Attentat contre le journal Charlie Hebdo

07 janvier 2015
08m 50s
Réf. 07057

Notice

Résumé :
Le 7 janvier 2015, deux terroristes attaquent le siège du journal satirique Charlie Hebdo et tuent 11 personnes. Ils abattent ensuite un policier dans leur fuite. Parmi les victimes figurent les dessinateurs emblématiques Charb, Cabu, Wolinski, Honoré et Tignous. Suite à cet attentat, le président de la République François Hollande prononce une allocution solennelle télévisée.
Date de diffusion :
07 janvier 2015
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Le 7 janvier 2015, l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo est visé par un attentat terroriste islamiste. Les frères Chérif et Saïd Kouachi font irruption vers 11 h 30 au siège du journal, rue Nicolas Appert, dans le onzième arrondissement de Paris. Armés de fusils d'assaut de type kalachnikov, ils assassinent onze personnes dont huit membres de la rédaction de Charlie Hebdo qui se trouvaient réunis pour leur conférence hebdomadaire. Les dessinateurs emblématiques Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, l'économiste Bernard Maris, la psychanalyste Elsa Cayat et le correcteur Mustapha Ourrad sont tués. Michel Renaud, invité par la rédaction, et Franck Brinsolaro, un des deux policiers assurant la protection de Charb, sont également assassinés. Avant de faire irruption dans les locaux de Charlie Hebdo, les frères Kouachi avaient également abattu un agent d'entretien de l'immeuble, Frédéric Boisseau. Après l'attaque, une douzième personne est tuée : Ahmed Merabet, policier du commissariat du onzième arrondissement, est abattu boulevard Richard Lenoir d'une balle dans la tête par l'un des deux terroristes. Ils prennent ensuite la fuite. Ils revendiquent l'attentat au nom d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), ce que confirme ensuite officiellement l'organisation terroriste. L'aîné avait suivi un entraînement militaire dans ses rangs en 2011. Les frères Kouachi justifient leur action terroriste par les "insultes" proférées dans Charlie Hebdo contre le "prophète Mohammed": "Vous allez payer, car vous avez insulté le Prophète", ont-ils dit aux membres de la rédaction avant de les assassiner. De fait, après avoir publié dans ses pages en février 2006 des caricatures de Mahomet (voir Décision de justice après la demande de saisie du journal Charlie Hebdo et Le procès contre Charlie Hebdo pour la publication de caricatures de Mahomet), les journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo n'ont cessé de recevoir des menaces de mort. Le 2 novembre 2011, les locaux du journal ont même été partiellement détruits par un incendie volontaire, juste avant la publication d'un numéro intitulé Charia Hebdo.

Dans les deux jours qui suivent l'attentat perpétré contre le journal par les frères Kouachi, un de leurs proches, Amedy Coulibaly, commet lui aussi des actions terroristes. Il abat une jeune policière municipale, Clarissa Jean-Philippe, à Montrouge le 8 janvier 2015, avant de tuer le lendemain quatre personnes de confession juive pendant une prise d'otages dans le magasin Hyper Cacher situé avenue de la porte de Vincennes à Paris (voir Double prise d'otages terroriste dans le magasin Hyper Cacher à Paris et à Dammartin-en-Goële).

Les frères Kouachi sont également tués le 9 janvier 2015 par des membres du GIGN  à Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne. Retranchés dans une imprimerie depuis le matin, ils en sortent vers 17 heures et ouvrent le feu sur les gendarmes. Ces derniers ripostent et les abattent (voir Double prise d'otages terroriste dans le magasin Hyper Cacher à Paris et à Dammartin-en-Goële).

