénicien, bâti en 17 ap. J.-C.: elle évoque "un trésor archéologique mondial" et parle d'"un des monuments emblématiques de la région".

Aucune image de la démolition de ce temple ne figure dans le sujet. Ce n'est que le lendemain de la diffusion de ce dernier que l'Etat islamique poste sur les réseaux sociaux cinq photographies de la destruction: on y voit des djihadistes préparant des explosifs à l'intérieur et à l'extérieur du temple de Baalshamin, puis une grande explosion et enfin un tas de décombres.

C'est l'annonce faite par l'Observatoire syrien des droits de l'homme, ONG qui s'attache à récolter des témoignages d'habitants dans la guerre en Syrie, qui a conduit France 2 et tous les médias occidentaux à traiter de la destruction du temple de Baalshamin. Faute de certitudes et d'images, la journaliste Dorothée Ollieric utilise d'ailleurs le conditionnel ("le groupe Etat islamique l'aurait détruit en grande partie").

Le sujet de France 2 compense l'absence d'images de la destruction du temple de Baalshamin par d'autres plans. Il comporte ainsi des images d'archives de l'édifice filmées à une date inconnue, mais nécessairement antérieures à la conquête de Palmyre par l'EI, survenue le 21 mai 2015, puisque le temple apparaît intact. Il propose aussi des plans plus récents qui présentent des dégâts causés sur le temple par des combats entre l'armée syrienne et l'EI en mai 2015. L'absence d'images est également compensée par l'interview d'un spécialiste français, Vincent Blanchard, directeur du Département des antiquités orientales au musée du Louvre.

La seconde partie du reportage dépasse le cas particulier du temple de Baalshamin. Elle envisage de manière plus générale l'ensemble des destructions du patrimoine préislamique par l'EI en Irak et en Syrie. Tous les plans qui sont proposés sont des images de propagande de l'Etat islamique. Cette organisation développe en effet une propagande intense sur les réseaux sociaux, diffusant massivement photographies et vidéos de ses actions. Plusieurs vidéos de propagande mettent en scène la destruction de trésors archéologiques par les djihadistes dans les territoires passés sous leur contrôle. C'est le cas de celle tournée à une date inconnue dans le Musée de Mossoul, deuxième musée le plus important en Irak, diffusée par l'Etat islamique le 26 février 2015. Le sujet de France 2 n'en présente que quelques extraits, le film durant au total cinq minutes. Dans ces extraits, les djihadistes se livrent à la destruction de statues assyriennes et hellénistiques, à la fois des répliques en plâtre et des œuvres originales. Ils les précipitent au sol avec fureur, les achèvent même à coups de masses et de marteaux piqueurs. Cette mise en scène vise à rendre visible le projet de l'EI d'anéantissement des vestiges des civilisations préislamiques. Dans un passage de la vidéo non diffusé par France 2, un homme s'adresse ainsi aux musulmans: "Musulmans, ces reliques que vous voyez derrière moi sont les idoles qui étaient vénérées à la place d'Allah il y a des siècles". Le dynamitage de la cité de Nimrod par les djihadistes, sur fond de chant religieux, procède de la même volonté : tout ce qui existait avant le VIIe siècle doit disparaître. Largement relayées dans les médias occidentaux et sur les réseaux sociaux, ces vidéos de propagande ont profondément choqué la communauté internationale.
Christophe Gracieux

Transcription

Présentatrice
L’actualité internationale maintenant avec le groupe État Islamique qui impose sa loi à Palmyre. Après avoir exécuté la semaine dernière l’ancien chef des antiquités de la ville, les djihadistes ont totalement détruit un trésor archéologique mondial. Ils ont fait exploser le temple de Baalshamin. Il avait été érigé il y a 2000 ans. C’était un des monuments emblématiques de la région. Les faits avec Dorothée Ollieric.
Dorothée Ollieric
C’est un site unique dans la cité antique de Palmyre. Le temple de Baalshamin, que l’on voit sur ces images d’archive, le groupe État Islamique l’aurait en grande partie détruit. Le temple avait été érigé pour une triade de divinités dont Baalshamin, dieu du ciel, au centre. Le lieu, inscrit au patrimoine mondial de l’humanité, portait déjà les stigmates de la guerre en Syrie. En mai dernier, les djihadistes ont pris cette cité antique. La Communauté Internationale craignait le pire, à raison, puisqu’une grande partie du temple a donc été dynamitée.
Vincent Blanchard
L’humanité perd un souvenir d’une culture vraiment unique qui montre que la richesse naît, justement, des échanges entre des peuples extrêmement différents.
Dorothée Ollieric
Les djihadistes pourchassent tout symbole d’idolâtrie. Début août, ils ont pris ce village dans le centre de la Syrie. Il y a trois jours, c’est au bulldozer que les combattants ont littéralement rasé un monastère catholique du Ve siècle, sous le prétexte que les gens y adoraient un autre dieu que Dieu. L’organisation État Islamique a déjà montré à de nombreuses reprises son aversion pour les antiquités préislamiques. Au musée de Mossoul, en Irak, on voit les djihadistes détruire nombre de statues. Ils mettent en scène leurs destructions, comme ici où la cité de Nimrod est dynamitée. Avant la guerre, 150 000 touristes se pressaient chaque année ici pour visiter la Perle du désert, aujourd’hui aux mains du groupe État Islamique.

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