Attentat contre le Musée du Bardo à Tunis

18 mars 2015
03m 07s
Réf. 07058

Notice

Résumé :
A Tunis, le 18 mars 2015, une attaque terroriste a lieu contre le Musée du Bardo. 22 personnes sont tuées par deux djihadistes tunisiens.
Date de diffusion :
18 mars 2015
Source :
FR3 (Collection: SOIR 3 )
Lieux :

Contexte historique

Au cours de l'année 2015, la Tunisie subit une série d'attaques terroristes djihadistes. La première est perpétrée le 18 mars 2015 au Musée du Bardo, dans le centre de Tunis. Deux jeunes djihadistes tunisiens, armés de kalachnikovs, tirent sur un groupe de touristes étrangers à leur descente de bus sur le parking du musée. Ils prennent ensuite en otages plusieurs visiteurs en se retranchant à l'intérieur du musée. Les forces spéciales tunisiennes donnent finalement l'assaut au bout de trois heures. Elles abattent les deux terroristes et libèrent les otages. 22 personnes, dont 21 touristes étrangers (notamment 4 Français, 4 Italiens, 3 Japonais et 3 Polonais) et un policier tunisien, trouvent la mort dans la tuerie.

Revendiquée le lendemain par l'Etat islamique, cette attaque vise à fragiliser la jeune démocratie tunisienne, seule rescapée des révolutions du Printemps arabe de 2011 (voir Les origines du « printemps tunisien ») et qui connaît alors une transition démocratique fragile mais bien réelle (voir Elections libres pour une assemblée constituante en Tunisie). Le Musée du Bardo jouxte du reste le Parlement. L'attaque contre l'un des lieux les plus visités de Tunis a également pour but de nuire au tourisme. Ce secteur économique, qui emploie 14 % de la population active et représente 7,3 % du PIB, occupe en effet une place primordiale dans l'économie tunisienne.

A la suite de l'attentat, le président tunisien Béji Caid Essebsi déclare la Tunisie en "état de guerre" contre le terrorisme. Cela n'empêche pourtant pas la même année d'autres attentats terroristes revendiqués par l'Etat islamique. Le plus sanglant est perpétré trois mois après l'attaque du Musée du Bardo : le 26 juin 2015, un terroriste tire avec une kalachnikov sur des touristes de l'hôtel Riu Imperial Marhaba à Port El Kantaoui, station balnéaire située près de Sousse. Il fait 38 morts dont 30 Britanniques. C'est alors de nouveau le secteur du tourisme qui est visé par le terrorisme djihadiste. Puis le 24 novembre 2015, Tunis est de nouveau frappée par un attentat : un terroriste se fait exploser dans un bus transportant des membres de la sécurité présidentielle sur l'avenue Mohammed V et tue 12 d'entre eux. L'Etat islamique revendique également cette attaque.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet est entièrement consacré à l'attentat qui a visé le Musée du Bardo le 18 mars 2015. Il a été diffusé quelques heures après les événements en ouverture du Grand Soir 3, le journal télévisé de la deuxième partie de soirée de France 3. Le choix de traiter cet événement en ouverture mais également d'y consacrer deux reportages et un duplex avec un envoyé spécial à Tunis s'explique pour plusieurs raisons. D'abord, le terrorisme djihadiste raisonne alors particulièrement en France. Deux mois et demi auparavant, du 7 au 9 janvier 2015, la France a été ensanglantée par des attentats islamistes (voir Double prise d'otages terroriste dans le magasin Hyper Cacher à Paris et à Dammartin-en-Goële et Attentat contre le journal Charlie Hebdo). En outre, plusieurs des victimes de l'attaque du Musée du Bardo ainsi que des touristes retenus en otages pendant quelques heures sont de nationalité française. Enfin, l'actualité de la Tunisie fait l'objet d'un intérêt soutenu des médias français depuis les événements de l'hiver 2011 qui ont vu cet Etat déclencher les révolutions du "Printemps arabe" et le seul à conserver un régime réellement démocratique.

Le sujet de France 3 traite l'attentat du Musée du Bardo de manière purement factuelle : il s'agit d'en retracer le déroulement en détails. Les différentes étapes de l'assaut terroriste sont ainsi montrées et commentées. Seule l'attaque proprement dite contre les touristes à la sortie de leur car sur le parking du Musée n'a pas été filmée. Toutefois, un plan rapproché sur le car criblé de balles et aux vitres brisées permet de rendre compte de la violence de l'attaque.

