Manifestations contre la loi Travail dite El Khomri

31 mars 2016
02m 11s
Réf. 07062

Notice

Résumé :
Le 31 mars 2016, des manifestations sont organisées à Paris et dans les grandes villes françaises contre la loi Travail présentée par Myriam El Khomri. Les manifestants, des responsables syndicaux (Philippe Martinez et Jean-Claude Mailly) et politiques (Jean-Luc Mélenchon) accusent ce texte de favoriser la précarisation de l'emploi.
Date de diffusion :
31 mars 2016
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Au printemps 2016, un important mouvement social contre la loi Travail, dite El Khomri, agite la France.

La ministre socialiste du Travail du gouvernement de Manuel Valls, Myriam El Khomri, présente en effet le 17 février 2016 un projet de loi visant à réformer le code du travail : il s'agit à ses yeux d'améliorer la compétitivité des entreprises et de favoriser l'emploi. Le texte prévoit notamment d'accorder davantage de liberté aux entreprises pour fixer le temps de travail de leurs salariés et procéder à des licenciements. Ainsi, si la durée maximale de travail par jour reste fixée à dix heures, un accord collectif peut la porter à douze heures "en cas d'attractivité accrue ou pour des motifs liés à l'organisation de l'entreprise". Le projet de loi répertorie également les raisons éventuelles de licenciements économiques.

La plupart des organisations syndicales (CGT, FO, FSU et Solidaires) prennent position contre la loi Travail dès sa présentation : elles y voient une atteinte substantielle aux droits des salariés et une précarisation de l'emploi. Dès lors, à partir de début mars 2016, elles organisent plusieurs journées d'action nationales. Ainsi le 9 mars à Paris et dans les grandes villes entre 224 000 personnes selon la police et 500 000 personnes selon les organisateurs défilent contre le projet de loi Travail. La mobilisation culmine le 31 mars 2016 : de 390 000 à 1,2 million de personnes manifestent dans toute la France.

Parallèlement à ces manifestations, un mouvement inédit baptisé Nuit debout voit le jour. A l'issue de la manifestation du 31 mars 2016, ce mouvement occupe la place de la République, à Paris (voir Le mouvement Nuit Debout). Rejetant tout cadre institutionnel, Nuit debout remet en cause l'ensemble du système politique et économique. Ce mouvement sans leader revendiqué s'organise en commissions et en assemblées générales où sont débattues des propositions très diverses.

Dans le même temps, le projet de loi Travail déchire le Parti socialiste. Une partie des députés socialistes, qualifiés de "frondeurs", s'opposent à ce texte. Devant cette opposition au sein de sa propre majorité, le Premier ministre Manuel Valls décide le 10 mai 2016 de recourir à l'article 49 alinéa 3 afin de faire passer la loi. Ce recours est immédiatement dénoncé comme un passage en force par les syndicats comme par les opposants politiques du texte. Les Républicains et l'UDI déposent une motion de censure, rejetée. Les "frondeurs" ne parviennent de leur côté pas à déposer leur propre motion de censure, ne réunissant que 56 signatures sur les 58 nécessaires. La loi est ainsi adoptée en première lecture.

L'opposition dans la rue continue cependant en mai et juin 2016. Plusieurs journées d'action nationales sont encore organisées pour obtenir le retrait du projet de loi. Le 26 mai, de 153 000 à 500 000 manifestants défilent, le 14 juin de 125 000 à 1,3 million et le 28 juin de 64 000 à 200 000. Un mouvement de grève débute également à partir du 19 mai 2016, touchant en particulier les raffineries et les dépôts de carburants qui sont bloqués pendant dix-huit jours. Les incidents violents se multiplient par ailleurs en marge des manifestations : des individus s'en prennent, parfois très violemment, aux forces de l'ordre.

Toutefois la mobilisation contre la loi Travail s'étiole progressivement. Le 5 juillet 2016, entre 30 000 et 45 000 manifestants seulement battent encore le pavé. Au Parlement, Manuel Valls a de nouveau recours à l'article 49-3 à deux reprises, les 5 et 20 juillet, pour faire passer le texte. La loi El Khomri est alors définitivement adoptée le 20 juillet 2016 puis promulguée le 9 août suivant par François Hollande.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage diffusé dans le journal télévisé de vingt heures de France 2 le 31 mars 2016 est consacré aux manifestations contre le projet de loi Travail qui se sont déroulées le jour même à Paris et dans les grandes villes françaises. Ces défilés ont été les plus importants des quinze journées nationales d'action organisées par les syndicats contre la loi El Khomri au printemps 2016 : de 390 000 personnes selon la police à 1,2 million selon les organisateurs ont battu le pavé le 31 mars 2016.

