Elections régionales 2015: Marine Le Pen en tête au premier tour en Nord-Pas-de-Calais-Picardie

07 décembre 2015
02m 19s
Réf. 07056

Notice

Résumé :
Au premier tour des élections régionales du 6 décembre 2015, la liste du Front national conduite par Marine Le Pen arrive en tête dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Pierre de Saintignon décide alors de retirer la liste du Parti socialiste. Cette décision semble profiter à Xavier Bertrand, tête de la liste Les Républicains.
Date de diffusion :
07 décembre 2015
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Fondé par Jean-Marie Le Pen en 1972, le Front national (FN) s'est progressivement imposé dans le paysage électoral français. Si la qualification de son fondateur pour le second tour de l'élection présidentielle de 2002 avec 16,95 % des voix avait constitué un séisme politique (voir L'élimination de Lionel Jospin au premier tour de l'élection présidentielle de 2002 ), c'est surtout avec sa fille Marine, présidente du parti d'extrême droite à partir de 2011, que le FN a connu une progression électorale régulière. Ainsi, au premier tour de l'élection présidentielle de 2012 Marine Le Pen (voir Les résultats du premier tour de l'élection présidentielle de 2012) a réuni 17,90 % des voix. Le FN a ensuite remporté les élections européennes de mai 2014 avec 24,86 % des suffrages exprimés (voir Victoire du Front national aux élections européennes). Puis il est parvenu à rassembler 25,24 % des suffrages exprimés au premier tour des élections départementales en mars 2015, ce qui l'a encore placé en tête. Toutefois, il n'a pas obtenu le moindre département à l'issue du second tour.

Le premier tour des élections régionales du 6 décembre 2015 confirme et même amplifie les succès du FN. Avec 28,42 % des suffrages exprimés, soit 17 points de plus que lors du précédent scrutin régional de 2010, le FN obtient son plus haut score jamais atteint dans une élection nationale. 6,4 millions d'électeurs se prononcent alors en sa faveur. 6 régions métropolitaines sur 13 placent le FN en tête : Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Bourgogne-Franche-Comté et Centre-Val-de-Loire. Lors de ce premier tour, le FN devance Les Républicains (LR) et le Parti socialiste (PS), qui n'obtiennent respectivement que 26,85 % et 23,47 % des suffrages exprimés. Ainsi, dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, la liste FN conduite par sa présidente Marine Le Pen arrive largement en tête avec 40,64 % des voix contre 24,96 % pour la liste LR-UDI de Xavier Bertrand et 18,12 % pour la liste socialiste de Pierre de Saintignon. Le FN se trouve également en très bonne position de l'emporter en Provence-Alpes-Côte d'Azur : avec 40,6 % des suffrages exprimés, la liste dirigée par Marion Maréchal-Le Pen devance nettement les listes LR-UDI de Christian Estrosi (26,5 %) et socialiste de Christophe Castaner (16,6 %).

Le FN échoue pourtant de nouveau à convertir son succès du premier tour : le 13 décembre 2015, il ne remporte aucune région, même s'il obtient un record de 6,8 millions de voix. La droite en conquiert sept et la gauche en conserve cinq. Le FN montre de nouveau ses limites dans un scrutin majoritaire à deux tours. Son échec est également dû au désistement des listes socialistes dans certaines régions au profit des listes LR au nom du principe du "front républicain". Xavier Bertrand, bénéficiaire du désistement en sa faveur du socialiste Pierre de Saintignon, défait ainsi aisément Marine Le Pen en Nord-Pas-de-Calais-Picardie avec 57,77 % des suffrages exprimés contre 42,23 %. De même, Marion Maréchal-Le Pen perd contre Christian Estrosi en Provence-Alpes-Côte d'Azur : la députée FN du Vaucluse ne réunit que 45,22 % des suffrages exprimés contre 54,78 % pour le maire LR de Nice.

En dépit de son incapacité à franchir l'obstacle du second tour dans un scrutin national, le FN continue sa progression. Celle-ci est encore confirmée à l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 2017. Au premier tour, Marine Le Pen améliore nettement son score de l'élection de 2012 en obtenant 21,30 % des suffrages exprimés. La présidente du FN est donc la seconde candidate d'extrême droite après son père en 2002 à se qualifier pour le second tour d'une élection présidentielle, même si elle est devancée par Emmanuel Macron, candidat d'En Marche ! (24,01 %). Battue au second tour par Emmanuel Macron qui remporte 66,1 % des suffrages exprimés, elle améliore pourtant encore le score du FN avec 33,9 %, soit plus de 10,6 millions de voix.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé en ouverture du journal télévisé de vingt heures de France 2 le 7 décembre 2015, ce reportage revient sur le premier tour des élections régionales qui a eu lieu la veille. Il traite du principal enseignement de la soirée, la première place obtenue par le Front national à l'échelle nationale à travers un résultat emblématique : celui obtenu par la présidente du parti d'extrême droite, Marine Le Pen, en Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Le sujet est du reste titré Marine Le Pen en position de force. Il ne s'intéresse ainsi pas aux résultats dans l'ensemble des régions, ni ne propose les traditionnelles infographies et cartes électorales. Il a été entièrement tourné dans la future région des Hauts-de-France, au sein des quartiers généraux des trois principales têtes de liste, Marine Le Pen (Front national), Pierre de Saintignon (Parti socialiste) et Xavier Bertrand (Les Républicains).