L'intervention des forces spéciales et des policiers tunisiens est en revanche montrée à l'écran. D’ailleurs, dans le premier plan du sujet, la caméra saute, témoignant des conditions très délicates pour filmer cet événement. Le sujet donne également à voir la prise d'otages qui a suivi l'attaque du bus des touristes par les terroristes. Des photographies montrent des visiteurs retenus en otages, assis dans une salle du Musée. Enfin, la dernière séquence du reportage, constituée de plans d'ambulances, de blessés et d'un cercueil permet de se rendre compte du bilan dramatique de l'attaque.

Le sujet s'appuie également sur plusieurs témoignages. Un Tunisien et une Française sont ainsi interrogés à la sortie du Musée. Le reportage comprend aussi un témoignage exceptionnel, recueilli pendant l'attaque elle-même : il s'agit d'une interview téléphonique d'une touriste française réalisée alors qu'elle se trouvait cachée dans le Musée. Elle parle à voix basse afin de ne pas être repérée par les terroristes.
Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
Nous venons donc de l’apprendre : deux Français font partie des victimes de l’attentat de Tunis.
Patricia Loison
L’attaque contre le musée du Bardo est la plus meurtrière de l’histoire de la Tunisie. Un lourd bilan : vous le disiez, au total au moins 18 touristes auraient été tués. Régis Nusbaum.
(Silence)
Régis Nusbaum
Des policiers tunisiens courent le long du musée du Bardo à Tunis. D’autres policiers des forces spéciales prennent position autour du bâtiment. Il est midi, c’est le début d’une attaque terroriste contre le plus grand site touristique du pays situé à côté du Parlement Tunisien. Deux assaillants vêtus d’uniformes militaires ouvrent le feu sur des touristes qui descendent de ce car devant le musée.
Inconnu
C’était un civil. Il a tiré sur des touristes sur le parking du musée. A priori, il ne savait pas manipuler le truc. Il a tiré des rafales dans tous les sens.
Régis Nusbaum
Ceux qui ont échappé à la fusillade se réfugient dans le musée : les deux terroristes les pourchassent. À l’intérieur, les visiteurs ne comprennent pas alors très bien ce qu'il passe.
Inconnue 1
Tout d’un coup, on a entendu des grands bruits. Au début, on a cru que s’étaient une, comment dirais-je, une, une statue qui tombait et au fur et à mesure, on a entendu, on s’est rendu compte que c’était des coups de feu.
Régis Nusbaum
Les policiers commencent à évacuer les visiteurs : des hommes et des femmes en proie à la panique que l’on fait courir le dos courbé pour éviter les tirs. Pendant ce temps, d’autres touristes vont rester confinés plusieurs heures dans des salles du musée, comme cette Française qui chuchote au téléphone dans la crainte d’être découverte par les terroristes.
Inconnue 2
Alors on est avec notre guide. On est une quarantaine de Français, on s’est enfermé dans la salle. Les portes ne ferment pas à clef…
(Silence)
Présentateur
Et nous retrouvons en direct de Tunis l’un de nos envoyés spéciaux, Olivier Martin.
Loison Patricia
Bonsoir Olivier, les habitants de Tunis, comme à Paris, il y a deux mois, se sont immédiatement rassemblés pour montrer leur solidarité et leur opposition au terrorisme. Quelle est l’atmosphère ce soir dans la capitale tunisienne ?
Olivier Martin
Ce soir, les sentiments sont mêlés entre tristesse, colère et incompréhension. Les Tunisiens se sont rassemblés spontanément avec des bougies sur l’avenue Bourguiba, l’artère principale de la ville pour faire front contre le terrorisme, contre les auteurs de ces actes. "Ils ne passeront pas" pouvait-on lire sur des banderoles, certains sont inquiets, ils redoutent les attentats, ils se posent beaucoup de questions sur les mesures de sécurité. Comment les terroristes ont-ils pu pénétrer dans le musée, à quelques mètres seulement du Parlement, le coeur du Pouvoir ? Inquiétude également pour le tourisme, le poumon de l’économie tunisienne. La plupart des victimes étaient des étrangers en vacances, et les gens que nous avons rencontrés veulent que leur pays reste une terre d’accueil. Alors ce soir, le traumatisme est immense en Tunisie, un pays à l’épreuve, après avoir réussi sa transition démocratique et qui craint ce soir d’être fragilisé.
Présentateur
Merci Olivier Martin en direct de Tunis.