Le sujet rend principalement compte du défilé à Paris. Cependant sa dernière partie présente quelques images des cortèges qui ont eu lieu dans d'autres villes afin de montrer que la contestation de la loi Travail ne se réduit pas à la capitale. Un split-screen juxtapose ainsi quatre plans filmés par des équipes régionales de France télévisions à Rennes, Lyon, Marseille et Montpellier. La dernière séquence a d'ailleurs été tournée dans le défilé de Montpellier.

Ce reportage propose des plans habituels des sujets consacrés aux manifestations. Il présente ainsi des images factuelles des manifestants. Les banderoles et affiches apparaissent cependant moins visibles qu'à l'ordinaire en raison de la "forêt de parapluies" qui recouvrent les manifestants. Le reportage comporte également deux passages obligés de ce type de sujet : d'une part les micro-trottoirs auprès de manifestants anonymes, d'autre part des interviews de responsables syndicaux (le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, et celui de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly) et politique (Jean-Luc Mélenchon, figure de proue du Parti de gauche). Dans les deux cas, les réactions ont été recueillies au cours de la manifestation parisienne.

La loi Travail et sa contestation ont bénéficié d'une ample couverture médiatique. D'après Ina STAT, baromètre thématique des journaux télévisés (n° 43, septembre 2016), la loi El Khomri a constitué de loin l'événement dominant de l'actualité du premier semestre 2016 : de janvier à juin 2016, 965 sujets y ont été consacrés dans les journaux télévisés de TF1, France 2, France 3, Canal +, Arte et M6, contre 560 sujets pour le deuxième événement le plus traité, l'Euro 2016 de football. C'est en mai 2016, au moment de l'adoption de la loi en première lecture à l'Assemblée nationale, du dépôt d'une motion de censure contre le gouvernement Valls ainsi que des blocages de raffineries que le pic de la médiatisation a été atteint : 44 % des sujets traités dans les journaux télévisés y ont alors été consacrés.
Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
Le regain de mobilisation contre la Loi El Khomri, la Loi Travail. Il y avait donc du monde, beaucoup de monde dans la rue tout à l’heure, 390 000 personnes au total selon la police, le triple selon la CGT, qui appelle d’ores et déjà à deux nouvelles journées d’action les 5 et 9 avril prochains. Clément Le Goff, Lilya Melkonian, avec nos bureaux à Montpellier et Marseille.
(Bruit)
Clément Le Goff
Sous une forêt de parapluies, la mobilisation ne faiblit pas.
(Bruit)
Clément Le Goff
Dans les rues de Paris, ils étaient près de 30 000 selon la police cet après-midi.
(Bruit)
Inconnue 1
Je crois que cette fois, ce n’est pas possible, on est obligé de faire quelque chose pour la virer.
Inconnu 1
La modification, les pseudo-modifications qui ont eu lieu il y a deux semaines, c’est cosmétique, ça ne sert à rien, donc là, il faut changer profondément.
Clément Le Goff
Beaucoup de jeunes mais pas seulement.
Inconnu 2
J’ai un fils qui est déjà en intérim en CDD, donc on sait ce que c’est que la précarisation du travail. Et aujourd’hui, avec plus de 6 millions de chômeurs, la solution pour régler le chômage, ce n’est pas celle-là.
Inconnue 2
Nous, on s’est battu toute notre vie et on n’a pas du tout envie que les jeunes soient dans la précarité dès la sortie du lycée ou des écoles.
Clément Le Goff
En tête de cortège, les syndicats CGT et Force Ouvrière, bras-dessus, bras-dessous.
Philippe Martinez
On espère que le gouvernement a pris la mesure du mécontentement. Il y avait les sondages, aujourd’hui il y a la rue, il y a les entreprises, dont nombreuses sont en grève.
Jean-Claude Mailly
Ou le gouvernement comprend et dit, ben, écoutez, ok, allez, on rediscute de tout, auquel cas c’est très bien, ou il ne comprend pas et la mobilisation va continuer.
(Bruit)
Clément Le Goff
Un projet de loi dont le temps est compté selon Jean-Luc Mélechon.
Journaliste
À François Hollande et Manuel Valls, qu’est-ce que vous leur dites ?
Jean-Luc Mélechon
Si vous ne la retirez pas tout de suite, vous la retirerez dans 15 jours, et en toute hypothèse, si vous ne la retirez pas, en toute hypothèse, c’est vous qui serez retirés en 2017.
Clément Le Goff
Rennes, Lyon ou Marseille, partout en France, ils étaient au total 1 200 000 selon les syndicats, près de 400 000 selon les autorités. Et à Montpellier, ce sont les patrons qui sont parodiés.
(Bruit)
Inconnue 3
Et si vous n’êtes pas contents, vous allez en Roumanie.
(Bruit)
Clément Le Goff
Les syndicats promettent de nouvelles journées d’action la semaine prochaine.
(Bruit)

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