L'attentat contre Charlie Hebdo déclenche une immense émotion dans toute la France. Le slogan "Je suis Charlie" est très rapidement partagé sur tous les réseaux sociaux sous forme de hashtag ou d'image. Dès le 7 janvier au soir, de nombreux rassemblements en hommage aux victimes de l'attentat sont organisés en France, notamment place de la République, à Paris. Le 10 janvier 2015, 700 000 personnes défilent dans plusieurs villes pour s'opposer au terrorisme et défendre la liberté d'expression. Mais c'est le lendemain, dimanche 11 janvier, que ces "marches républicaines" prennent une ampleur exceptionnelle : près de 4 millions de personnes, dont 1,5 million à Paris, y participent (voir La marche républicaine du 11 janvier 2015 contre le terrorisme). Une cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement étrangers, venus apporter leur soutien à la France et dire leur opposition au terrorisme, prennent part au défilé à Paris.

Une semaine après la tuerie, le 14 janvier 2015, un nouveau numéro de Charlie Hebdo paraît. Tiré au total à près de 8 millions d'exemplaires contre 60 000 habituellement chaque semaine avant l'attaque, il établit le record de la presse française.
Christophe Gracieux

Éclairage média

De par son ampleur, la nature de sa cible et la notoriété de ses victimes, l'attentat qui a touché l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 a plongé la France dans la sidération et l'effroi. Sa couverture médiatique s'est fort logiquement avérée très importante. Les chaînes de télévision ont ainsi entièrement consacré leurs journaux télévisés du soir à cet événement. France 2 a diffusé une édition spéciale du journal télévisé de vingt heures, alternant reportages, duplex depuis les lieux des événements, analyses en plateau de journalistes et interviews en plateau d'invités (Robert Badinter, ancien garde des Sceaux, Caroline Fourest, ancienne journaliste à Charlie Hebdo, Franz-Olivier Giesbert, journaliste, et Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille).

Cette édition spéciale débute par une introduction d'une longueur inhabituelle. Le présentateur David Pujadas résume brièvement les faits sur fond d'images qui montrent successivement les terroristes, certaines victimes, des membres des forces de l'ordre et des anonymes rassemblés en hommage. Les mots utilisés par David Pujadas témoignent parfaitement de l'ampleur du choc que constitue l'attentat contre Charlie Hebdo : "la France frappée, la France blessée", "l'attentat le plus meurtrier depuis plus de cinquante ans", "journée noire pour la presse et pour la France", "cette épreuve".

Le premier reportage de l'édition spéciale de France 2 revient sur les événements dramatiques de la journée. Il prend la forme d'un récit uniquement factuel de la tuerie et de ses suites. L'auteur du sujet se contente le plus souvent de décrire les images. Le sujet ne suit pas la chronologie des événements puisqu'il s'ouvre sur une scène qui s'est déroulée après l'attentat : c'est le moment où les frères Kouachi, équipés de gilets pare-balles et armés de fusils d'assaut, sortent de leur véhicule boulevard Richard Lenoir et courent en direction d'un policier, Ahmed Merabet, afin de l'abattre froidement. La rédaction de France 2 a choisi de flouter entièrement le policier. Elle a également choisi de couper la séquence de son exécution au sol par les terroristes afin de préserver sa famille mais aussi d'éviter la diffusion d'images choquantes. Elle reprend la séquence au moment où l'on entend l'un des terroristes crier : "On a vengé le prophète Mohammed ! On a tué Charlie Hebdo !". Cette vidéo amateur, filmée avec un téléphone portable depuis le balcon d'un immeuble du boulevard Richard Lenoir, a été mise en ligne par son auteur puis partagée et visionnée des millions de fois sur les réseaux sociaux. Certains médias n'ont pas hésité à la reprendre en intégralité, y compris pour faire la une de journaux, contrairement au choix fait par France 2.

Le reportage de France 2 comprend une deuxième vidéo amateur. Il s'agit d'images filmées par un journaliste de l'agence de presse Premières Lignes, monté sur le toit de l'immeuble qui fait face aux locaux de Charlie Hebdo. On y voit des personnes se réfugiant sur le toit. On entend même le journaliste tenter d'indiquer à des policiers où se trouvent les terroristes.

Hormis ces vidéos amateurs, le sujet se compose d'images factuelles mais aussi de photographies des dessinateurs et journalistes tués. Il propose aussi plusieurs témoignages de riverains ainsi que de Wandrille Lanos, journaliste à l'agence Premières Lignes.

