Visite historique de Barack Obama à Hiroshima

27 mai 2016
02m 09s
Réf. 07064

Notice

Résumé :
71 ans après le largage de la bombe atomique, Barack Obama se rend à Hiroshima le 27 mai 2016 aux côtés du Premier ministre japonais Shinzo Abe. Premier président américain à le faire, il rend hommage aux victimes mais ne présente pas d'excuses au nom des États-Unis. Il se recueille devant le monument de la Paix et s'entretient avec des rescapés du bombardement.
Date de diffusion :
27 mai 2016
Source :
FR3 (Collection: Soir 3 journal )

Contexte historique

Le 6 août 1945, à 8 h 15 du matin, les États-Unis larguent une bombe atomique à l'uranium sur Hiroshima, ville japonaise portuaire et industrielle (voir La bombe atomique : Hiroshima et Nagasaki). Trois jours plus tard, le 9 août, une deuxième bombe atomique, cette fois au plutonium, est lancée sur Nagasaki. Ces deux villes ont ainsi été les victimes des premiers bombardements atomiques de l'histoire.

Le président Harry Truman a justifié cette décision comme le moyen décisif pour pousser le Japon à la reddition et donc mettre fin à la Seconde Guerre mondiale. Longtemps seule cette version officielle a prévalu. Cependant d'autres raisons, mises en avant par les historiens, ont poussé les États-Unis à recourir au feu nucléaire. Il s'agissait d'abord de faire aboutir le projet Manhattan, lancé secrètement en 1942 pour fabriquer la première bombe atomique. En outre, les États-Unis désiraient renforcer leur position face à l'URSS dans la perspective de l'après-guerre.

Le bilan de ces deux bombardements atomiques a été effroyable. A Hiroshima, de 90 000 à 140 000 personnes ont été tuées instantanément ou dans les jours qui ont suivi. A Nagasaki, quelque 70 000 personnes périrent sur le coup. Des dizaines de milliers de personnes furent également victimes des radiations massives : ce sont les hibakusha, c'est-à-dire "les victimes de la bombe". Rescapés, ils vécurent un long calvaire physique et moral à partir d'août 1945. Ils furent d'abord privés jusqu'en 1957 de traitements spécifiques et d'assistance. Ils furent en outre ostracisés et souvent moqués par leurs compatriotes. Le sort des irradiés coréens, employés comme travailleurs forcés au Japon, fut pire encore : quelque 30 000 irradiés coréens d'Hiroshima et 20 000 de Nagasaki furent exclus des aides apportés par le gouvernement aux hibakusha.

La visite du président des États-Unis Barack Obama à Hiroshima le 27 mai 2016, organisée en marge du sommet du G7 de Ise-Shima, a ainsi revêtu un aspect historique : il était le premier président américain en exercice à se rendre dans la ville anéantie par les Etats-Unis. Accueilli par le Premier ministre japonais Shinzo Abe dans le parc du Mémorial de la Paix, inauguré en 1954 pour commémorer les victimes du bombardement d'Hiroshima, il a d'abord visité le musée avant de se recueillir devant le monument de la Paix. Puis, dans un discours, Barack Obama a rendu hommage non seulement aux victimes des bombardements atomiques d'août 1945 mais également à toutes celles du second conflit mondial. Il a placé son allocution sous l'espoir d'"un monde sans armes nucléaires" qu'il avait déjà appelé de ses vœux à Prague le 5 avril 2009. Il a déclaré être venu à Hiroshima "pour réfléchir sur pourquoi des femmes et des enfants, des Américains, des Coréens et des Japonais ont péri. (...) Nous devons faire face à l'histoire. Il y a soixante-et-onze ans, (...) la mort est tombée du ciel et le monde a changé. (...) Hiroshima nous a appris la vérité sur la science, qui peut devenir un outil de massacre".

Barack Obama n'a donc présenté aucune excuse officielle au nom des États-Unis pour ces bombardements. Il avait du reste prévenu dans une déclaration à la chaîne japonaise NHK qu'il ne le ferait pas : "Non, car je pense qu'il est important de reconnaître qu'en pleine guerre, les dirigeants doivent prendre toutes sortes de décisions". Barack Obama s'en est donc tenu à la version américaine officielle depuis 1945, celle d'une nécessité du recours à l'arme nucléaire pour contraindre le Japon à capituler et sauver ainsi des dizaines de milliers de soldats américains. De son côté, Tokyo n'a pas insisté pour que des excuses soient présentées. Le gouvernement japonais ne souhaitait pas non plus devoir rouvrir le débat sur les exactions commises par l'armée impériale jusqu'en 1945.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le 27 mai 2016 dans le Soir 3 sur France 3, ce sujet est consacré à la visite historique du président des États-Unis Barack Obama à Hiroshima qui a eu lieu le jour même. Il s'agit du premier événement international traité dans le journal télévisé de France 3 ce soir-là, la première partie ayant porté principalement sur une actualité sociale française : le mouvement de lutte contre la loi travail dite loi El Khomri.