Ce sujet électoral est de facture classique : il prend la forme d'un reportage d'ambiance composé d'images factuelles qui alternent avec des interviews. Les images factuelles montrent les réactions des militants FN, PS et LR après la publication des résultats du premier tour. Les trois grands protagonistes du scrutin, Marine Le Pen, Pierre de Saintignon et Xavier Bertrand, ainsi que la maire de Lille, Martine Aubry, grande figure du PS dans la région, sont également interrogés.

Le reportage se compose de trois séquences distinctes : chacune est consacrée à une tête de liste. Logiquement, la première séquence porte sur Marine Le Pen, parvenue en tête. Filmée dans son quartier général d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), elle présente des images classiques de militants en liesse : ils acclament la présidente du FN, applaudissent, chantent La Marseillaise. La deuxième séquence présente une toute autre ambiance. Tournée au siège de campagne du PS, à Lille, elle montre les visages défaits de militants socialistes abattus par le faible résultat de leur liste. Cette séquence intègre des interviews de Martine Aubry et de Pierre de Saintignon qui réagissent à "la défaite historique de la gauche", ainsi qu'une déclaration de Marine Le Pen réagissant au retrait de la liste socialiste. Enfin, la troisième séquence est consacrée au principal bénéficiaire du scrutin, Xavier Bertrand. A l'instar des deux autres, elle propose des plans de militants le soir du premier tour, présents au siège de campagne de la liste LR-UDI, à Lille. L'interview de Xavier Bertrand n'a en revanche pas été tournée le soir du premier tour mais le lendemain, donc après l'annonce du retrait de la liste socialiste.
Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
… Le Pen, la campagne a redémarré dès ce matin. Hélène Hug, Marianne Mas, Patrick Wursthorn.
(Bruit)
Journaliste
Marine Le Pen triomphante. Autour d’elle, les militants exultent.
(Bruit)
Journaliste
Avec 40,6 % des voix, le Front National est en pôle position dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie.
Marine Le Pen
Nous avons encore une fois enregistré ce soir des scores qui sont absolument historiques.
Journaliste
Historique aussi la défaite de la Gauche : 18,1 % des voix. Des Socialistes effondrés dans une région qu’ils détenaient depuis sa création.
Inconnue 1
Grande déception, voilà, c’est tout.
Inconnue 2
C’est dur, oui.
Journaliste
Martine Aubry, visiblement affectée, admet un échec collectif.
Martine Aubry
On a tous une part de responsabilité, vous aussi d’ailleurs, tout le monde, les politiques d’abord, les politiques d’abord, bien évidemment. Parce que si on oublie la politique, si on oublie que c’est d’abord donner du sens, partager des valeurs et ensuite agir conformément à celles-là, eh bien à ce moment-là, tout est possible.
Journaliste
Poussé par la direction du PS, Pierre de Saintignon, leur tête de liste, a décidé dès hier soir de jeter l’éponge.
(Bruit)
Pierre (de) Saintignon
J’ai décidé de retirer ma liste et de faire barrage au Front National.
Journaliste
Pour la première fois, les Socialistes n’auront donc aucun élu à la région. Marine Le Pen ironise.
Marine Le Pen
Il y a du monde. Le Parti Socialiste, comme la secte du temple solaire, a décidé d’un véritable suicide collectif par l’intermédiaire du retrait de ses listes... forcé.
(Bruit)
Journaliste
Un retrait qui pourrait profiter à Xavier Bertrand. Dès ce matin, il a déposé sa liste pour le second tour. Il a refusé la fusion avec les Socialistes mais il compte sur leurs voix.
Xavier Bertrand
Je sais qu’il y a beaucoup d’électeurs de Gauche qui, en 2002, ont voté pour Jacques Chirac, qui l’ont fait sans hésiter et après, ils se sont dit, "mais quelle politique et pour qui ?" Moi, j’ai bien conscience que si je suis élu, je devrais vraiment être un Président de région rassembleur et pas dans les paroles, dans les actes.
Journaliste
Ce soir, aucun parti de Gauche de la région n’appelle à voter expressément pour Xavier Bertrand, mais tous veulent la défaite de Marine Le Pen.

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