Immédiatement après ce reportage d'ouverture, l'édition spéciale du journal télévisé de France 2 se poursuit par une allocution solennelle de François Hollande depuis le palais de l'Elysée. Le président de la République réagit alors à l'attentat et annonce une journée de deuil national le lendemain en hommage aux victimes.
Christophe Gracieux

Transcription

(Musique)
David Pujadas
Bonsoir à tous. La France frappée, la France blessée : 12 morts, 4 blessés dans un état grave. L’attaque contre Charlie Hebdo est l’attentat le plus meurtrier depuis plus de 50 ans. Parmi les victimes, 4 dessinateurs, Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, l’économiste Bernard Maris et deux policiers. Des terroristes lourdement armés qui sont toujours en fuite, des centaines d’hommes sont à leur trousse. La piste islamiste est privilégiée. Ce soir, de grands rassemblements sont en cours dans les grandes villes. Le plan vigipirate est au maximum en Ile-de-France. Les grands magasins, les lieux de culte et les transports publics sont placés sous protection renforcée. Édition spéciale sur cette journée noire pour la presse et pour la France avec nos envoyés spéciaux, avec nos invités nombreux pour évoquer cette épreuve et cette nouvelle donne aussi pour le pays. J’ajoute que dans quelques minutes, le Président de la République s’adressera aux Français, à l’Élysée, où les drapeaux sont en berne. Bienvenue à tous. L’histoire retiendra donc qu’en ce début d’année 2015, la France, à son tour, a été la cible d’un attentat de masse, ce qu’on pensait réservé aux pays lointains. On commence avec le film de la journée. Un commando très organisé, des armes de guerre, c’était ce matin en plein Paris. Clément Le Goff, Christophe Kenck et Nicolas Metauer.
(Bruit)
Journaliste
Comme une scène de guerre,
(Bruit)
Journaliste
En plein Paris.
(Bruit)
Journaliste
Il est un peu plus de 11 heures ce matin. Deux hommes cagoulés abattent froidement un policier avant de s’enfuir en revendiquant leur attentat.
Intervenant
On a vengé le prophète Mohammed ! On a tué Charlie Hebdo !
Journaliste
Quelques minutes plus tôt, des journalistes trouvent refuge sur le toit du journal Charlie Hebdo. Ils tentent d’indiquer aux policiers où se trouvent les tireurs, juste en bas de l’immeuble.
Inconnu 1
À gauche, à gauche, à gauche ! À gauche, là, là, là !
(Bruit)
Journaliste
Les assaillants crient "Allah Akbar", "Dieu est Grand" en arabe.
Inconnu 2
Ça pétait de tous les côtés. Il y a bien eu 50 coups de feu de tirés, je suis sûr.
Inconnu 3
On a entendu une très grosse fusillade à la fin là-bas et puis, que vous dire, on a vu des silhouettes noires partir vers le fond de la rue.
Journaliste
C’est le siège de Charlie Hebdo qui vient d’être attaqué. Certains blessés sont soignés à même le sol, mais à cet instant, on ne connaît pas encore le nombre de victimes. À l’intérieur du bâtiment, les secours découvrent les corps sans vie d’un autre policier et de plusieurs journalistes. Charb, le directeur du journal, les dessinateurs Cabu, Tignous et Wolinski, l’économiste et actionnaire Bernard Maris font partie des victimes, ainsi qu’un homme qui avait été invité à suivre la réunion de rédaction.
Wandrille Lanos
Il y avait des corps sans vie, enfin, en tout cas apparemment sans vie par terre et des marres de sang, quoi. Ça, c’était vraiment une scène de carnage.
Journaliste
Le choc, la consternation. À la mi-journée, une réunion de crise se tient à Matignon. Le plan vigipirate est élevé au niveau maximal en région parisienne. 500 CRS et gendarmes ont été déployés en renfort ce soir dans les grands magasins, les lieux de culte et les transports publics. Depuis 2 heures, des rassemblements silencieux se tiennent un peu partout en France, à Lyon, Toulouse ou sur la place de la République à Paris. De nombreuses bougies et un message sobre, "Je suis Charlie", quelques mots de soutien au soir de l’attaque la plus meurtrière en France, depuis des décennies.
