Le mouvement Nuit Debout

19 avril 2016
02m 47s
Réf. 07063

Notice

Résumé :
Le mouvement de contestation Nuit debout, établi place de la République à Paris depuis le 31 mars 2016, se structure. Ses participants échangent dans différentes commissions et groupes de discussions. Nuit debout a également créé ses propres médias. La question de son ouverture est posée par un incident survenu avec le philosophe Alain Finkielkraut.
Date de diffusion :
19 avril 2016
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

En marge de la contestation sociale contre le projet de loi Travail (voir Manifestations contre la loi Travail dite El Khomri), un mouvement inédit, baptisé Nuit debout, voit le jour au printemps 2016 en France.

Ce mouvement se constitue à l'issue d'une manifestation le 31 mars 2016 contre le texte présenté par la ministre socialiste du Travail Myriam El Khomri qui a rassemblé de 390 000 à 1,2 million de personnes à Paris et dans les grandes villes françaises. Après la manifestation, la décision est prise d'occuper la place de la République à Paris : c'est le début de Nuit debout. Cette occupation d'un espace public par un mouvement de contestation sociale et politique rappelle celles de la Puerta del Sol à Madrid (Espagne) par le Mouvement des indignés en 2011, ainsi que celle du parc Zuccotti, à New York (États-Unis), par le mouvement Occupy Wall Street la même année. Si Nuit debout s'est constitué le 31 mars 2016, une réflexion sur la "convergence des luttes" avait déjà été engagée depuis quelques semaines. Elle avait été notamment lancée autour de François Ruffin, réalisateur du documentaire Merci patron ! et rédacteur en chef du journal alternatif de gauche Fakir. Nuit debout a ainsi occupé la place de la République chaque soir pendant quatre mois à partir du 31 mars 2016. Il s'est également diffusé dans plusieurs autres villes françaises.

Ce mouvement a cherché à dépasser largement la contestation de la loi Travail pour proposer une contestation globale des systèmes politique et économique. Il s'est construit sur les principes de la démocratie participative et de l'horizontalité. Nuit debout a ainsi refusé toute incarnation par des leaders. Certaines figures ont certes émergé, telles François Ruffin et l'économiste Frédéric Lordon, mais aucun d'eux n'a cherché à s'ériger en porte-parole d'un mouvement coordonné par un collectif de "pilotage" d'une quinzaine de personnes.

Nuit debout s'est organisé en commissions. D'une part celles dites "de fonctionnement" qui ont pris en charge l'organisation du mouvement : les commissions action, logistique, organisation, relations presse, convergence des luttes, restauration ou sérénité. D'autre part des commissions thématiques, lieux de débat et de réflexion sur les sujets les plus divers : démocratie, consommation, économie, culture, éducation, féminisme, écologie, santé, société, justice ou travail. Les décisions ont par ailleurs été votées en assemblée générale selon le principe de la démocratie directe.

Nuit debout s'est affirmé comme un forum citoyen résolument apolitique et asyndical, en dépit d'un soutien actif des milieux les plus à gauche. Mais s'il a accueilli une part notable de militants d'extrême gauche place de la République, ce mouvement multiforme ne s'y est pas réduit. De nombreux curieux ou individus désireux d'une rénovation démocratique et sociale ont en effet pris part à ce forum citoyen. Nuit debout a toutefois été fortement critiqué à droite. A plusieurs reprises, Les Républicains ont demandé la fin de "l'occupation" de la place de la République. L'ancien président de la République a même violemment pris à partie Nuit debout le 26 avril 2016 en dénonçant "des gens qui n'ont rien dans le cerveau" venus "sur la place de la République donner des leçons à la démocratie française".

Après deux mois d'existence, Nuit debout s'est affaibli : l'affluence aux commissions et aux débats organisés quotidiennement place de la République a diminué nettement à partir de la fin de mai 2016. Les rassemblements quotidiens nocturnes s'interrompent ainsi au début de l'été. Mais s'il a échoué à donner naissance à une organisation pérenne, Nuit debout a constitué un laboratoire de réflexion démocratique inédit en France.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage, diffusé le 19 avril 2016 dans l'édition nationale du 19.20 de France 3, est consacré au mouvement Nuit debout, né vingt jours auparavant, le 31 mars 2016, à l'issue d'une grande manifestation contre la loi Travail.

Il a été réalisé trois jours après un incident entre des militants de Nuit debout et Alain Finkielkraut, qui avait été abondamment relayé par les médias et les réseaux sociaux. Venu place de la République pour assister à des discussions, le philosophe et académicien, aux positions souvent réactionnaires et donc radicalement opposées à la plupart des idées de Nuit debout, avait été poussé par certains participants à quitter les lieux après avoir été invectivé. Cet incident avait soulevé la question de l'ouverture du mouvement citoyen et de son caractère apolitique. Le reportage diffusé par France 3 le 19 avril 2016 y fait donc référence.