Le reportage de France 3 comprend des plans de différente nature. Le sujet propose ainsi un micro-trottoir réalisé auprès de deux Japonaises venues assister à la cérémonie et qui livrent leur réaction sur la visite de Barack Obama. Il comprend aussi l'interview d'un expert, Thomas Snégaroff, historien spécialiste des États-Unis, qui analyse les raisons de l'absence d'excuses présentées par le président américain. Des images d'archives figurent également dans le sujet. Datant d'août 1945, elles montrent le bombardement d'Hiroshima puis l'anéantissement de la ville et les radiations sur le corps des survivants.

Mais c'est avant tout d'images factuelles, filmées dans le Parc du Mémorial de la Paix, à Hiroshima, que se constitue le sujet. Ces images donnent à voir les moments les plus marquants de la visite de Barack Obama : son allocution devant le Mémorial de la Paix, son recueillement et son dépôt d'une couronne de fleurs blanches devant le Monument de la Paix ainsi que sa rencontre avec des rescapés de l'explosion atomique du 6 août 1945. Ces images ont été sélectionnées pour leur forte charge symbolique. Elles témoignent de la dimension historique d'un président américain dans la cité martyre.

Les plans montrant Barack Obama en compagnie de rescapés, les hibakusha, apparaissent particulièrement émouvants. C'est précisément pour cela qu'ils figurent en tout début du sujet. Deux des trois survivants avec lesquels Barack Obama s'est entretenu apparaissent à l'écran. Le sujet s'ouvre ainsi sur l'étreinte poignante du président américain avec un rescapé extrêmement ému, Shigeaki Mori, historien âgé de 79 ans. Ce dernier, qui avait huit ans quand la bombe atomique a été larguée sur Hiroshima, a passé une grande partie de son existence à enquêter sur les prisonniers de guerre américains tués lors du bombardement. Dans le reportage, on voit également Barack Obama écouter un autre hibakusha, Sunao Tsuboi, âgé de 91 ans. Sunao Tsuboi avait vingt ans au moment du bombardement d'Hiroshima. Il fut alors gravement brûlé au visage et aux bras. Devenu militant anti-nucléaire, il copréside la Nihon Hidankyo, la Confédération japonaise des victimes des bombes atomiques, association fondée en 1956 par des hibakusha afin d'obtenir une assistance et l'interdiction des armes nucléaires. Malgré l'émotion qui se dégage à la vue des hibakusha dans le sujet, aucun n'est pourtant interrogé.
Christophe Gracieux

Transcription

(Bruit)
Journaliste
Le vieil homme peine à retenir son émotion lorsque Barack Obama le serre dans ses bras. Puis, le Président prend le temps d’écouter cet autre survivant d’Hiroshima âgé de 91 ans. La visite était très attendue des Japonais : c’est la première fois qu’un Chef d’État américain se rend à Hiroshima. La cérémonie se déroule devant le Mémorial de la Paix.
Barack Obama
Il y a 71 ans, par une belle matinée comme celle-ci, la mort est tombée du ciel, et le monde a changé.
Journaliste
6 août 1945, le Président Truman donne l’ordre de larguer une bombe nucléaire sur la ville d’Hiroshima.
(Bruit)
Journaliste
Plus de 140 000 personnes vont trouver la mort. Trois jours plus tard, une seconde bombe larguée sur la ville de Nagasaki scelle la fin de la guerre. Le Japon se rend sans condition. Une blessure toujours très vive pour les Japonais, même si la visite d’Obama, 71 ans après, est globalement appréciée.
(Bruit)
Inconnue 1
Je pense que son discours était sincère. Cette visite fait désormais partie de l’histoire.
Inconnue 2
On aimerait être contents après 71 ans mais nous ne le sommes pas vraiment. Pendant son mandat, il n’a rien fait contre le nucléaire.
Journaliste
Barack Obama a rendu hommage aux victimes mais pas question pour autant de s’excuser : l’Amérique ne pratique pas la repentance en politique étrangère.
(Bruit)
Thomas Snégaroff
L’opinion américaine n’est pas prête à entendre des excuses. D’abord, des excuses sur son histoire. Les Américains ont fait beaucoup ces choses-là mais en histoire intérieure. En revanche, sur la politique étrangère, c’est beaucoup plus compliqué. Sur le Vietnam, sur les guerres menées au Moyen-Orient et au Proche-Orient, sur Hiroshima, là, les Américains ont une posture un peu différente qui est celle de dire : "on est une grande puissance, on a agi au nom des intérêts américains, on n’a pas à s’excuser de faire l’histoire".
Journaliste
Le Président américain a enfin plaidé pour un monde sans arme nucléaire dans une région agitée par les rodomontades de la Corée du Nord.

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