David Pujadas
Et tout de suite, le Président de la République s’adresse donc aux Français. Nous partons pour le Palais de l’Élysée pour écouter cette allocution de François Hollande dans une poignée de secondes.
(Silence)
François Hollande
Mes chers compatriotes. Aujourd’hui, la France a été attaquée en son coeur, à Paris, dans les locaux même d’un journal. Cette fusillade d’une violence extrême a tué 12 personnes et en a blessé plusieurs. Des dessinateurs de grand talent, des chroniqueurs courageux sont morts. Ils avaient marqué par leur influence, par leur insolence, par leur indépendance, des générations et des générations de Français. Je veux ici leur dire que ce message, ce message de la liberté, nous continuerons à le défendre en leur nom. Ce lâche attentat a également tué deux policiers, ceux-là même qui étaient chargés de protéger Charlie Hebdo et la rédaction de ce journal qui étaient menacés depuis des années par l’obscurantisme et qui défendait la liberté d’expression. Ces hommes, cette femme, sont morts pour l’idée qu’ils se faisaient de la France, c’est-à-dire, la liberté. Je veux ici, en votre nom, dire toute notre reconnaissance aux familles, aux éprouvés, aux blessés, aux proches, à tous ceux qui sont aujourd’hui meurtris dans leur chair par ce lâche assassinat. Ce sont, aujourd’hui, nos héros et c’est pourquoi, demain sera une journée de deuil national, je l’ai décrété. Il y aura, à 12 heures, un moment de recueillement dans tous les services publics et j’invite toute la population à s’y associer. Les drapeaux seront en berne trois jours. Aujourd’hui, c’est la République toute entière qui a été agressée. La République, c’est la liberté d’expression. La République, c’est la culture, c’est la création, c’est le pluralisme, c’est la démocratie. C’est ça qui était visé par les assassins. C’est l’idéal de justice et de paix que la France porte partout sur la scène internationale. Et ce message de paix, de tolérance que nous défendons aussi à travers nos soldats pour lutter contre le terrorisme et le fondamentalisme. La France a reçu des messages de solidarité et de fraternité du monde entier et nous devons en prendre toute la mesure. Nous devons répondre à la hauteur du crime qui nous frappe. D’abord, en recherchant les auteurs de cette infamie et de faire en sorte qu’ils puissent être arrêtés, puis ensuite, jugés et punis très sévèrement. Et tout sera fait pour les appréhender. Aujourd’hui, l’enquête avance sous l’autorité de la justice. Nous devons aussi protéger tous les lieux publics et le gouvernement a mis en place ce qu’on appelle le plan Vigipirate-attentat, c’est-à-dire que des forces de sécurité vont être déployées partout, là où il peut y avoir le début d’une menace. Enfin, nous devons être nous-mêmes conscients que notre meilleure arme, c’est notre unité. L’unité de tous nos concitoyens face à cette épreuve. Rien ne peut nous diviser, rien ne doit nous opposer, rien ne doit nous séparer. Demain, je réunirai les Présidents de deux Assemblées ainsi que les forces représentées au Parlement pour montrer notre commune détermination. La France, elle est grande quand elle est capable, dans une épreuve, de se mettre au meilleur niveau. C’est-à-dire, à son niveau, le niveau qui a toujours fait que la France a pu surmonter des épreuves. La liberté sera toujours plus forte que la barbarie. La France, elle a toujours vaincu ses ennemis quand elle a su, justement, faire bloc autour de ses valeurs. C’est ce que je vous invite à faire. Le rassemblement, le rassemblement de tous sous toutes ses formes, voilà ce qui doit être notre réponse. Rassemblons-nous face à cette épreuve et nous gagnerons, car nous avons toutes les capacités de croire en notre destin et rien ne pourra nous faire fléchir de la détermination qui est la nôtre. Rassemblons-nous. Vive la République et Vive la France !

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