Il a été entièrement tourné la veille place de la République, là où Nuit debout s'est établi. Il a pour but de présenter l'organisation de ce mouvement, comme le suggère son titre : Nuit debout mode d'emploi. Le fonctionnement de ce "mouvement qui ne ressemble à aucun autre", selon les mots de la présentatrice du 19.20 Carole Gaessler, est d'abord expliqué par un commentaire sur des images factuelles. Celles-ci montrent le fonctionnement horizontal de Nuit debout qui apparaît comme un forum citoyen : différents participants assis en cercle place de la République écoutent des orateurs et discutent entre eux. D'autres images factuelles commentées donnent à voir l'organisation de Nuit debout par commissions : des cartons suspendus indiquent les intitulés de certaines commissions ("SDF", "jury citoyen", logistique"). Le reportage de France 3 met également en valeur les médias créés par Nuit debout, Radio Debout et TV Debout. Ces médias diffusent en direct sur internet les interventions des orateurs de façon à élargir l'audience du mouvement et à permettre à ceux qui ne peuvent venir place de la République d'y participer. Le sujet ne se contente cependant pas de plans factuels commentés pour expliquer le fonctionnement de Nuit debout. Plusieurs participants plus ou moins actifs du mouvement sont interrogés et témoignent de leur expérience.

Nuit debout a suscité la curiosité des chaînes de télévision françaises. D'après Ina STAT (n° 43, septembre 2016), ce mouvement atypique a été spécifiquement traité dans 50 sujets au sein des journaux télévisés de TF1, France 2, France 3, Canal +, Arte et M6 en avril 2016 . Le même mois, 68 sujets ont également été consacrés aux protestations et mobilisations contre la loi travail dite loi El Khomri.
Christophe Gracieux

Transcription

Présentatrice
En France, quel avenir pour le mouvement Nuit Debout, un mouvement né il y a trois semaines et qui ne ressemble à aucun autre ? Des participants au profil hétéroclite, des débats où chacun peut prendre la parole. L’accueil réservé à plusieurs personnalités a sans doute marqué un tournant. Certains dénoncent des dérives sectaires, d’autres défendent un élan citoyen. Reste à savoir comment il va se structurer. Charlotte Gillard, Antoine Laroche.
(Bruit)
Charlotte Gillard
Cela fait 20 nuits que ça dure, 20 longues soirées de débats pour réfléchir à la République de demain. Étudiants, précaires, chefs d’entreprises, Nuit Debout, c’est autant de profils différents que de revendications.
Inconnue
La grande question, je pense que c’est vraiment qu’est-ce que ce mouvement va devenir, etc.
Charlotte Gillard
L’avenir se discute aussi en plein jour. Au coeur de cette réunion hier, la liberté d’expression, une liberté écorchée samedi sur cette même place. Après avoir été insulté, le philosophe Alain Finkielkraut a été forcé de quitter les lieux, une attitude loin de faire l’unanimité. Pour eux, s’ouvrir à toutes les opinions, c’est une question de survie.
Inconnu
Parce que si on est super nombreux à être d’accord à vouloir construire notre société idéale, à vouloir en parler, à vouloir l’imaginer, ça veut dire qu’on est peut-être aussi en train de construire nos frontières et en train de construire nos étrangers.
Matjules
L’essentiel de Nuit Debout dit : "il ne faut pas rejeter quelqu’un comme ça", donc on est assez clairs là-dessus. Après, il y a eu ce rejet, mais c’est un rejet qui ressemble aussi au rejet qu’on a pu avoir sur Valls quand il est venu à Dejazet à côté ; c’est, à un moment donné, on affronte qui ? On affronte un pouvoir.
Charlotte Gillard
Et pour combattre le pouvoir, Nuit Debout a fait le pari de la diversité : des commissions écologies, SDF, économie. En tout, plus de 80 groupes qui travaillent activement à des propositions concrètes.
Kevin
En ce moment, dans l’urgence, on est en train de travailler trois textes pour les poser comme des positions officielles de Nuit Debout. C’est un texte sur la Loi El Khomri, un texte sur la renégociation des allocations chômage et la dégressivité des allocations chômage qui se prépare en ce moment, et le traité Tafta. Ça, on le fait dans l’urgence.
Charlotte Gillard
Depuis plus en plus organisée, Nuit Debout a même ses propres médias. L’idée : retransmettre sans filtre les débats, mais aussi, conquérir les citoyens hors de la mobilisation.
Elise
L’essence même de TV Debout, c’était de donner la parole à des personnes qui luttent ailleurs qu’à Paris. Puisque finalement, ce qui est très médiatisé aujourd’hui, c’est Paris, c’est République, c’est les actions qui sont menées à Paris, mais il y a plein de choses qui se passent ailleurs en France.
Charlotte Gillard
Le petit monde des indignés français grandira-t-il encore ? Deviendra-t-il une force politique à part entière ? Jeudi, les commissions se réuniront à la Bourse du Travail pour réfléchir à la suite.

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